lundi 16 juillet 2018

La sorcière de Camila Läckberg

La sorcière

Camilla Läckberg


La sorcière / Läckberg

Dans un petit village de Suède, une enfant nommée Stella est assassinée. Le meurtrier n'a jamais été retrouvé, bien que deux jeunes filles, Hélène et Marie, aient avoué le crime avant de se rétracter. Trente ans plus tard, une autre fillette nommée Nea est tuée dans des circonstances similaires. Les policiers du village, Patrick, ainsi que sa femme, Erica, une écrivaine qui travaille sur l'affaire Stella, vont tout faire pour résoudre ce mystère. Mais autour des deux affaires se cachent des secrets inavoués. Qui est donc le meurtrier ?

Je n'avais encore jamais lu de polar suédois, j'étais donc impatiente de découvrir cette auteure. La sorcière est la suite d'une série de romans où l'on suit le personnage d'Erica Berger, une écrivaine qui s'intéresse notamment aux affaires criminelles. Le fait de ne pas connaître les autres histoires ne m'a cependant pas empêchée de comprendre celle-ci.

J'ai tout d'abord apprécié la façon dont les meurtres sont amenés, nous avons à la fois des morceaux de l'enquête sur l'affaire Stella et les moments présents. Camilla Läckberg parvient à maintenir le suspens à chaque chapitre.

L'intrigue dépeinte par l'auteure est complexe, en effet il y a de nombreuses pistes et de nombreux personnages. Ceux-ci sont d'ailleurs fouillés et développés, y compris des protagonistes que nous sommes censés suivre depuis de nombreux tomes tels qu'Erica ou Patrick. Je me suis d'ailleurs attachée à la jeune femme, notamment grâce à son intelligence, sa ténacité, sa vivacité, son grain de folie, sa passion pour l'écriture et ses inquiétudes à propos du fait d'être « une mauvaise mère ». Elle m'a paru très humaine.

J'ai aussi apprécié le policier Patrick, qui fait preuve d'une extraordinaire volonté pour résoudre le mystère qui plane autour des deux meurtres. J'ai même eu de l'affection pour les présumées coupables, Hélène et Marie. Les deux femmes sont très différentes. Si Hélène est une épouse effacée et soumise, Marie est une star de cinéma flamboyante. Mais sous leurs masques respectifs, nous sentons aussi une grande souffrance et une grande fragilité chez les deux personnages.

J'ai même éprouvé de la compassion pour Sam le fils d'Hélène et Jessie, le fils de Marie. Ils sont tous deux obligés de porter le lourd fardeau que représente le passé de leurs mères. C'est notamment à cause de cela qu'ils sont tous deux victimes de harcèlement à l'école. Camilla Läckberg décrit avec une grande lucidité combien les brimades peuvent être dévastatrices. Elle se place aussi du côté des harceleurs et, sans les excuser, elle décrit combien eux aussi peuvent être rongés par leurs propres démons.

Ce qui m'a agréablement surprise dans ce livre, c'est combien l'auteure se place dans l'actualité en consacrant une partie du roman à un camp de migrants. Ils sont arrivés de Syrie à cause la guerre et se sont réfugiés en Suède. L'écrivaine relate combien ils ne sont pas ici de leur plein gré et combien ils souhaitent, pour la plupart, simplement s'adapter. Elle montre également combien le racisme peut faire des ravages. Camilla Läckberg ne fait cependant pas preuve de manichéisme en séparant ses personnages entre gentils et méchants, elle dépeint chacun avec ses défauts et ses qualités.

Pour résumer, j'ai vraiment apprécié le déroulement de ce polar, mais j'ai eu quelques soucis avec la fin du roman.

Pour commencer, il y a des passages où nous suivons également Elin, une jeune femme ayant vécu au Moyen-Âge et qui fut accusée d'être une sorcière. J'ai aimé suivre Elin, qui apporte une agréable pause dans l'enquête de Patrick et Erica. J'attendais évidemment le moment où les deux époques se rejoindraient. Mais j'ai été déçue par l'utilisation qu'en fait l'auteure. Le lien n'est dévoilé qu'à la toute fin du livre et je trouve qu'il n'apporte pas grand-chose à l'intrigue. Rétrospectivement, je trouve donc que les passages où nous suivons Elin sont inutiles, et qu'ils peuvent embrouiller le récit au lieu de l'éclaircir.

De plus, je pense que nous devinons un élément du récit légèrement trop tôt avant que celui-ci soit officiellement révélé, ce qui gâche un peu le suspens.

Enfin, j'ai eu le sentiment que l'auteure est un peu trop dramatique. Le meurtre des deux fillettes est déjà suffisamment horrible, or Camilla Läckberg en rajoute en faisant mourir de nombreux personnages dans de terribles circonstances.

Ainsi, La Sorcière n'a pas été une mauvaise lecture, j'ai apprécié le déroulement de l'enquête, davantage peut-être que la résolution et je me suis attachée aux personnages. Cependant, ce n'est peut-être pas la meilleure histoire de la série, ainsi, je vous conseillerai de découvrir d'autres romans de cette auteure suédoise talentueuse en plus de celui-ci.

La sorcière de Camilla Läckberg publié aux éditions Actes Sud collection Actes noirs.

lundi 25 juin 2018

L'enfant du lac de Kate Morton

L'enfant du lac


Kate Morton



L'enfant du lac / Kate Morton

Dans un petit village isolé des Cornouailles, Théo, un enfant de deux ans, disparaît mystérieusement. Ses parents, de riches bourgeois, mettent tout en œuvre pour le retrouver, sans succès. Des années après les faits, Sadie, une inspectrice contrainte de prendre des vacances forcées suite à une faute grave, décide de rouvrir le dossier et de mener sa propre enquête. Elle va alors se tourner vers Alice, la sœur de Théo, devenue écrivain à succès. La vieille femme, qui est spécialiste des romans policiers, ne semble pas avoir tout révélé aux enquêteurs au moment des faits. Quels secrets Alice Edevane et les siens ont-ils à cacher ? Et surtout, qu'est-il advenu du petit Théo ?

Le roman de Kate Morton est un sans faute, j'ai eu grand plaisir à le lire. Ce qui m'a tout d'abord frappée, c'est la minutie avec laquelle l'auteure plante son décors. Elle nous dépeint avec soin la demeure d'Alice et Théo, une immense bâtisse lovée au creux d'une vallée et qui a tout l'air d'être issue d'un conte de fée. Ce cadre assez idyllique contraste avec le drame qui s'y joue. Kate Morton prend le soin de nous dévoiler les faits petit à petit pour nous laisser dans le flou. Comme toute bonne auteure de policier qui se respecte, elle nous mène en bateau du début à la fin. Jusque aux dernières pages du livre nous nous demandons ce qui a pu arriver au petit Théo.

Outre l'histoire, je me suis aussi attachée aux personnages, notamment grâce au fait que Kate Morton prenne le soin de dresser le portrait de chacun des protagonistes, même les secondaires. Nous avons ainsi beaucoup d'informations sur Sadie, l'inspectrice, qui a plus de fragilité qu'il n'y paraît de prime abord. J'ai aimé découvrir pourquoi elle avait commis cette faute grave, ses failles, ses faiblesses et ses doutes, mais également son côté téméraire et déterminée ainsi que sa grande perspicacité. C'est une héroïne à la fois très humaine et très agréable à suivre.

Je me suis aussi prise d'affection pour Alice Edevane, car, même si adolescente elle a un côté assez prétentieux et sûre d'elle, la jeune fille est également fragile et a surtout besoin d'attention et d'amour. La vieille femme qu'elle est devenue, drôle, impressionnante, est touchante à cause de ses interrogations et de ses failles. Elle est aussi hantée par les démons de son passé.

Enfin le personnage d'Eleanor, mère d'Alice et Théo, est aussi beaucoup développé par Kate Morton. Nous découvrons  l'histoire de la disparition de Théo via son point de vue. Si au début du livre elle peut sembler froide et autoritaire, nous nous apercevons rapidement que ce n'est qu'un masque qu'elle a dû endosser contre son gré. Eleanor Edevane a beaucoup de secrets et a dû consentir à beaucoup de sacrifices, malgré cela, elle reste forte et j'éprouve un grand respect pour elle. J'ai aussi été surprise et touchée par son côté fougueux et passionné, notamment en amour.

Le style d'écriture de Kate Morton est aussi très agréable, à la fois d'une grande fluidité mais aussi d'une grande précision. Elle fait également preuve d'un langage soutenu lorsqu'elle se place du point de vue d'Eleanor par exemple.

La fin du livre m'a comblée !

Je vous recommande donc chaudement L'enfant du lac pour partir à la rencontre de personnages attachants, avec un suspense qui vous empêchera de refermer le livre !

L'enfant du lac de Kate Morton publié aux éditions Les Presse de la Cité.

lundi 18 juin 2018

Trouble vérité d'E. Lockhart


Trouble vérité

 

E. Lockhart


Trouble vérité/ Lockhart

Jules est dans un hôtel de luxe depuis plusieurs semaines. Entre ses séjours à la salle de sport, ses visites de la ville et sa façon de flirter avec le barman, elle semble mener une vie de rêve. Mais pourquoi semble-t-elle mentir tout le temps et que cherche-t-elle à fuir ? Est-elle une femme paranoïaque ou une personne réellement recherchée ? Et surtout, qu’est-il arrivé à la meilleure amie de Jules, Imogen ?

Trouble vérité est un roman difficile à résumer, car la meilleure façon de le découvrir est de se laisser entraîner par Jules à travers un récit brumeux. En effet, la particularité du livre d’E. Lockhart est qu’il est écrit à l’envers, nous commençons par la fin et remontons jusqu’au début du récit. C’est un procédé original qui crée une atmosphère mystérieuse, qui colle parfaitement avec la personnalité de l’héroïne. En effet, elle ne cesse de se dérober au lecteur, il est difficile de la cerner. Mais cette façon de raconter l'histoire peut être également déroutante et il faut se concentrer pour ne pas perdre le fil.

Jules est fascinante, à la fois détestable et pitoyable. Elle a un côté enfantin avec sa passion pour les super héros et son désir d’être appréciée. Mais elle peut aussi faire peur par sa froideur, son côté calculateur et sa capacité à changer de peau en fonction des circonstances. C’est une jeune femme en colère, une jeune femme frustrée par sa vie, par sa condition sociale. Elle semble avoir désespérément envie de vivre comme elle l’entend, avec du pouvoir, de la richesse.

Mais dans le même temps, elle ne semble plus savoir qui elle est ou du moins elle ne veut plus être celle qu’elle était avant de rencontrer Imogen. Jules est fascinée par sa meilleure amie, qui représente pour elle une sorte d’idéal.

Le personnage d’Imogen est intéressant aussi, elle est ensorcelante et donne à chacun l'impression d'être spécial, important, unique. Cependant, elle peut aussi couper les ponts brusquement et rejeter les autres d'un bloc, ce qui est très blessant et violent.

E. Lockhart nous présente donc deux anti-héroïnes fascinantes et effrayantes dans un roman original que je vous recommande chaudement ! Vous ne pourrez plus vous arrêter de lire une fois que vous serez entrés dans l'histoire de Trouble vérité !

Trouble vérité d'E Lockhart publié aux éditions Gallimard Jeunesse.

lundi 11 juin 2018

Top 3 de mes livres préférés de tous les temps


Top 3 de mes livres préférés de tous les temps


Cela fait maintenant bientôt deux ans que j’ai ouvert ce blog, et cet article est le 100ème que je publie. Pour fêter cela, je vous propose un top 3 de mes livres préférés de tous les temps. Ce classement semble impossible à établir. J’ai bien conscience qu'il ne sera sûrement pas fixe, mais pour l’instant, lorsque je songe aux romans qui m’ont marqués et que j’ai envie de conseiller, je ne peux m’empêcher de penser à ces trois titres.

Je vous livre donc ma recette pour passer un bon moment de lecture aussi bien pour les petits que pour les grands ! Ces œuvres sont à égalité dans mon cœur, alors, même si j’ai intitulé cet article « top », je ne les ai pas classés par ordre de préférence, mais plutôt par ordre de lecture.

Mary Tempête d’Alain Surget


Mary Tempête / Alain Surget

J’ai découvert les femmes pirates lorsque j’avais 10 ans, dans une bande-dessinée parue dans le magazine Image Doc. J’ai été fascinée par leur force, leur envie d’échapper à un destin qui ne leur convenait pas et leur capacité à s’imposer dans un monde d’hommes.

Le roman d’Alain Surget se concentre sur la vie de Mary Read. Le récit débute alors qu’à dix ans, elle doit se faire passer pour son frère mort afin de toucher la pension qui lui était destinée. Elle va se rendre compte qu’il est plus facile de se tailler une place dans le monde en tant que garçon. Elle gardera donc son déguisement et s’engagera dans l’armée avant de prendre la mer. En chemin, elle croisera la route du pirate Jack Rackham et de sa compagne Anne Bonny. Ensemble, les deux femmes vont devenir la terreur des navires marchands et alimenter les légendes…

Lorsque je l’ai lu pour la première fois, j’ai été transportée par l’histoire de Mary Read. A travers une plume presque poétique, l’auteur nous décrit la vie incroyable d'une femme courageuse et déterminée, prête à tout pour être libre. C’est une tueuse sans pitié mais aussi une amoureuse passionnée. Mais ce qu’elle aime le plus, c’est la mer, qu’elle est prête à dompter. J’ai aussi beaucoup aimé Anne Bonny qui n’a rien à envier à sa camarade. Même ce personnage est moins développé dans ce roman, nous comprenons qu’elle aussi a dû se battre pour trouver sa place et que la piraterie est le moyen pour elle d’accéder à une vie qu’elle ne peut pas avoir en tant que femme.

Je trouve aussi que Mary Tempête est un bon roman pour les enfants et jeunes adolescents qui veulent commencer les aventures de pirates. L’histoire de Mary Read et Anne Bonny racontée par Alain Surget est fidèle à la réalité historique de l’époque. Il n’omet presque rien de l’existence de son héroïne. Alain Surget prend également soin d’inclure beaucoup de termes spécifiques aux armes et aux navires, sans pour autant que cela soit trop technique ou déstabilisant. Il évite également d’être cru, sans masquer la dureté de l’époque dans laquelle vivent Mary Read et Anne Bonny.

Des années après ma première lecture, je prends toujours plaisir à me replonger entre les pages de Mary Tempête, il m’a accompagné pendant de nombreuses vacances et m’a remonté le moral à des moments de tristesse ou d’abattement. Je vous le recommande donc chaudement pour découvrir des héroïnes hors du commun et qui de surcroît ont véritablement existé !

Harry Potter de J.K Rowling


Harry Potter / J.K Rowling
Cette série n’est plus à présenter. Elle a fait rêver des millions d’enfants et d’adultes en dépeignant un univers magique avec des personnages hors du commun. Comme des millions de lecteurs, j’ai rêvé (et je rêve toujours) d’aller à Poudlard, de suivre des cours de botanique, de défense contre les forces du mal, de métamorphose et de sortilèges. Des protagonistes comme Hermione Granger, Luna Lovegood m’ont fait rire, rêvé et m’ont donné de la force dans des moments difficiles. J’ai aussi adoré frissonner au contact de personnages maléfiques et en même temps complexes tels que Voldemort ou Bellatrix Lestrange. Enfin, j’ai aimé les différentes facettes de certains professeurs, notamment Rogue ou Dumbeldore.

Certains me diraient que Harry Potter est simplement une série pour enfants, mais je rétorquerais qu’ils sont malheureusement passés à côté de cette histoire. J.K Rowling en effet évoque des sujets complexes comme l’amitié le courage, la tolérance et qui peuvent toucher petits et grands. L’univers qu’elle décrit est aussi très riche, il est parfois bon de relire les romans afin de faire attention aux détails. Elle fait également preuve de beaucoup d’humour et j’ai ri de nombreuses fois en les lisant.
J.K Rowling a vraiment forgé mon enfance, je ne cesse de réécouter les romans en livre audio. Malgré les années qui ont passé, je ne me lasse jamais de l’univers. Pour ceux qui auraient peur de se lancer dans la lecture de sept tomes, je les rassurerais en disant que les trois premiers tomes sont courts et assez faciles à lire. Sinon, je leur suggérerais de les écouter en livre audio, les cinq premiers sont disponibles. Enfin, les films, notamment les quatre premiers, sont assez fidèles aux romans, cela peut leur donner envie de passer à la version papier !

Je vous recommande donc également Harry Potter pour plonger dans un univers magique et rencontrer des personnages attachants qui resteront gravés dans vos mémoires.

La Passe-Miroir de Christelle Dabos.

La Passe-Miroir / Christelle Dabos

J’ai déjà longuement évoqué cette série sur ce blog, pourtant, je ne peux m’empêcher de répéter à quel point cette histoire est tout simplement géniale. L’univers dépeint par Christelle Dabos est riche, complexe et original. Nous suivons l’histoire d’Ophélie, une jeune femme pouvant passer à travers les miroirs et lire le passé des objets rien qu’en les touchant. Sa vie va basculer lorsqu’elle va devoir épouser Thorn du clan des Dragons. Ophélie va se retrouver prise entre des conflits de clans meurtriers où les principaux acteurs peuvent s’infliger de mortelles blessures simplement par la force de leur esprit.

Dès le tome 1 je me suis vraiment attachée aux protagonistes principaux, Thorn et Ophélie. J’ai aimé leur détermination, leur courage et leur caractère très différent. Si Ophélie est assez réservée, elle possède néanmoins une volonté de fer. Quant à Thorn, malgré son côté froid et méthodique, il n’est pas sans cœur et il fait preuve d’un grand sens de la justice.

Le tome 2 nous permet de mieux connaître certains personnages et le fonctionnement de la cour. Quant au tome 3, il nous révèle l’origine de l’univers dépeint par Christelle Dabos. La plume de l’auteure est magnifique et nous fait rêver.

Je sais qu’il est étonnant de classer une série comme coup de cœur absolu alors qu’elle n’est même pas terminée mais je ne vois pas comment l’auteure pourrait me décevoir ! Cette série restera à jamais dans mon palmarès !

Mon article sur le tome 1 et 2 de la Passe-Miroir ici
Mon article sur le tome 3 ici

lundi 28 mai 2018

Au revoir là-haut de Pierre Lemaître


Au revoir là-haut

 

Pierre Lemaître

 
Au revoir là-haut / Pierre Lemaître

La Première Guerre mondiale a fait des ravages dans toute l’Europe. Dans cette histoire, Pierre Lemaître nous invite à nous pencher sur le sort de deux soldats français, Albert Maillard et Edouard Péricourt. Alors qu’ils ont survécu à quatre ans de guerre, leur destin va basculer lorsque leur capitaine, Henri d’Aulnay Pradelle, décide de mener un dernier assaut pour se couvrir de gloire à quelques jours de l’armistice.

Afin de motiver des troupes réticentes, il s’arrange pour tuer deux soldats en faisant croire que ce sont les Allemands qui les ont abattus. Mais Albert comprend le stratagème. Pradelle décide donc de le tuer froidement. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’Edouard, l’homme le plus chanceux du régiment, est déterminé à le sauver. Alors qu’il parvient à déterrer son camarade du trou où le capitaine l’a poussé, il se prend un éclat d’obus en plein visage.

Cette blessure abominable, qui le laisse défiguré, va lier le destin des deux soldats. Se sentant coupable pour Edouard, Albert va rester près de lui et le suivre dans ses idées les plus folles, quitte à monter l’arnaque la plus scandaleuse pour récolter de l’argent, une société de faux monuments aux morts.

Ce roman n’est plus véritablement a présenter, il a remporté le prix Goncourt en 2013 et été adapté au cinéma. J’ai vu le film d'Albert Dupontel avant de me plonger dans le livre, le réalisateur a fait un travail magnifique et assez fidèle au roman. Je n’ai donc pas été déçue par ma lecture.

L’incipit de d’Au revoir là-haut est saisissant, nous assistons à une scène de combat décrite minute par minute. En quelques pages, l’auteur parvient à retranscrire la violence de la guerre, la puissance destructrice des armes à feu et la peur ressentie par les soldats avant de mener l’assaut. Cette scène est aussi bouleversante dans le film. Grâce à ce début très efficace, nous avons envie de connaître la suite.

Les personnages sont aussi très attachants. J’ai de l’affection pour Albert, cet antihéros maladroit et pourtant si attendrissant. Malgré sa faiblesse de caractère, on ne peut s’empêcher de l’apprécier, d’autant qu’il dégage tout de même une force, notamment par sa bonté qui le pousse à prendre soin de son camarade, à se démener pour lui. C’est au fond un protagoniste très humain.

J’ai également bien aimé Edouard, même si j’ai eu moins d’empathie pour lui que pour Albert. Cela peut paraître étonnant quand on sait qu’il a une terrible blessure, mais j’ai parfois trouvé le jeune homme trop égoïste, déconnecté de la réalité. Même si l’éclat d’obus qu’il a reçu l’a traumatisé, ce qui est très compréhensible, j’ai parfois trouvé qu’il se comportait comme si tout lui était due. Cependant, nous pouvons encore une fois noter qu’Edouard est un personnage très humain, avec ses qualités et ses défauts.

Le père d’Edouard, M. Péricourt, est également fascinant. Alors que du vivant de son fils il n’a cessé de le mépriser, ne pouvant se résoudre à aimer ce garçon artiste, trop différent de lui, il éprouve de terribles regrets en le croyant mort (le jeune homme refuse de revenir chez lui défiguré). Il fait donc tout pour racheter sa conduite passée et se réconcilie presque avec son enfant dans le deuil. Ce chemin est très intéressant, car cet homme si dure et froid reconnaît enfin ses erreurs et fait un long travail sur lui-même.

Enfin, j’ai adoré détester Henri d’Aulnay Pradelle. Ce personnage est tellement abjecte qu’on est presque content de le voir réapparaître pour espérer sa chute. Lorsque les choses se compliquent pour le capitaine, on exulte de joie. La fin de Pradelle dans le roman m’a un peu déçue cependant, j’ai préféré celle du film, j’ai trouvé que cela était plus ironique et cruel, ce que ce protagoniste mérite amplement.

Nous pouvons aussi ajouter que même les protagonistes de passage sont magnifiquement développés par l’auteur. En quelques lignes Pierre Lemaître parvient à décrire le caractère de chacun, leurs ambitions, leur passé, leurs rêves.

Le style de l’écrivain est aussi très agréable, plein d’ironie et d’humour noir, ce qui colle parfaitement avec l’atmosphère de l’œuvre. Ce livre est également intéressant d’un point de vue historique, puisqu’il nous rappelle que l’Armistice ne signifie pas que tout rentre immédiatement en ordre, pour certains soldats, la véritable guerre commence après la guerre.

Je vous recommande donc chaudement Au revoir là-haut, qui vous offrira une palette de personnages humains et attachants mais également des arrivistes à détester et une histoire de France comme vous n’en avez jamais lu !

Au revoir là-haut de Pierre Lemaître publié aux éditions Le Livre de Poche.

La bande annonce de l'adaptation cinématographique d'Albert Dupontel.



Cette année, Pierre Lemaître a également publié la suite de son roman, Couleurs de l'incendie, où nous nous focalisons davantage sur la soeur d'Edouard, Madeleine. Je ne l'ai pas encore lu, mais j'ai hâte d'en apprendre plus sur la jeune femme.

Couleurs de l'incendie / Pierre Lemaître

lundi 7 mai 2018

Le Lac de Yana Vagner (suite de Vongozero)


Le lac

 

Yana Vagner


Le Lac / Yana Vagner

Le Lac est la suite du roman Vongozero. Si vous n’avez pas lu ce livre, ne lisez pas cette chronique et allez plutôt consulter mon article ici pour éviter toute information susceptible de briser le suspense du tome 1 !

Anna et ses compagnons ont finalement atteint Vongozero après des semaines de fuite effrénée. Cependant, leur arrivée à destination ne signifie pas que leur vie soit de tout repos. Les survivants sont entassés dans une cabane minuscule, exposés au froid, au manque de nourriture, d’intimité, d’espace. Plus les jours passent, moins Anna supporte la présence de ses voisins qu’elle déteste et de l’ex-femme de son mari, Irina, qui est si mystérieuse. Sans compter que nulle échappatoire n’est possible, car au-dehors, la maladie est loin d’avoir fini de décimer la population. La venue d’étrangers va alors bouleverser la vie des survivants de Vongozero. Ils vont devoir traiter avec les nouveaux venus pour le meilleur, comme pour le pire.

Dans ma précédente chronique, j’avais dit que la fin de Vongozero se suffisait à elle-même. Pourtant, je n’étais pas mécontente de retrouver les personnages du tome 1 ! L’auteur parvient immédiatement à nous replonger dans l’ambiance oppressante du premier livre. Nous ressentons le confinement éprouvé par Anna et nous désirons nous échapper avec elle. Cette atmosphère est presque pire car, dans un premier temps, les protagonistes étaient en voiture alors qu’à présent, ils ne quittent plus leur île. Les femmes notamment, sont confinées à l’intérieur de la bâtisse et doivent s’occuper des enfants et de la cuisine, ce qui rend l’atmosphère irrespirable.

Pour ceux qui craindraient de se lasser de cette ambiance, sachez que peu à peu, l’auteur va apporter des changements à son intrigue. Pour commencer, l’arrivée d'étrangers va bouleverser le quotidien du groupe. Cela va également permettre de mettre en valeur le personnage d’Anna puisqu’elle est particulièrement appréciée des nouveaux venus, ce qui vaut aux survivants une aide précieuse.

De plus, si dans le tome 1 notre héroïne avait dû mal à faire entendre sa voix, elle va connaître une évolution, notamment à cause de l’oppression qu’elle ressent en permanence au quotidien. Vivre toute la journée aux côtés de femmes qu’elle déteste va peu à peu la rendre presque folle et la faire sortir de ses gonds, au point de jeter une assiette à la tête de ses camarades. Elle va également pouvoir enfin exprimer son désir de ne plus vivre confinée à Sergueï. Même si ce changement d’attitude n’aura pas tout de suite l’effet escompté, il est plaisant de voir Anna s’affirmer.

La jeune femme parvient aussi à se détacher davantage de son époux et à se montrer plus indépendante, plus forte, plus froide.

Il y a également un passage que j’ai considéré comme un tournant du récit, celui où toutes les femmes se confient autour d’un verre d’alcool. Alors que les hommes sont partis en mission, elles vont peu à peu ouvrir leur cœur, ce qu’elles n’avaient jamais fait alors qu’elles se connaissent depuis longtemps. Même si cela n’empêchera pas Anna de déménager dans une autre demeure, ces confessions vont améliorer les relations entre toutes les femmes, ce qui est très intéressant et rend l’atmosphère du livre plus respirable.
Cela donne également de l’épaisseur aux personnages, notamment à ceux de Marina, Natacha et Irina, qui n’étaient finalement pas beaucoup exploités dans le tome 1.

Au niveau des personnages, j’ai beaucoup d’affection pour Anna, que je trouve très réaliste et novatrice, loin des stéréotypes de l’héroïne de dystopies habituelles. Grâce à cela, nous pouvons facilement nous identifier à elle et compatir à ses malheurs. J’ai aussi beaucoup aimé retrouver le vieil et bourru Boris.

En revanche, je n’ai pas du tout apprécié Sergueï, que j’ai trouvé très égoïste et peu soucieux du bonheur de son épouse. Alors qu’Anna finit par exploser à force de vivre enfermée avec des personnes qu’elle ne peut supporter, ce-dernier ne veut pas faire d’efforts pour changer les choses. Il faut que son ex-femme Irina se mette du côté de la jeune femme pour qu’il prenne une décision.

Une fois encore, la relation entre les deux femmes est très différente de ce à quoi on pourrait s’attendre. Il n’y a pas de scènes brutales entre elles, pas d’horribles disputes, simplement une tension permanente. Cette tension va cependant peu à peu se dissiper pour devenir une complicité, une bonne entente, notamment à la fin du livre. A plusieurs reprises elles vont se soutenir mutuellement. Elles vont finir par former une sorte de famille. Cet aspect du récit m’a beaucoup plu, j’ai trouvé cela très original.

Enfin, le fait que le principal élément perturbateur de ce tome soit de nouveaux arrivants n’est pas du tout ennuyeux, au contraire, je trouve que cela renforce l’originalité de l’œuvre. En effet, avec l’arrivée du virus dans le tome 1, on pourrait s’attendre à des mutations génétiques créant des espèces de zombies comme dans d’autres dystopies, mais l’auteure ne s’attarde pas sur la raison de la propagation de la maladie. Elle nous livre simplement des détails sur les symptômes nous informant de sa présence.

Cela permet de souligner le fait que le plus grand danger pour l’homme est l’homme lui-même. A l’heure du chaos, la loi du plus fort renaît, tout s’achète et se négocie. Yana Vagner arrive à créer une tension dans le récit.

Je recommande donc chaudement la lecture de ce tome 2 pour l’évolution des personnages, notamment celui d’Anna, et la relation entre Anna et Irina. Ce roman est addictif, nous ne pouvons nous arrêter de le lire une fois commencé !

Le Lac de Yana Vagner publié aux éditions Pocket.

lundi 30 avril 2018

Les Loyautés de Delphine de Vigan


Les loyautés

 

Delphine de Vigan


Les Loyautés / Delphine de Vigan

L’auteure de Rien ne s’oppose à la nuit revient cette fois avec une fiction. Dans Les Loyautés nous suivons une palette de personnages ayant tous un passé difficile ou un lien avec l’alcool. Hélène, une professeure de sciences, a subi les violences d’un père alcoolique, Cécile, issue d’un milieu populaire, a vu son propre père se transformer en une épave à cause de la boisson, enfin Théo, 12 ans, cherche à oublier ses problèmes familiaux en s’étourdissant dans l’alcool afin de finir dans un comas salvateur.

Cette histoire est à la fois très courte mais en même temps très prenante. En quelques phrases Delphine de Vigan parvient à nous dépeindre le passé et le portrait psychologique de ses héros. Ils ont à la fois une grande fragilité et en même temps une grande sensibilité, ce qui fait leur force. Hélène notamment remarque immédiatement que Théo ne va pas bien, même si elle ne connaît pas exactement la cause de son mal être.

Il est aussi très impressionnant de voir comment les protagonistes vont peu à peu approcher chacun à leur manière les frontières de la folie. Cécile, qui s’efforce d’oublier d’où elle vient, ne cesse de se parler à elle-même, au point que cela en devienne pathologique. Cependant, ce besoin lui est nécessaire depuis qu’elle a découvert que son mari n’était pas l’homme qu’elle croyait. Hélène quant à elle, prend très à cœur le cas de Théo, ne pouvant s’empêcher de s’identifier à cet élève au point d’être prête à transgresser toutes les règles.

Delphine de Vigan parvient également à faire converger tous ses personnages autour de Théo, qui est véritablement l’axe central du récit. Chacun d’eux à un lien plus ou moins proche avec le collégien. Cette façon de faire m’a beaucoup plu, j’ai aimé suivre le fil déroulé par la narratrice. Le fait que le héros soit très jeune rend également d’autant plus choquant son problème d’alcoolisme et nous incite à la vigilance et à la prudence.

Le style d’écriture de l’auteure, toujours aussi beau, mêle là encore une certaine poésie, un beau rythme, avec des tournures simples qui font que l’on ne peut s’empêcher de dévorer l’histoire.

Enfin, la fin est particulièrement angoissante, bien que je la trouve un peu abrupte. J’aurais préféré avoir quelques pages de plus pour pouvoir quitter les protagonistes en douceur.

Mais ce bémol est très minime. Je recommande donc chaudement le nouveau livre de Delphine de Vigan à la fois pour sa palette de héros marqués par la vie et les épreuves et la charpente du récit qui fait converger les points de vue vers Théo.

Attention cependant pour ceux qui ont l’habitude de plonger dans la vie intime de l’auteure, rien dans cet ouvrage ne semble relié à son passé. Mais si vous avez aimé ses romans de fiction comme No et moi, Les loyautés vous plairont certainement !

Les Loyautés de Delphine de Vigan publié aux éditions JC Lattès.