Dans ce
recueil de nouvelles classées par ordre alphabétique, nous suivons
sur une page et demi la vie d’un ou plusieurs personnages.
Violeurs, parents maltraitants, fous, ratés, nous entrevoyons
pendant quelques courts instants, l’existence des rebus de la
société, de ceux que nous ne voulons pas voir, que nous
préférerions oublier.
Ce
n’est pas une lecture agréable, car aucune des nouvelles ne
procure véritablement de joie ou de plaisir. Pourtant, elles
disposent d’un très étrange pouvoir, celui de nous faire tourner
les pages, encore et encore, pour continuer à avancer dans le
recueil.
Qu’est-ce
qui explique ce phénomène ? La plume fluide et acérée de
l’auteur ? Un petit côté voyeur du lecteur, qui plutôt que
d’expérimenter l’horreur lui-même, la vit par procuration à
travers d’autres personnages, tout comme les lecteurs anglais du
XIXe siècle frissonnaient en lisant des romans gothiques dépeignant
des monstres, des tueurs et des prédateurs ? Sommes-nous fascinés
par le mal, et désireux de pouvoir à la fois nous indigner et dans
le même temps nous délecter des pires horreurs ?
Ou bien
c’est la seule promesse que le malaise ne sera que de courte durée
qui nous fait persévérer.
Microfictions de Régis Jauffret publié aux éditions Gallimard.
Ecrasé
par l’autorité d’un père puritain, Garett pense que sa vie est
toute tracée, lorsqu’il se fait prendre en otage par Abigail
Stentson, une redoutable hors la loi, coupable d’avoir braqué une
banque. Si au départ le jeune homme espère à tout prix être
retrouvé par les autorités, il va peu à peu s’attacher à sa
geôlière et à la nouvelle vie qu’elle lui propose.
Ce
roman de western m’avait attirée de par sa magnifique couverture et
la très bonne critique qu’en avait fait Audrey de la chaîne le
Souffle des Mots. Je n’ai pas été déçue de ma lecture !
J’ai adoré l’ambiance des saloons, du far West et des
chevauchées. Avec de petits détails, Marion Brunet parvient à nous
faire plonger dans l’ambiance des siècles passés.
Je suis
aussi tombée en admiration pour le personnage d’Ab Stentson. J’ai
toujours eu un faible pour les guerrières battantes et intrépides,
et celle-ci est particulièrement courageuse. L’autrice réussi le tour de force d'en faire une figure attachante et touchante lorsqu’elle nous en
apprend davantage sur son passé, sans renier le côté bourru et
violent du personnage.
J’ai aussi adoré la relation d’amitié
sincère qui se développe entre Garett et elle. A travers les yeux
du jeune homme, nous éprouvons de l’admiration pour cette femme
solitaire et différente, qui a choisi de vivre en dehors des règles
établies. Le fait que Garett ne tombe pas amoureux d’Ab est
également rafraîchissant, et permet d’instaurer une véritable
relation de confiance solide entre les deux personnages, sans les éventuels tourments que l'amour pourrait engendrer.
L’autrice
parvient aussi à instaurer des touches d’humour à son œuvre,
malgré la dureté de certains passages du récit. Outre l’univers
des cow-boys et chasseurs de prime, Marion Brunet nous offre un
aperçu du monde de la prostitution et évoque le sort réservé aux
Natifs Américains dans les plaines de l’Ouest.
Certes,
pour les grands consommateurs de Western, le récit peut sembler
assez convenu. En effet, le personnage de l’aventurière solitaire
est récurrent en littérature. Mais la plume fluide de l’autrice,
le regard bienveillant de Garett, la fluidité de la lecture, nous
permet d’apprécier cet univers et cette héroïne. Le thème est
très différent deL’été circulaire, mais le talent de Marion
Brunet est toujours au rendez-vous !
Sans
foi ni loi de Marion Brunet publié aux éditions Pocket
Jeunesse.
Jane
Eyre de Charlotte Brontë et Les Hauts de Hurlevents d'Emily Brontë comptent parmi mes romans
préférés. Éblouie par l’œuvre de ces écrivaines, j’ai
voulu en apprendre un peu plus sur leur vie personnelle et sur la
genèse de leurs livres respectifs. Voici mes trois livres pour
plonger dans les arcanes du monde des Brontë.
L’amour
caché de Charlotte Brontë par Jolien Janzing
L’autrice
revient sur un épisode particulier de la vie de Charlotte Brontë :
le moment où elle se rend à Bruxelles en compagnie de sa sœur
Emily afin de se perfectionner dans l’étude du français. Là-bas,
Charlotte a la joie de découvrir la vie animée de la grande ville
mais y fait également la rencontre de Constantin Heger, un
professeur dont elle est follement éprise et qui lui inspirera
notamment Mr Rochester dans Jane Eyre.
Ce
roman est une très bonne surprise ! Je craignais que l’auteur
ne se focalise uniquement sur l’aspect « romantique »
de cet épisode de la vie de Charlotte Brontë, mais elle prend le
temps de poser le contexte de son intrigue et n’oublie pas traiter
les relations entre les deux sœurs au pensionnat. Elle dépeint
également très bien le désir d’écrire de la jeune femme, ses
rêves, ses ambitions et ses envies d’évasions. Ce roman donne envie de se jeter sur son stylo ou son
clavier et de se mettre à noircir des pages comme les écrivains
Brontë !
La
retranscription des évènements est réaliste et concorde avec ce
que l’on sait de la vie de la famille. Jolien Janzing n’a pas
pris de libertés invraisemblables avec les faits réels.
Ce
roman est donc une lecture agréable pour les amoureux de la famille
Brontë et du roman Jane Eyre, et s’adresse surtout à ceux
qui ont déjà une connaissance solide de l’histoire de Charlotte.
L’amour
caché de Charlotte Brontë par Jolien Janzing publié aux
éditions L’Archipel.
Le
monde infernal de Branwell Brontë par Daphné du Maurier :
Dans
cette biographie romanesque, Daphné du Maurier, la célèbre autrice
de Rebecca, rend ses lettres de noblesse au personnage le
plus méconnu de la famille Brontë : Patrick Branwell, le frère
aîné de Charlotte, Emily et Anne. En plus d’être l’auteur de
nombreux poèmes et de peintures, c’est également lui qui a
chapeauté une grande partie de la création d’un monde imaginaire
dont les enfants Brontë aimaient relater les chroniques. Il est en
effet connu que Charlotte, Emily, Anne et Branwell ont souvent mis en
commun leurs écrits et ont partagé leurs univers, créant une véritable
émulation collective.
Alors,
pourquoi Branwell est-il presque oublié ? Pourquoi un jeune
homme si brillant n’a-t-il rien publié de conséquent, mis à part
quelques poèmes ? Daphné du Maurier nous dresse ici le
portrait d’un être en proie à des démons, hanté par la mort de
sa mère et de ses sœurs, (Marie et Elizabeth étaient les aînées
la fratrie) et sombrant dans l’alcoolisme.
Ce
livre fut une véritable découverte pour moi. En effet, avant d’être
tombée par hasard sur l’ouvrage de Daphné du Maurier, je n’avais
jamais entendu parler de Branwell Brontë. J’ai donc été
agréablement surprise de voir que Branwell avait aussi écrit des
poèmes et contribué fortement à la création de l’univers
littéraire de la famille, sous la forme d’un pays nommé Angria.
J’ai aussi été stupéfaite d’apprendre que Branwell avait sans
doute contribué à créer Les Hauts de Hurlevents, puisqu’un
de ses amis rapporte qu’il lui en aurait lu un extrait. Cela
n’enlève bien sûr rien au talent d’Emily, et ne peut être
considéré comme du plagiat, dans la mesure où les frères et sœurs
s’échangeaient régulièrement leurs personnages, sans compter
qu’un être aussi dissolu que Branwell n’aurait pu mener à bien l’œuvre. Branwell a d’ailleurs sans doute servi d’inspiration
à Emily pour le personnage d’Heathcliff.
Le
texte de Daphné du Maurier met donc en lumière le rôle décisif de Branwell. Grâce à
des extraits de ses textes insérés dans les chapitres, nous pouvons
découvrir sa plume, aussi bien dans sa version originale que dans sa
traduction. L’autrice parvient à instaurer du rythme à son récit,
en ayant en ligne de mire la mort de son poète maudit. La fin de
ce-dernier est peut-être un peu romancée dans sa description (Du
Maurier est un romancière, pas une biographe), mais Le monde
infernal de Branwell Brontë repose
sur des bases et des sources fiables.
Le
monde infernal de Branwell Brontë par
Daphné du Maurier publié aux éditions de
la Table Ronde.
Les Brontë par Jean-Pierre Ohl
Dans cette biographie, l’auteur s’intéresse à toute la famille
Brontë, en partant des origines, avec l’installation de Patrick
Brontë père à Haworth avec ses enfants jusqu’au décès de
Charlotte en 1857. Il parvient, sans que cela ne soit trop long ou
ennuyeux, à s’intéresser à chacun des enfants Brontë. Ayant
vécu le plus longtemps, Charlotte a une place plus grande dans le
récit.
J’ai aimé découvrir la façon dont elle a tenté de se frayer une
place dans le monde littéraire de son époque, une fois l’identité
du Currer Bell découverte. Jean-Pierre Ohl n’hésite pas également
à mettre en perspective les précédentes biographies de Charlotte
Brontë. Il critique notamment celle de l’amie de la romancière,
Elizabeth Gaskell, qui n’est pas toujours exacte dans ses propos,
et nuance le portrait sombre de Branwell dressé par Daphné du
Maurier, en arguant que la descente aux enfers du jeune homme n’est pas aussi brutale.
Il nous invite également à réfléchir sur la fascination exercée
par la famille Brontë et sur le fait que parfois la vie des auteurs
semble davantage fasciner le public que leur œuvres elles-mêmes, ou
que les analystes littéraires n’hésitent pas à tirer des
conclusions hâtives voire fantaisistes en se basant sur leur biographie. (C’est notamment le cas avec Les Hauts de
Hurlevent).
J’ai trouvé cet écrit complet, intéressant à lire et
assez rythmé pour que le texte ne soit pas plat et descriptif.
L’auteur ne nous surcharge pas de dates et d’éléments
historiques. Une chronologie et des annexes sont disponibles à la
fin de l’ouvrage, ainsi que des illustrations et des gravures des
trois sœurs, de Branwell et de leur père.
Pour les amoureux de la famille Brontë ou ceux qui désirent en savoir
davantage sur les auteurs de leurs romans préférés, ce livre est à
découvrir !
Les
Brontë par Jean-Pierre Ohl
publié aux éditions Folio.
Que
dire ? Comment commencer ? Des années de lecture, des
années d’attentes, et enfin il est là. Le tome 4 de La
Passe-Miroir, cette série qui a traversé mon adolescence depuis
2013. J’attendais ce roman avec une telle impatience que je
comptais les jours qui me séparaient du 28 novembre 2019. Lorsque
jeudi j’ai eu le livre entre les mains, j’ai attendu jusqu’au
vendredi soir pour m’y plonger, afin de ne pas être dérangée
dans ma lecture et de pouvoir lire les cinq cent et quelques pages
d’un coup si cela me chantait. Bien m’en a pris. A quatre heures
du matin, les joues mouillées de larmes, j’avais terminé les
aventures d’Ophélie et Thorn.
J’essayerai
de ne pas inclure de spoilers dans cet article, mais je recommande
vivement à ceux qui n’ont pas encore lu les précédents tomes de
La Passe-Miroir d’éteindre leur ordinateur et de courir entamer
leur lecture.
Une
fois de plus, Christelle Dabos parvient à nous emporter dans une
histoire totalement inattendue et pleine de rebondissements. En
effet, pour approcher au plus près du secret d’Eulalie Dilleux, de
la Déchirure et de sa propre identité, Ophélie se fait admettre à
l’Observatoire des Déviations de Bablel, un établissement où
sont notamment examinés ceux qui n’entrent pas dans les codes de
la cité. Les inversés comme elle sont particulièrement recherchés.
Mais dans cette aventure, Ophélie ne sera pas seule. Malgré son
déguisement de Lord de Lux, Thorn fait équipe avec elle, et c’est
un vrai plaisir d’assister à leur travail en équipe et à leur
vie de couple si peu conventionnelle.
La
tempête des échos n’est pas
un tome facile. Bien qu'emportée par la magnifique plume de l’autrice, je
me suis malgré tout demandé à certains moments de ma lecture si
j’avais bien tout compris de l’intrigue. En effet,
le secret de l’univers de La Passe-Miroir n’est
pas à la portée du premier apprenti venu, et il faut s’accrocher
au moindre indice pour ne pas perdre le fil de l’histoire. Mais une
fois que les pièces du puzzle se mettent en place, tout devient
clair et limpide, et c’est un vrai plaisir de comprendre
enfin pleinement cet univers.
Ce tome 4 est également l’occasion de revenir avec plus de détails
sur certains thèmes qui traversent l’œuvre et dont nous
saisissons toute l’importance dans ce livre.
Il y a notamment la
violence et la contrainte dont on est prêt à user pour faire
respecter sa vision du bien, notamment à travers Lady Septima,
déterminée à exclure tous les étrangers de la cité de Babel, ou
Lazarus, un explorateur en apparence inoffensif mais capable de
sacrifier des vies humaines pour ses recherches ou ses inventions. De
manière générale, le rejet de ce qui est différent, non-conforme
à une norme établie, est un sujet souvent traité au fil des tomes. Au Pôle, Thorn était méprisé pour être né
d’un adultère. A Babel, les citoyens sont capables d’être
internés pour une orientation sexuelle (comme pour Blasius) ou
parce qu’ils présentent une « anomalie » dans leur
pouvoir.
Cela m’amène à évoquer le lieu principal de cette intrigue :
l’Observatoire des Déviations. Cette sorte d’institut, d’hôpital
m’a glacé le sang. J’y ai ressenti le profond malaise d’Ophélie
et des pensionnaires, la terrible sensation d’être pris au cœur
d’un système sans queue ni tête, où le patient est réduit au
stade d’un enfant soumis à ses médecins. J’ai l’impression
que Christelle Dabos a voulu dépeindre dans ce roman la violence
dont pouvait faire preuve le corps médical et les dérives de
certaines expériences. En effet, le but de l’Observatoire n’est
pas de soigner leurs patients, mais de les utiliser à des fins
despotiques.
Dans cet étrange lieu, au multiples couches, Ophélie va
véritablement au bout d’elle-même, puisqu’elle découvre enfin le secret de son identité. J’ai rarement vu un personnage aussi
malmené ! Tout au long de l’intrigue la jeune femme est
forcée de remettre en question son identité, ses valeurs, ses
choix. Pour survivre au Pôle, elle a dû lutter contre sa timidité
et son attitude réservée. Pour vaincre l’Autre, Ophélie doit interroger son être profond, sa propre personne. La suivre dans ses
découvertes est vraiment passionnant et déroutant. A la fin de
ce tome, nous réalisons l’incroyable chemin qu’elle a parcouru
depuis le moment où nous l’avons pour la première fois vu
franchir un miroir dans les Archives Familiales d’Anima.
Thorn aussi est un personnage qui évolue de façon considérable. Ce
tome 4 nous permet pendant de brèves parenthèses de suivre son
point de vue. Nous avons notamment droit à des flash-back de son
enfance, ou à des explications sur la façon dont il est parvenu à
s’échapper du Pôle. Il se montre également plus expansif, il
exprime davantage ses sentiments. Il est un soutien indéfectible
pour Ophélie. Ces deux protagonistes m’ont énormément touchée.
Nous comprenons que Thorn désire simplement être utile à
quelqu’un, se sentir aimé, accepté.
A travers ces personnages principaux, Christelle Dabos semble aussi
nous montrer combien le corps peut être une source de fardeau, de
handicap. Thorn, avec sa jambe articulée, porte le signe criant de
son infirmité physique. Il ne peut dissimuler ce qu’il considère
comme une faiblesse, et en ressent de la honte et de l’agacement.
Le fait qu’il ait de plus en plus de mal à contrôler ses griffes
renforce le dégoût qu’il éprouve pour lui-même. Le moment où
il parvient enfin à s’accepter grâce au regard de sa cousine
Victoire m’a profondément émue. Il est rare dans les romans
jeunesse de voir des personnages masculins ressentir un dégoût
profond pour leur apparence physique. La question des complexes est
en effet souvent réduite au personnage féminin.
Ophélie aussi perçoit son corps comme un fardeau, une entité qui
ne lui obéit pas et qui la trahi. Outre sa maladresse légendaire,
la jeune femme découvre avec tristesse qu’elle ne pourra jamais
avoir d’enfant. Ce droit à la maternité qu’elle s’est
involontairement retiré en libérant Eulalie du miroir la marque de
manière aiguë et la fait se sentir coupable, incomplète. Là
encore, le soutien de Thorn est bienvenu.
Les autres personnages que nous connaissons, bien que moins présents
qu’Ophélie et Thorn, sont malgré tout évoqués. Victoire
effectue une belle évolution, puisqu’elle parvient enfin à nouer
un lien fort avec le monde extérieur. J’ai été ravie et touchée
de voir que Berenilde accède enfin à ce qu’elle a toujours
aspiré : une famille. Le fait que tous les animistes, notamment
la tante Roseline et le grand Oncle soient présents pour la
bataille finale m’a enchantée !
Tous les esprits de famille
sont également présents dans le Mémorial, notamment Farouk et Artémis.
Farouk montre encore une fois sa clairvoyance supérieure à celle de
ses frères et sœurs.
Les personnages que j’aurais peut-être aimé voir davantage sont
sûrement Gaëlle, Renard et Archibald, mais Christelle Dabos
parvient à consacrer plusieurs chapitres à leur périple sur
Arc-en-Terre, nous permettant de rencontrer Don Janus, le seul esprit
de famille à avoir conservé sa mémoire. Mais l’autrice gère
plutôt bien le temps imparti à chacun de ses personnages, tout en
concluant son intrigue complexe. J’ai simplement du mal à quitter
son univers.
Jusqu’aux dernières pages, Christelle Dabos parvient à nous faire
avoir des frissons ! Et cette fin, cette fin !! Au début,
je n’étais pas sûre de l’apprécier. J’avais envie de voir si
Ophélie allait concrètement retrouver Thorn pour de bon, d’assister
à leur vie future… Je ne voulais pas quitter la jeune femme
maintenant, sur un passage de miroir !
Mais finalement, après m’être mouchée et essuyé les yeux, j’ai
réalisé que cette fin était une fin magistrale et typique de La
Passe-Miroir.
En effet, de mon point de vue, il est évident qu’Ophélie retrouve
Thorn lorsqu’elle franchit ce miroir. Elle affirme « Nous
reviendrons » à Archibald, avec ce ton assuré qu’elle
emploie lorsqu’elle s’apprête à résoudre une difficulté. De
plus, la chanson dans la boutique, évoquant la fugacité de l’amour,
mais également sa capacité d’apparaître là où on ne l’y
attend pas, sont significatifs. Enfin, les mots de Thorn, « Un
peu plus que cela même. », écrit en italique comme
lorsqu’Eulalie s’adresse à Ophélie depuis l’Envers, me font
penser que c’est lui-même qui s’adresse à son épouse, ou du
moins qu’il est toujours vivant ! Il a survécu au passage
dans la Corne de l’abondance, il peut attendre qu’Ophélie trouve
le moyen de revenir dans l’Envers.
Si j’ai considéré cette fin comme typique de la série, c’est
parce que j’ai trouvé qu’elle laissait une grande liberté au
personnage. En effet, comme l’explique Thorn, Ophélie ne cesse de
vouloir acquérir son indépendance. Faire se terminer la saga sur
son nouveau départ peut paraître frustrant, mais dans le même
temps laisse libre notre imagination. Christelle Dabos nous a donné
suffisamment de pistes de réflexions pour faire nos propres
scénarios.
Ainsi, d’une certaine façon, les aventures d’Ophélie et Thorn
ne sont jamais véritablement terminées. Même si nous ne pourrons
plus jamais découvrir cette série, il nous sera toujours permis de
redécouvrir La Passe-Miroir, d’en explorer les recoins
cachés en retraversant le miroir et en replongeant dans ces romans
chaque fois que nous le voudrons.
Je ne dis donc pas adieu à Ophélie, mais à bientôt dans une
prochaine session de relecture, au cours d’un été brûlant ou
d’un hiver venteux. Je veux également la remercier, pour m’avoir
tant transportée, fait vibrer, émue au fil des pages, au fil des
passages de miroirs. Merci à elle de m’avoir fourni de la force
dans l’adversité, un modèle auquel m’identifier, une héroïne
à citer.
Et merci surtout à sa créatrice, Christelle Dabos, dont la plume,
l’imagination et le talent auront marqué un chapitre décisif de
ma vie de lectrice. J’espère que son parcours dans l’écriture
sera toujours aussi florissant, et je serai au rendez-vous si elle
publie un nouveau roman. (Ou un essai, ou une BD, ou même sa liste
de course!)
Que l’écharpe soit avec vous !
Un peu plus que cela même.
La Passe-Miroir livre 4: La tempête des échos de Christelle Dabos publié aux éditions Gallimard Jeunesse.
Starr,
une jeune afro-américaine de 16 ans, a constamment l’impression de
jouer un rôle et de n’être nulle part à sa place. En effet, ses
parents issus d’un milieu pauvre, ont réussi à l’envoyer dans
un lycée riche dont la population est majoritairement blanche.
Là-bas, Starr fait attention à ne pas employer des mots d’argot
ou des attitudes qui pourraient rappeler à ses camarades de classe
qu’elle est noire et qu’elle vient du « ghetto ».
Mais dans son quartier, elle souffre du fait de ne pas être dans le
même lycée que les personnes avec lesquelles elle a grandi, elle a
le sentiment de les avoir trahis.
La vie de la jeune fille bascule
lorsque lors d’un contrôle de police, son ami d’enfance Khalil est abattu sous ses yeux par un agent. Starr se retrouve obligée de
faire un choix : se taire et bafouer la mémoire de son ami et
des siens ou parler et s’exposer aux représailles de la police.
Ce
roman est une bonne surprise ! J’avais entendu beaucoup de
bien de cette histoire il y a un an, notamment lors de la sortie
du film, et j’avais peur je l’avoue, de me lancer dans cette
lecture. Je craignais en effet de placer la barre trop haut pour ce
roman.
Or ce livre m’a au contraire beaucoup plu ! Il
aborde avec justesse plusieurs sujets de sociétés, et notamment ceux concernant la société américaine.
J’ai tout d’abord apprécié comment l’autrice
parvient à nous faire sentir le déchirement de l’héroïne prise
entre deux rôles, deux mondes, deux identités. Nous ressentons sa
crainte de ne pas être acceptée, son agacement quant au fait de
devoir jouer un rôle, nous comprenons pourquoi elle le fait, mais
nous voudrions l’encourager à être plus elle-même. La
description de la vie au lycée de Starr nous fait également prendre
conscience du côté insidieux du racisme ordinaire. Des remarques ou
des attitudes adoptées en passant peuvent en réalité cacher un
mépris ou des préjugés plus profonds. L’autrice fait également
preuve de largesse de vue en incluant aussi des démonstrations de
racisme envers la communauté asiatique, moins souvent dénoncé.
La description de l’assassinat du meilleur ami de
Starr est juste et poignante. Angie Thomas n’insiste pas sur les
détails sanglants, mais sur le caractère injustifié et absurde de
ce meurtre. Elle pointe du doigt le fait que les agents ont souvent
tendance a faire du délit de faciès lorsqu’ils contrôlent des
conducteurs, et qu’ils ont des réactions disproportionnées.
Cependant, elle ne tombe pas dans le piège du manichéisme, en
faisant de Khalil un être pur et sans taches. Elle montre combien la société est nuancée, et
que le monde ne se divise pas entre bons et mauvais. L’oncle de
Starr par exemple, est aussi un policier.
Angie Thomas évoque aussi de façon détaillée
l’emprise des gangs sur les quartiers pauvres où vivent une
majorité d’afro-américains. Ces groupes apparaissent comme de
véritables gangrènes pour le lieu où ils sévissent, empêchant
les jeunes de trouver une autre voie que celle des trafics. Ce thème est
notamment abordé à travers le père de Starr, un ancien membre de
gang, et Khalil lui-même, accusé d’être un dealer. Nous pouvons aussi mentionner
King, un puissant baron de la drogue qui fait notamment pression sur Starr pour l’empêcher de révéler qu’il a exercé des
menaces sur Khalil.
Enfin j’ai été captivée par la façon dont Angie
Thomas retranscrit le procès. Elle parvient à créer une atmosphère
de tension, sans tomber dans le théâtral. En entendant les jurés,
on se sent révoltés par leurs questions et leurs arguments, leur
façon insidieuse de faire petit à petit reposer l’entière
responsabilité de la mort de Khalil sur le garçon lui-même. Le
pire est peut-être que cette histoire se déroule au XXIe siècle.
Ce roman est donc une œuvre coup de poing et un
moyen aussi de prendre conscience que le racisme n'est pas un problème mineur, que
ce soit aux États-Unis ou ailleurs. The hate u give est
aussi un bon roman pour se renseigner sur la culture et les codes
afro-américains, notamment avec les nombreuses références au rap.
Angie Thomas, afro-américaine
elle-même et élevée à Jackson, Mississippi, nous décrit un monde
qu’elle connaît parfaitement. La
retranscription du slang de
la jeune fille à l’argot de chez nous m’a d’abord surprise, mais finalement on s’y habitue bien, et cela ajoute de
l’authenticité au récit.
The hate u give d'Angie Thomas publié aux éditions Nathan.
Avec un peu de retard je vous propose de vous plonger dans cet ensemble de textes pour continuer de fêter Halloween et la saison automnale tout au long de ce mois de novembre !
Dans ce recueil, Edgar Allan Poe nous emmène dans les profondeurs sombres de la société. Que ce soit dans le Cœur révélateur ou dans La chute de la Maison Usher, nous sommes face à des personnages torturés, persuadés d'être poursuivis par les des démons, des fantômes ou d'anciennes épouses ! L'auteur parvient à instaurer une ambiance sombre, angoissante, voire franchement déplaisante et horrifique ! Outre les nouvelles purement fantastiques, j'ai aussi apprécié les premières histoires plutôt policières. L'inspecteur m'a notamment fait penser à Sherlock Holmes grâce à son don de déduction incroyable ! Je recommande ces nouvelles à ceux qui désirent une lecture rapide et efficace pour frisonner, et qui ne désirent pas se lancer dans un gros roman.
Nouvelles extraordinaires d'Edgar Allan Poe publié aux éditions GF.
La tempête des échos : une couverture qui suscite la tempête sous nos crânes!
Enfin la couverture du tome 4 de La Passe-Miroir a été révélée par Christelle Dabos sur son blog ! Je la trouve magnifique, la couleur rouge va très bien avec les tons des autres tomes. Les bâtiments, de style asiatique, sont très beaux, et nous laissent présager la découverte d'une nouvelle arche ! (Peut-être Titan?)
J'ai si hâte d'être au 28 novembre ! Cette couverture est un cadeau avant l'heure, un avant goût délicieux ! Dans le même temps, je ne parviens pas à me dire qu'après ce livre-là, les aventures d'Ophélie et Thorn seront définitivement terminées... Après toutes ses années... six ans !
La tempête des échos n'est pas encore parue, cependant, je décide de faire un pari sur l'avenir, et affirmer que cette série dans son ensemble est une merveille. Christelle Dabos a magnifiquement bâti son histoire, en disséminant des indices sur le déroulement de l'intrigue dès le tome 1. En effet, les échos sont présents dès Les fiancés de l'hiver, lorsque le grand-oncle d'Ophélie écoute de la musique sur son gramophone et que le disque saute, puis dans le tome 2, lorsque Hector désire prendre des photos et ne parvient pas à en obtenir une de nette, et enfin dans le tome 3 lorsque les personnages écoutent la radio et que parfois les phrases se répètent !
Bref, la tempête se déchaîne également sous mon crâne, je pose ma plume, ou plutôt mon je lâche mon clavier, et je retourne à ma relecture du tome 1, 2 et 3 !
Que l'écharpe soit avec vous comme dirait Christelle Dabos !