Dans l’Antiquité, en Egypte, le pouvoir royal est
traditionnellement transmis par la reine. Cependant dans les faits, la femme
doit être soumise au Pharaon et n’a pas d’autre rôle que celui de donner des
héritiers au royaume. Mais Chepsu, l’héritière du trône, ne l’entend pas de
cette oreille et est bien décidée à prouver qu’elle est capable de gouverner
aussi bien qu’un homme.
Aussi, lorsqu’elle est enfin couronnée, elle tente de donner
de nouvelles idées pour améliorer la vie des ses sujets. Mais son demi-frère le
pharaon, un être irascible et brutal, veut absolument dominer la jeune femme et
mater son tempérament rebelle.
En montant sur le trône, Chepsu va devoir faire face à des
ennemis déterminés tels que les prêtres ou les courtisanes, mais va également
rencontrer des personnes merveilleuses comme une danseuse ou un mystérieux
scribe.
L’héroïne est attachante, drôle et dynamique. J’ai
particulièrement apprécié son caractère volontaire. Le côté féministe du manga
m’a également beaucoup plu. Nous avons une idée de la difficulté qu’avaient
les femmes à avoir une place dans la société.
Le trait de crayon de Chie Inudoh est très agréable, elle
prend beaucoup de soin à dessiner les motifs et les différentes tenues de ses
personnages.
Les nombreux plans sur les
décolletés et la poitrine des différentes femmes m'ont cependant agacée. Pour un manga
présentant un protagoniste fort et décidé à défendre la cause des femmes, dessiner
des héroïnes en petite tenue décrédibilise quelque peu le message. En effet,
nous avons l’impression que certains personnages de l’histoire n’existent que
par leurs atouts…
Malgré cela, l’histoire est prenante et j'ai hâte de
connaître la suite !
Mae Hollande se languit dans la boîte minable où elle
travaille. C’est pourquoi lorsque son amie Annie lui propose un emploi au
Cercle, une société spécialisée dans la communication et les réseaux sociaux,
elle accepte avec joie.
La jeune femme occupe d’abord un poste dans le Service
Client où elle doit répondre le plus rapidement possible à des demandes en tous
genres, puis elle monte progressivement en grade et aide à élaborer divers
projets tels que Démopower, un système permettant de voter en temps réel. Elle adopte le principe de la Transparence et accepte d’être filmée
vingt-quatre heures sur vingt-quatre par une caméra diffusant les images en
direct sur Internet.
Bientôt, toute la population pourrait bien être sous le
contrôle du Cercle. Mae va-t-elle aider l’entreprise à atteindre la Complétude
ou écoutera-t-elle les avertissements de son ex-petit ami Mercer et du
mystérieux Kalden ?
J’ai beaucoup aimé le roman de James Eggers. Tout d’abord,
le récit se déroule à notre époque, ce qui est plutôt rare dans une dystopie. Nous assistons à la création de ce qui pourrait bien devenir une dictature, si
le Cercle parvenait à mettre ses projets à exécution.
L’auteur instaure une ambiance assez stressante, notamment
lorsque nous suivons la vie de Mae au travail. Les dirigeants de l’entreprise
demandent à leurs employés une somme d’efforts considérables : ils doivent
pouvoir gérer de nombreuses demandes en même temps. Sans compter qu’en plus de
leurs tâches quotidiennes, ils sont fortement incités à participer aux activités
organisées par le Cercle le week-end. Au final, les travailleurs ne trouvent
plus de raisons de quitter leur entreprise et dorment dans de luxueux dortoirs
prévus à cet effet.
Le personnage de Mae est également très intéressant. Cette
jeune femme est ambitieuse et désire que tout soit ordonné, elle aime être vue
et appréciée, c’est pour cela qu’elle adhère facilement à la philosophie du Cercle
qui désire tout rendre visible, comme le prouve l’un de ses slogans :
« les secrets sont des mensonges ».
/!\Je vais développer davantage mes pensées sur le
personnage de Mae, je vous conseille donc de sauter ce passage si vous n'avez pas lu le livre.
L’héroïne fait vraiment
le sel de ce roman. En effet, il est rare de voir dans une dystopie un
protagoniste qui ne se rebelle pas contre le système mais au contraire le
soutien et le perfectionne. La jeune femme a un caractère complexe, elle dégage
à la fois une certaine candeur, mais dans le même temps elle est débordante
d’ambition. Quand elle était petite, Mae a été négligée par ses parents, puis elle s’est ennuyée dans l’entreprise dans
laquelle elle exerçait avant d’entrer au Cercle. Elle est donc débordante d’envie, de projets, elle désire faire ses preuves.
Mae a aussi tendance à ne
pas prendre en compte les doutes et les remarques des autres : elle
méprise son ex-petit ami Mercer lorsqu’il tente de lui montrer la perversité du
Cercle, elle n’écoute pas les doutes de ses parents qui ne veulent plus être
filmés vingt-quatre heures sur vingt-quatre comme elle.
D’ailleurs, lorsque le
jeune homme finit par se suicider faute de pouvoir échapper à la surveillance
de la boîte, elle ne ressent que peu de tristesse. Elle parvient avec facilité
à s’auto convaincre qu’elle agit pour le mieux ! Mae se compare même à une
présidente, en effet, elle explique que le fait d’être filmée en permanence lui
impose un contrôle sur elle-même et lui donne aussi du pouvoir.
Enfin, la fin du roman
nous montre bien le vrai visage de la jeune femme : elle trahit Kalden, le
mystérieux collègue qui désire empêcher le Cercle de prendre le contrôle du
monde, en le dénonçant à ses supérieurs.
/!\ Fin de la partie spoilers
Les dernières pages du
livre sont proprement terrifiantes.
Le Cercle de Dave Eggers publié aux éditions Gallimard.
Le Cercle a été adapté en film avec dans le rôle de Mae
l’actrice Emma Watson. Si le jeu de la jeune femme est bon, les scénaristes ont
fait planer une ambiguïté inutile sur le personnage de Mae. En effet, nous
avons l’impression que, au cinéma, l'héroïne va se révolter contre le
système, alors que dans le roman au contraire, elle se persuade tout au long du
livre que ce qu’elle fait est la bonne décision. A cause de ce flou autour du
personnage, la fin du film paraît étrange et illogique.
De plus, de légers
changements sont effectués au niveau de l’apparition de certains personnages
notamment de Mercer. Ces modifications peuvent sembler anodines mais changent
considérablement la perception du récit et des protagonistes. Le film est donc
plutôt une déception.
La philosophie est une matière que nous abordons avec plus
ou moins d’appréhension, notamment lorsque l’on est en terminale L. Allons nous
parvenir à nous passionner pour les textes des Anciens ? Comprendrons-nous
leur raisonnement ? Le livre de Charles Pépin nous permet de nous initier
en douceur à cette matière.
Il se divise en sept parties pour les sept jours de la
semaine. A chaque fois, l’auteur s’interroge sur un thème particulier et expose
ses idées en trois parties qui respectent le principe de la dissertation de
philosophie classique : thèse, antithèse, synthèse. Les questions sont
intéressantes et amènent à réfléchir. Nous pouvons notamment citer « La
démocratie est-elle le meilleur des régimes ? » ou « Comment se préparer
à mourir ? »
Ce livre aborde tous les sujets phares de la
philosophie : la mort, Dieu, la démocratie, le pouvoir, la beauté…
A travers ses raisonnements, Charles Pépin nous invite à
nous dépasser, à nous questionner, à croire en nous et à tirer une leçon des
évènements du passé. L’auteur fait aussi bien référence à des personnages
antiques tels que Socrate ou Platon sans oublier des penseurs plus modernes
comme Nietzsche ou Freud. Nous avons donc deux types de point de vues, ce qui
permet d’élargir nos horizons.
Afin de mieux apprécier ma lecture, j’ai décidé de jouer le
jeu de Pépin et de lire une partie par jour. Grâce à cela j’ai trouvé le livre
plus « digeste ». Une semaine de philosophie est donc un bon
moyen de commencer à étudier cette matière et je le conseille fortement à tous
ceux qui vont entrer en Terminale.
Une semaine de philosophie de Charles Pépin publié aux éditions J'ai lu.
Aux yeux de tous ses camarades de classe, Louise semble être
une personne forte et sûre d’elle, mais en réalité la fillette se sent très
seule. La rencontre d’une autre enfant prénommée elle aussi Louise pourrait tout faire
basculer….
A travers cette histoire très courte, l’auteur parvient à
décrire à la fois la solitude que l’on peut ressentir dans sa jeunesse et les
secrets que l’on garde au fond de son cœur, en attendant de rencontrer un ou une
Ami(e) avec un grand A
Le style de Stéphanie Demasse-Pottier est à la fois fluide
et poétique, très délicat et subtil. Elle laisse une part d’intimité à ses
personnages, ce qui n’est pas frustrant, au contraire, nous avons l’impression
d’être dans le récit et d’observer les enfants de loin, en écoutant quelqu’un
nous raconter leur histoire.
Nous nous sentons véritablement inclus
dans le récit.
Ce texte est une petite pépite qui ravira les plus jeunes
comme les grands.
Les illustrations de Magali Dulain s’accordent à merveille
avec l’histoire, le trait de crayon, simple et presque enfantin permet de
faire le lien avec le jeune âge de l’héroïne. Nous avons souvent le sentiment
que les dessins sont réalisés par Louise elle-même.
Une excellente découverte !
Louise de Stéphanie Demasse-Pottier et Magali Dulain
publié aux éditions L’Etagère Du Bas.
Quelle pourrait être la chose la plus incroyable qui puisse
vous arriver le jour de votre anniversaire ? Recevoir le cadeau dont vous
avez toujours rêvé ? Que vos amis débarquent par surprise au beau milieu
de la fête ? Pour Hugo Grimmons, ce sera de se noyer la veille de ses
douze ans et de se réveiller parmi les morts du cimetière non loin de chez lui.
Les défunts sont beaucoup plus serviables que les
vivants et ensemble, ils vont tenter d’empêcher leur sépulture de tomber aux
mains de personnages avides de déterrer un gisement de pétrole se trouvant
juste en dessous.
Ce très court roman est une bonne surprise ! Si
l’intrigue est davantage pour la jeunesse, elle est malgré tout prenante et
nous nous attachons vite aux personnages. J’ai apprécié les fantômes du
cimetière, notamment Cornille, un ancien botaniste et Gertrude, une fillette de
sept ans qu’Hugo ne laisse pas indifférent.
Les parents du jeune garçon sont également attachants. La
mère, une romancière reconnue, m’a beaucoup plu. Elle doit son succès à un
heureux coup du sort, (une star de la chanson a assommé une de ses fans avec un
exemplaire de son oeuvre. Le public s’est empressé de se procurer le livre afin de
reproduire le geste de leur idole). Nous pouvons penser que l’auteur souligne
avec autodérision combien la renommée peut être soudaine et éphémère. (Alors
que la stupidité de certains fans est sans limite).
L’histoire est également bien rythmée, les actions
s’enchaînent à une vitesse vertigineuse, saupoudrées d’une bonne dose d’humour
qui donnent aux esprits un côté très sympathique ! Il est également bon de
noter le côté engagé de Bertrand Santini. En effet, les Grimmons veulent
empêcher le cimetière d’être détruit afin d’y extraire du pétrole. Cela donne
une portée écologique au roman.
L’auteur parvient à instaurer du suspense et la fin de ce
conte m’a bluffée ! Pour des enfants qui désirent découvrir le monde du
fantastique, je trouve qu’Hugo de la nuit est un bon moyen de débuter,
quant aux plus grands, ils pourront s’ils le souhaitent se plonger dans une
aventure agréable qui les fera sourire.
La magnifique couverture des éditions Grasset ne peut que
vous décider !
Hugo de la Nuit de Bertrand Santini publié aux éditions Grasset Jeunesse.
Dans le tome 1 du Passage, Peter, Amy et leurs amis
arrivent à vaincre le terrible virul Babcock.
Dans le tome 2, ils parviennent à se débarrasser des onze
viruls originels, provoquant ainsi la mort de leur Multitude.
Cette fois-ci, ils vont devoir combattre un ennemi plus
terrible encore : Zéro, le premier virul, plus puissant que tous ceux
qu’ils ont déjà eu à affronter. Mais comment faire, une fois encore, nos héros
semblent dispersés aux quatre vents. Amy a disparu depuis le soir où ils ont
vaincu les douze, laissant Peter fou de douleur. Alicia doit se remettre de la
mort de sa fille, Rose. Michael se lance dans des projets fous pour oublier sa
peine. Quant à Sarah, elle a à présent une famille à protéger. Une fois de plus
cependant, nos héros iront au devant de leur destin.
Justin Cronin signe un tome 3 magistral et qui conclut
magnifiquement la série. Comme toujours il sait parfaitement doser les scènes
d’actions et les scènes explicatives. Le roman est prenant, nous ne parvenons
pas à nous arrêter de lire. Nous avons le même plaisir à suivre nos personnages
favoris, sans compter que nous nous penchons davantage sur d’autres
protagonistes tels que Caleb, le fils adoptif de Peter ou bien les enfants de
Sarah. Comme à son habitude l’auteur parvient habilement à réunir ses héros
alors que tout semble fait pour les séparer.
Le vrai point fort de La Cité des Miroirs est que
nous avons également le point de vue du grand méchant du roman, Zéro. Nous en
apprenons plus sur son passé, son enfance, sa vie avant de devenir un monstre.
Nous découvrons comment et pourquoi il s’est retrouvé cobaye d’une expérience
gouvernementale.
L’auteur nous livre aussi d’autres éléments sur la
mystérieuse Amy et nous prenons plaisir à voir évoluer ses relations avec les
autres, particulièrement avec Peter.
La fin du livre est à la fois triste et belle car chaque
protagoniste trouve à sa manière une sorte de rédemption, de paix. Amy
notamment peut enfin raconter son histoire. Nous qui la suivons depuis son
plus jeune âge, nous en éprouvons un soulagement et une joie.
Sans compter que
nous avons enfin une explication sur les différents annotations que nous
pouvons trouver au début de certains chapitres, (les cartes ou les extraits du
journal de Sarah notamment).
Cette série restera longtemps dans ma mémoire et j’éprouve
un pincement au cœur à l’idée de ne plus jamais suivre les aventures d’Amy,
Peter, Alicia et les autres. Justin Cronin est parvenu à créer des héros si
réalistes, un univers si riche et une intrigue si prenante que nous avons
l’impression d’avoir vécu l’aventure avec les personnages. Nous les avons
suivis depuis Le Passage jusqu’à La cité des miroirs, nous les
avons vu grandir, se mettre en danger, commettre des erreurs, changer. Lorsque
l’on referme cet ultime tome, c’est comme si nous disions au revoir à des êtres
chers.
Mes articles sur les deux tomes précédents : ici et là
La cité des miroirs de Justin Cronin publié aux éditions Robert Laffont.
Quel est le piment de notre vie ? Notre travail ?
Notre famille ? Nos amis ? Une passion ? A première vue,
l’existence de l’héroïne anonyme que nous suivons dans cette nouvelle est
plutôt heureuse, son mari a un métier stable, son fils est sage et affectueux.
Mais en réalité, elle effectue ses tâches quotidiennes comme un automate et ses
journées sont mornes et sans saveurs. Tout bascule lorsque la jeune femme est
frappée d’une étrange maladie : elle n’a plus besoin de dormir. Et si cela
était pour elle l’occasion de redonner du piment à sa vie ? Un seul moyen
pour cela : la lecture !
Pour commencer, il faut savoir que Sommeil est une
nouvelle relativement courte. Malgré tout, l’auteur parvient à nous transmettre
de façon trèspoétique la monotonie
initiale de la vie de l’héroïne et sa renaissance grâce à la lecture.
Murakami nous transmet le plaisir de la lecture,
notamment par l’évocation de petits détails : des choses que l’on retrouve
entre les pages d’un livre que l’on n’a pas lu depuis longtemps et qui nous
rappellent des souvenirs, le plaisir de dévorer un roman sans jamais s’arrêter, que des personnages puissent nous habiter au point que l’on y pense
très fréquemment au cours de notre journée. (Attention, l’héroïne lit Anna
Kaérine et nous livre ses impressions, il peut y donc avoir des spoilers).
Haruki Murakami décrit aussi avec brio la relation étonnante
qu’entretient notre héroïne avec son mari. Alors qu’elle revit à travers la
lecture, elle se rend compte qu’elle n’éprouve que très peu d’affection pour
celui avec qui elle partage sa vie. D’ailleurs, elle se demande souvent
pourquoi elle l’a épousé. L’autre aspect surprenant de Sommeil est que
les proches de la jeune femme ne se rendent compte de rien. En effet, le jour,
elle décide de vaquer à ses occupations comme à l’ordinaire.
Cela donne un côté fantastique au récit et illustre de façon
poignante combien les hommes vivent les uns à côté des autres, sans chercher à
se connaître véritablement. Alors que l’époux de notre héroïne pourrait
partager une nouvelle passion avec sa femme, il ne s’étonne même pas du fait
qu’elle recommence à lire bien qu’elle ait arrêté dès le début de leur
mariage. L’auteur dénonce donc une forme d’égocentrisme qui peut parfois se
retrouver au sein même des familles.
La particularité de cette nouvelle, outre son ton poétique
est le fait qu’elle soit illustrée. Les dessins, assez oniriques, nous plongent
dans l’ambiance et ajoutent un plus au récit.
Le seul petit bémol est que j’ai trouvé la fin du récit
assez abrupte, nous laissant sur notre faim, mais c’est souvent le cas dans
les histoires courtes. Nous pouvons y voir une métaphore qui indique que le
sursis que la jeune femme avait par sa capacité à ne pas dormir est terminé. Elle doit donc payer une compensation.