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lundi 13 mai 2019

Les magiciens de Lev Grossman

Les magiciens


Lev Grossman


Les magiciens / Lev Grossman


Quentin Coldwater est un jeune homme ordinaire vivant dans une petite banlieue triste des États-Unis. Sa passion ? Une série fantasy, Les Chroniques de Fillory, qu’il a dévoré étant enfant, et qu’il continue toujours de relire avec beaucoup de plaisir. Mais lorsque par hasard il passe un examen pour entrer dans une école de sorcellerie et y est admis, il pense vivre un rêve. Cependant, la réalité se révèle moins palpitante que ce qu’il avait imaginé, et le jeune homme ne parvient pas à guérir du mal être qui le ronge. Car les jeunes étudiants ne sont pas dans un roman, et il n’y a pas de créatures magiques à tuer sur Terre, pas de vieux sorciers leur distribuant une quête ou leur contant une prophétie. Mais peut-être n’existe-t-il pas qu'un seul monde ? Peut-être que Quentin et ses amis ont encore beaucoup de choses à découvrir…

J’ai adoré ce roman. Je l’avais acheté suite à une vidéo de Lemon June, puis laissé reposer dans ma bibliothèque durant de longs mois. C’est finalement récemment que je l’ai ressorti, et j’ai vraiment été charmée par cette histoire. La plus grande force de ce livre est qu’il joue avec les codes du récit fantasy classique.

Tout d’abord le personnage principal, Quentin, est à mes yeux un antihéros. Il est fondamentalement malheureux, rongé par le mal être, il semble toujours attendre une autre vie, un autre destin, même quand il est dans son école de magie. Il peut être aussi parfois égoïste et autodestructeur. Cependant, d’une certaine façon, nous nous attachons à lui car c’est à travers ses yeux que nous découvrons le monde de la magie. De plus, ses imperfections le rendent plus accessible, moins parfait que d’autres protagonistes de roman, plus humain et donc plus proche de nous.

J’ai aussi beaucoup aimé le petit groupe qui gravite autour de Quentin, notamment Alice, une jeune femme d’une intelligence prodigieuse et d’un courage hors du commun. Elle est plus proche du l’héroïne typique des romans fantasy, avec son côté timide et son talent, mais Lev Grossman dresse un portrait réaliste de la jeune femme, et n’en fait pas un personnage cliché. J’ai beaucoup aimé assister à ses performances magiques grandioses.

Eliott, un autre camarade de Quentin, est aussi attachant. C’est le premier élève que le jeune homme rencontre et comme lui, il souffre d’un profond mal être, qu’il tente de soigner via l’alcool et les fêtes. Plus le roman avance, plus il semble s’approcher du gouffre. Cependant la fin de cette histoire nous montre un Eliott plus épanoui et nous donne bon espoir pour l’avenir de ce protagoniste. Je l’ai trouvé très touchant.

Ce qui m’a étonnement beaucoup surprise et plu, c’est la non-idéalisation de la magie. Les cours n’ont pas véritablement un côté idyllique. Certes l’auteur nous offre parfois des descriptions grandiose, mais l’apprentissage de la magie apparaît surtout comme difficile et fastidieux. Les étudiants doivent retenir des quantités astronomiques de formules en un temps record et mémoriser des centaines de mouvements. L’auteur aime planter un décor classique, une école de magie, mais nous surprend avec ce qu’il se passe entre les murs.

J’ai aussi adoré le fait que les personnages n’aient pas forcément d’ennemis à abattre, de prophétie à suivre ou de quête à réaliser une fois leurs études achevées. Cela donne un aspect plus réalise à cette magie et à la vie d’adulte des héros. Cela ménage aussi plus de suspens pour la suite de l’histoire.

Ce tome 1 est donc une excellente surprise, j’ai apprécié le côté plus mature de l’histoire, sa forme de réalisme et les personnages ! Je recommande donc chaudement cette série à ceux qui apprécient les romans fantasy et fantastiques en général mais qui se sentent peut-être trop vieux pour succomber de nouveau à la magie de chroniques telles que Narnia.

Une série (que je n’ai pas vue) est également produite par Syfy et comporte actuellement 4 saisons. Une cinquième saison semble prévue pour 2020.



Les magiciens de Lev Grossman publié aux éditions l'Atalante.

La vidéo de Lemon June:


lundi 6 mai 2019

La vraie vie d'Adeline Dieudonné

La vraie vie


Adeline Dieudonné

 

La vraie vie / Adeline Dieudonné

 


Dans la maison des parents de notre héroïne, il y a une pièce particulière : la chambre des cadavres. C’est là que son père, un chasseur professionnel, expose ses trophées. Parmi eux, une hyène. Si l’animal semble inoffensif, il va peu à peu prendre le contrôle de son petit frère et envahir sa tête, tel un esprit maléfique, réduisant le petit garçon à un être uniquement habité par la haine et par la violence. Mais la jeune fille refuse de rester passive face à cela, et se prend de passion pour les sciences afin de remonter le temps et changer l’évènement dramatique qui a livré Gilles à la hyène. Mais plus elle grandit, plus elle se rend compte qu’elle devient une cible, une proie pour son père et pour son âme de chasseur.

J’ai adoré ce roman, dont j’avais entendu parler sur la chaîne d’Audrey-le Souffle des mots. Cette histoire m’a proprement bouleversée. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le résumé, ce roman n’est pas fantastique, même si l’héroïne ressent véritablement la présence de la hyène. Cet animal est en réalité la personnification de la mort et de la violence. Je préfère également ne pas vous révéler quel est l’évènement tragique qui a fait basculer Gilles, afin de ne pas gâcher le suspense mis en place par l’auteur.

Ce que j’ai préféré dans cette histoire, c’est son personnage principal, bien que nous ne connaissions pas son nom. Nous la suivons depuis ses dix ans jusqu’à ses 15 ans, et j’ai aimé la voir grandir, évoluer, prendre en maturité et en force. Elle fait preuve d’un courage incroyable et d’une détermination sans faille pour sauver son petit frère. Elle ne renonce jamais, malgré la situation difficile qu’elle doit affronter, la violence de son père et la passivité de sa mère. C’est aussi une jeune fille d’une intelligence rare, qui démontre un don pour les sciences dès son plus jeune âge. J’ai apprécié la voir évoluer auprès d’un vieux professeur de son quartier, et le fait de la voir se référer à Marie Curie comme un modèle.

Ce que j’ai trouvé également très impressionnant, c’est la façon dont Adeline Dieudonné parvient à décrire la violence de l’univers dans lequel ses personnages évoluent. Elle sait parfaitement instaurer une tension au sein de son histoire, à travers la hyène tout d’abord, mais aussi via les descriptions du père de l’héroïne, ses gros plans sur ses mâchoires qui se contractent et sa voix qui devient douce alors qu’il s’apprête à frapper. Elle créée un contraste saisissant entre cet homme féroce et sa femme, qu’elle qualifie d’amibe, fragile et passive, dont nous percevons cependant un semblant de vie au fur et à mesure que sa fille se rapproche d’elle.

L’auteure décrit aussi à la perfection le terrible changement chez Gilles au cours des cinq années que couvrent le roman. Ces passages sont parfois très durs mais nécessaires pour comprendre la gravité de la situation et nous pousser à nous révolter contre ces parents qui ne remplissent pas leur rôle en ne tentant rien pour aider leur fils, en laissant ce poids sur les épaules de sa sœur.

Si le monde clos de la banlieue résidentielle où vivent les personnages est violent, Adeline Dieudonné nous fait sentir que ce lotissement est fait une réplique en miniature de la société. Cela est permis grâce à la femme du vieux professeur, qui a été sauvagement agressée dans sa jeunesse pour avoir protégé des femmes battues, alors que le couple vivait encore à Tel Aviv. Cela peut expliquer le titre du roman. La vraie vie, c’est celle que les personnages vivent à cet instant, avec toute cette violence contre les femmes.

La fin du roman est à la fois terrible et pleine d’espoir. Nous sentons que même si les protagonistes n’auront pas la vie facile, il y a peut-être une chance pour qu'elle soit meilleure que celle de leurs parents.

La vraie vie d'Adeline Dieudonné publié aux éditions Iconoclaste.

La vidéo d'Audrey:



lundi 29 avril 2019

L'été circulaire de Marion Brunet

L’été circulaire


Marion Brunet



L'été circulaire / Marion Brunet


Jo et Céline, deux sœurs de 15 et 16 ans vivent dans une petite ville de province du Sud de la France. Écrasées par le soleil, la chaleur et l’ennui, elles s’apprêtent à vivre un été semblable à tous ceux qui ont précédés, en partageant leur temps entre la fête foraine du village et les baignades clandestines dans les piscines de villas inoccupées. Mais tout bascule lorsque l’on s’aperçoit que Céline est enceinte. Devant son refus de dire qui est le père de l’enfant à naître et l’impossibilité d’avorter, une tension va peu à peu gagner la famille et les amis des deux adolescentes. La jeune femme va s’attirer le mépris de sa mère et la colère de son père, un alcoolique irascible et violent, soupçonnant tous les hommes qui s’approchent de Céline et capable de commettre l’irréparable…

Ce roman constitue un véritable choc, une immense découverte. J’avais entendu parler de cette œuvre puisque Marion Brunet a remporté le Grand Prix de littérature policière en 2018, mais je n’avais pas prévu de le lire. Le premier chapitre m’a cependant fait changer d’avis. Le début violent de l’histoire, où Céline reçoit une gifle de son père, nous fait plonger dans le récit et nous pousse à continuer notre lecture.

« Ce soir, Céline, c’est pas une main au cul qu’elle se prend, c’est une main dans la gueule. »

Marion Brunet retranscrit parfaitement l’ambiance lourde du récit via les descriptions du paysages. Ces maisons décrépites et toutes semblables traduisent l’enfermement des personnages qui ne semblent pas pouvoir changer de vie, échapper à leur quotidien.

La famille de Céline et Jo est particulièrement détestable. Nous avons l’impression qu’il existe une sorte de malédiction qui conduit l’histoire à se répéter sur plusieurs génération, en effet la mère de Céline avait également eut sa fille très jeune de façon accidentelle. Nous sentons également toute la rancœur accumulée par père des jeunes filles contre sa situation sociale, son manque d’argent. C’est un homme fermé sur lui-même, raciste et plein de violence. C’est un personnage qui apporte une grande tension au récit.

Céline et Jo quant à elles sont très intéressantes car ce ne sont pas des héroïnes idéales. En effet l’auteure n’essaye pas de nous les rendre sympathiques mais de les dépeindre de façon réaliste. Même si les deux sœurs s’aiment, et que Jo soutient Céline, cela ne l’empêche pas de montrer par moments dure avec elle. Jo est une jeune fille particulièrement insaisissable, sauvage, presque dangereuse. Pourtant cette détermination, cette force, et ce goût pour le théâtre qu’elle découvre tout au long du roman nous fait penser que, de tous ceux qui l’entourent, c’est peut-être la seule qui parviendra à s’échapper de cette vie misérable.

Jo n’est pas forcément sympathique de prime abord, mais nous apprenons à l’aimer et à l’apprécier au fil des pages.

Marion Brunet décrit aussi à la perfection les ravages que le racisme et l’ignorance peuvent faire, combien nous pouvons tout mélanger lorsque nous sommes mal informés et ainsi créer des tensions terribles, qui amènent à des éclats de violence. Sa plume, incisive, avec des termes crus et vulgaires, nous plonge une fois encore dans l’atmosphère du village et ne nous épargne aucun détail. Cela rend ce roman encore plus percutant et marquant.

Je vous recommande donc chaudement la lecture de L’été circulaire qui vous hantera pour longtemps !

L'été circulaire de Marion Brunet publié aux éditions Albin Michel.

lundi 15 avril 2019

Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy

Les amours d’un fantôme en temps de guerre


Nicolas de Crécy

 


Les amours d’un fantôme en temps de guerre / Nicolas de Crécy


Alors qu’il s’amuse au-dehors, un bébé fantôme perd brusquement la trace de ses parents. Il est heureusement recueilli par son oncle Boris qui lui procure un nouveau logement en compagnie d’une autre jeune fantôme, Lili, orpheline également. Les deux enfants vivent pendant un temps dans une certaine insouciance, hantant une vieille ferme occupée par une famille d’humain. Mais ils réalisent bientôt qu’un terrible danger pèse sur leur monde : les Fantômes Acides, des êtres maléfiques, veulent imposer leur domination et détruire tous ceux qui ne sont pas comme eux. Notre petit fantôme va alors décider de tout faire pour les combattre.

J’avais entendu parler de ce roman sur la chaîne Youtube de la booktubeuse Lemon June. Le résumé m’avait particulièrement intriguée puisqu’il s’agit d’une réécriture de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale avec des fantômes. En effet le parallèle entre les Fantômes Acides et les nazis n’est pas difficile à établir, d’autant plus qu’il est explicité par l’auteur: l'Histoire des fantômes a toujours un temps d’avance sur la nôtre. Ainsi, alors que la résistance contre les êtres maléfiques est à son paroxysme, l’humanité entame l’année 1933 avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne.

L’originalité de ce roman tient d’abord du fait qu’il est magnifiquement illustré. L’auteur dessine son univers avec un trait qui peu paraître assez simple et enfantin au premier abord mais qui se révèle très efficace, puisqu’il parvient à alterner des paysages de campagnes idylliques et paisibles, symboles de l’innocence première des protagonistes, et des ambiances plus sombres et oppressantes qui évoquent la guerre et la violence. Cela donne un côté immersif et agréable à notre lecture, puisque l’objet livre est magnifique.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre   Nicolas de Crécy


L’histoire est aussi très bien menée. L’idée de mettre en scène des fantômes est assez originale et sert véritablement le récit. En effet, outre l’évocation des ravages de la guerre, le personnage principal s’interroge sur sa condition de fantôme, son origine. Il se demande pourquoi il existe alors que tous les humains ne se réincarnent pas en fantômes. Nicolas de Crécy nous dresse le portrait d’une quête identitaire d’un peuple de façon très réaliste. Tout au long du livre, plusieurs autres fantômes vont avancer des théories sur leur origine. Ce questionnement les rend au fond très humains. En parlant des spectres, l’auteur parle aussi de nous.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre   Nicolas de Crécy


L’écriture de Nicolas de Crécy est très poétique, fluide et touchante. Nous avons l'impression de filer au rythme des fantômes, nous ne pouvons nous arrêter de tourner les pages. Ce roman procure surtout beaucoup d’émotions et j’ai eu le cœur serré à de nombreuses reprises. J’ai aussi été ravie de la façon dont l’auteur parvient à lier le monde des fantômes à celui des hommes. A un moment du récit, il évoque même Anne Frank.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre   Nicolas de Crécy


De plus, j’ai eu l’impression de sentir le personnage mûrir via le style d’écriture tout au long du récit. Le roman s’achève également sur une note plutôt sombre, mais malheureusement très réaliste, qui nous incite nous aussi à tenter de nous dresser à notre échelle, avec nos moyens, contre le mal.

Je vous recommande donc chaudement le livre de Nicolas de Crécy pour ses personnages attachants, son histoire originale, son style d’écriture poétique et ses magnifiques illustrations.


Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy publié aux éditions Albin Michel.

La vidéo de Lemon June:

lundi 18 mars 2019

Le mariage de Figaro de Beaumarchais

Le mariage de Figaro

Beaumarchais


Le Mariage de Figaro / Beaumarchais

Le valet Figaro désire épouser Suzanne, la servante du Comte Almaviva. Mais des difficultés vont se mettre sur son chemin : une vieille fille lui rappelle son ancienne promesse de mariage ; ses vieux ennemis se dressent contre lui ; et surtout le Comte désire exercer son droit de cuissage au grand désespoir du jeune homme. Figaro va-t-il parvenir à l'épouser ? Heureusement, il peut compter sur le soutien de la Comtesse et sur son extraordinaire intelligence.

J'avais depuis longtemps très envie de lire cette œuvre de Beaumarchais, notamment après avoir étudié la fameuse tirade de Figaro à l'acte V, scène 3. Ainsi, j'étais ravie lorsque j'ai appris que nous allions nous pencher sur la pièce complète en classe. Le mariage de Figaro est le tome 2 d'une trilogie qui comporte également Le Barbier de Séville et La mère coupable. Chaque pièce comporte une histoire complète. Cependant, n'ayant pas lu le tome 1 avant de me lancer dans l'étude du Mariage, j'ai été parfois un peu perdue, avec les personnages, ou certaines références au tome 1.

Mais, une fois lancée dans la lecture, je me suis laissée emportée par tous les rebondissements mis en place par Beaumarchais. C'est plein de drôleries et d'intelligence. De plus, j'ai apprécié pouvoir relire la tirade dont je parlais plus haut avec le contexte.

Enfin, j'ai eu la bonne surprise d'étudier une tirade assez féministe d'un personnage nommé Marceline. Je ne veux pas vous en dire trop sur elle pour ne pas gâcher la surprise, mais à un moment de l'intrigue, elle prononce une tirade dénonçant le fait que les jeunes femmes de toutes classes sont victimes de la séduction de la gente masculine et doivent en supporter toute la faute, alors que parfois elles ont simplement été victimes d'un abus de confiance. Cette tirade est très souvent coupée pendant la représentation du Mariage de Figaro, pourtant Beaumarchais tenait beaucoup à ce passage.

Cependant, il ne faut pas non plus idéaliser l'auteur, qui n'était pas forcément un féministe avant l'heure, ce qui serait anachronique.

Ce classique m'a donc beaucoup plu, je me suis attachée au personnage de Figaro, à son intelligence, son sens de la répartie, son humour, sa malice et sa capacité à se sortir de situations périlleuses !

Je vous conseille donc vivement de lire cette pièce de théâtre, en commençant peut-être par Le Barbier de Séville pour mieux apprécier l'évolution des protagonistes.

Le mariage de Figaro de Beaumarchais publié aux éditions GF Flammarion.

lundi 11 mars 2019

Bilqiss de Saphia Azzeddine

Bilqiss

Saphia Azzeddine


Bilqiss /Saphia Azzeddine

Bilqiss est une femme condamnée à être lapidée pour avoir prononcé l'appel à la prière alors que ce n'était pas son rôle. Seule à la barre, refusant d'avoir un avocat, elle répond à ses oppresseurs avec une verve et une intelligence qui la font connaître à travers le monde. Bientôt une jeune journaliste américaine s'empare de l'affaire et décide de partir à la rencontre de la condamnée.

J'ai véritablement adoré ce roman ! Il a été pour moi une découverte totalement fortuite, je ne connaissais absolument pas l'auteure ou l'histoire avant de l'avoir entre les mains ! Tout m'a plu, depuis le personnage de Bilqiss que j'ai trouvé très bien construit et réaliste. C'est une femme forte, courageuse, intelligente, qui a une verve incroyable. Mais elle peut être aussi froide, terrible, blessante. Elle n'accepte pas la pitié ou le fait d'être traitée comme une héroïne, comme le désirerait la journaliste américaine, Léandra. Grâce à son savoir elle parvient à troubler l'homme qui mène le procès, elle remet en question son interprétation du Coran et de l'Islam.

L'auteure nous fait voir le procès de Bilqiss à travers trois points de vue: celui de la condamnée, celui du juge et celui de la journaliste américaine. Cela est très intéressant puisque nous entendons à la fois le personnage principal, mais également son bourreau, qui porte la parole et le point de vue des oppresseurs des femmes. La jeune journaliste, pleine d'idéaux, nous invite à nous remettre en question puisqu'elle incarne le point de vue que nous Occidentaux pouvons porter sur les femmes martyrs du monde oriental. C'est une jeune femme à la fois touchante par ses bonnes intentions mais en même temps détestable pour sa naïveté, sa foi en des idéaux, sa volonté de faire de Bilqiss une héroïne digne d'un roman. Au début de son périple, elle est pleine de rêves, elle vit tout cela comme une aventure. C'est au fil de ses conversations avec la condamnée qu'elle réalise véritablement l'horreur de la situation.

L'évolution du juge est également intéressante. Nous assistons à son amour, son obsession pour Bilqiss et la progressive naissance de sa haine envers la jeune femme. C'est un homme déchiré entre la loi qu'il doit respecter et ses sentiments. Il a le pouvoir mais est au fond presque aussi prisonnier que Bilqiss.

L'écrivaine nous dresse le portrait d'une société prisonnière de règles absurdes que l'on tente de contourner à la moindre occasion, où chacun meurt à petit feu. Bilqiss représente toutes les femmes opprimées, écrasées, qui ne veulent que s'exprimer et s'épanouir.

Le récit est assez court, mais l'auteure parvient à bien développer les personnages et l'intrigue. Son style est fluide, simple et incisif.

C'est un roman bouleversant et poignant qui vous marquera pour longtemps.

Bilqiss de Saphia Azzeddine.

lundi 4 mars 2019

L'école des dingues de Cornelia Read

L'école des dingues


Cornelia Read


Pour arrondir ses fins de mois, Madeline décide de prendre un poste de professeure à l'institut Santangelo, spécialisé dans le traitement des enfants souffrant de difficultés psychiatriques. A sa grande surprise, la jeune femme finit par s'attacher aux pensionnaires, ce qui l'aide à tenir le coup au milieu de ses collègues, qui sont presque tous sont à la solde du mystérieux directeur de l'établissement, un homme aux méthodes plus que douteuses. Ainsi, lorsque deux des élèves se suicident, Madeline ne croit pas à cette version des faits et décide de mener l'enquête.

J'ai emprunté ce roman par simple curiosité, en ayant envie de plonger dans une enquête pleine d'actions. Mais ma lecture n'a pas vraiment été satisfaisante.

J'ai plutôt apprécié le cadre mis en place par l'autrice, cette "école des dingues" est un monde complexe où tout est fait pour pousser les professeurs et les élèves à bout. Il est intéressant de voir les rapports de forces qui s'y développent, de découvrir les lieux à travers les yeux du personnage principal.

Madeline est cependant le premier petit point noir de ma lecture. C'est apparemment une héroïne récurrente de Cornelia Read, bien que nous n'ayons pas spécialement besoin de lire ses romans dans un certain ordre, chacun présente une histoire complète. Cependant, même si j'ai trouvé Madeline agréable à suivre et assez drôle et attachante, elle n'est pas très originale. C'est le portrait caractéristique de l'héroïne de romans mystérieux, à la fois belle et intelligente, un peu ironique, avec un passé douloureux. J'ai donc eu un peu de mal à m'attacher profondément à elle.

Pour ce qui est du mystère en lui-même, je trouve qu'il arrive assez tard dans le roman. Cela n'est pas forcément un problème puisque nous pouvons nous imprégner de l'atmosphère, mais dans le même temps, tout avance très rapidement, et il est parfois difficile de suivre le raisonnement des personnages. La résolution du mystère m'a d'ailleurs plutôt déçue, j'ai trouvé la version proposée par l'auteure assez étrange et tirée par les cheveux, sans compter que les motifs des coupables restent assez obscurs.

J'aurais presque préféré qu'il n'y ait pas de mystère et que nous continuions plutôt à suivre Madeline dans son travail de professeure, j'ai trouvé la partie consacrée à l'école plus intéressante. C'est donc un avis plutôt mitigé que je propose pour L'école des dingues. Peut-être conviendrait-il mieux à quelqu'un qui a lu d'autres romans de Cornelia Read et qui a donc pu suivre Madeline dans d'autres aventures. Ce roman ne sera donc qu'une lecture agréable mais plutôt passable pour moi.

L'école des dingues de Cornelia Read publié aux éditions Actes Sud.