Suivez-moi sur les réseaux !

lundi 29 juillet 2019

Mille femmes blanches de Jim Fergus

Mille femmes blanches


Jim Fergus

 

Mille femmes blanches / Fergus

 


États-Unis, fin du XIXe siècle.

Afin de favoriser l’entente entre les Indiens et les hommes blancs, Little Wolf, le chef de la tribu cheyenne propose au président de lui échanger mille femmes blanches contre mille chevaux. Comme les enfants nés des unions entre les cheyennes et les femmes blanches seront élevés dans la famille de leur mère, le mélange pourra se faire entre les Indiens et les Blancs.

Alors qu’elle est internée à l’asile pour avoir vécu avec un homme de condition inférieur hors des liens du mariage, May Dodd a vent de ce projet fou. Désirant échapper à ce lieu terrible où elle est prisonnière, elle accepte avec une vingtaine de femmes, pionnières de l’aventure, de se lancer dans l’expédition. Elle va ainsi découvrir une culture, des coutumes et un mode de vie complètement différent du sien. Petit à petit, la jeune femme parvient à avoir une place importante dans la tribu, en se faisant même surnommer Mesoke, l’hirondelle.

Mais May va également assister à la fin de la civilisation indienne, minée par la boisson et l’avancée de l’homme blanc dans les terres, appâté par l’or et faisant fi des traités.

Ce roman est un coup de cœur ! Je n’ai absolument rien à redire à ma lecture, j’ai adoré cette expérience de bout en bout !
Le roman se présente sous la forme du journal intime de May, ce qui est déjà un bon point car nous pouvons percevoir toutes ses pensées, ses émotions, nous nous sentons au cœur de l’histoire. Le personnage de May Dodd est aussi extrêmement attachant. Elle est forte, déterminée, ouverte d’esprit et incroyablement moderne pour l’époque. Elle devient un modèle pour les autres femmes blanches et pour nous, nous donnant envie de nous battre pour notre place dans le monde.

May n’est pas le seul personnage attachant du roman. J’ai également apprécié découvrir les autres membres du groupe, notamment, Femi, une ancienne esclave bien déterminée à ne plus jamais se laisser asservir. Elle sera la première femme nommée guerrière dans la tribu. Femi est un personnage à part, du fait de sa couleur de peau, mais aussi de sa grande lucidité au sujet des réserves. Dès le début, contrairement à May et les autres, elle perçoit le côté emprisonnant de ce dispositif, et fait un parallèle avec l’esclavage. Les débats qu’elle a avec May Dodd sur le futur des indiens sont très intéressants, surtout lorsque nous connaissons la fin historique des évènements.

Hélène Flyt, une ornithologue, est aussi attachante que les deux autres. Sa passion pour les oiseaux lui permet à elle aussi d’avoir une place de choix dans la tribu cheyenne. Elle intègre véritablement les mœurs de son nouveau peuple. Gurthie, une jeune cochère déguisée en homme, m’a beaucoup plu, de par son fort caractère et sa franchise.

Le livre de Jim Fergus est principalement composé de personnages féminins. J’ai trouvé que l’auteur exploitait bien cet aspect du roman en évoquant plusieurs questionnements ou douleurs féminines. Tout d’abord, il évoque explicitement leur sexualité, notamment à travers May, qui est libérée et qui peut discuter de ces sujets avec des femmes moins expérimentées, notamment son amie Martha. Jim Fergus souligne aussi le fait que les femmes, quelques soient les tribus, sont la proie des hommes, de leur jugement, et de leur condamnation.

Ce roman comporte des scènes difficiles, notamment des scènes de viols. J’ai éprouvé un sentiment de colère, de révolte, d’impuissance et d’écœurement à la lecture de certains passages. L’auteur décrit avec une acuité terrible les ravages de la boisson sur les indiens. Ces scènes sont cependant ponctuelles et toujours justifiées.

J’ai aussi aimé voir la politique de la tribu cheyenne à travers un regard extérieur. Les femmes savent reconnaître les qualités de leur nouveau monde, comme la démocratie de la tribu, mais aussi ses défauts, tel que le manque d’unité entre les indiens.

La fin de ce livre m’a bouleversée et m’a laissée sans voix.

Je recommande ce roman à tous les amoureux de la civilisation indienne, de la conquête de l’Ouest et aussi des personnages féminins forts et attachants !

Mille femmes blanches de Jim Fergus publié aux éditions Pocket.

lundi 22 juillet 2019

Le Roi Magicien de Lev Grossman

Le Roi magicien


(Les Magiciens tome 2)

Lev Grossman





Pour lire mon article sur le tome 1, cliquez ici !

/!\ Cette article contient des révélations dérangeantes pour toute personne n’ayant pas lu le tome 1 et souhaitant commencer la lecture de la saga !

Quentin, Eliott et Jane sont à présents rois de Fillory. Mais comme toujours dans ce monde, rien ne se passe comme prévu, et Quentin ne voit pas venir la quête espérée, qui lui permettra de devenir un véritable héros. Une mission va finalement se présenter lorsque les jeunes gens se voient chargés de rassembler sept clés d’or susceptibles de sauver Fillory et le monde de la magie ! Alors que Quentin espère être au centre des évènements, il se retrouve projeté sur Terre et doit trouver son chemin pour regagner son royaume ! La quête du jeune homme ne semble pas seulement être celle de sauver Fillory mais également de découvrir quelle est pour lui la définition véritable du héros et son but dans l’existence. Aidé de son amie Julia, une « sorcière pourrie », il va parcourir le monde, en passant aussi bien par Brakebills que par Venise ou le pays du Ni !

Ce tome 2 m’a grandement satisfaite. Tout d’abord, nous retrouvons l’ambiance assez humoristique qu’instaure Lev Grossman en faisant prendre à son intrigue le contre-pied total des romans de fantasy habituels. En effet, Quentin semble toujours être empêché de se trouver au cœur de l’action. L’auteur nous surprend en permanence !

J’ai aussi apprécié retrouver certains personnages du tome 1 comme Eliott ou Josh. Mais ce que j’ai surtout adoré, c’est en apprendre plus sur Julia, la meilleure amie de Quentin avant son entrée à Brakebills, et délaissée dans le tome 1. Nous disposons d’informations sur ce qu’elle a accompli depuis son échec à l’examen d’entrée dans l’école de magie. C’est un personnage qui m’a grandement impressionné par sa détermination, sa persévérance, son refus de s’avouer vaincue devant l’échec, sa force. C’est une jeune femme blessée par la vie, mais qui parvient à se battre malgré tout. J’ai également beaucoup aimé que l’auteur nous renseigne plus sur l’origine de la magie.

Ce sont des romans que je recommande chaudement aux lassés de fantastiques et de fantasy, ils pourraient bien renouer avec le genre.

Le Roi Magicien de Lev Grossman publié aux éditions de l'Atalante.


J’ai également commencé à regarder la série télévisée diffusée sur Syfy. Celle-ci m’a également beaucoup plu, même si les réalisateurs ont effectués de nombreux changements par rapport aux livres. Je trouve cependant que ceux-ci sont réfléchis et indiquent qu’ils ont pensé à la structure de l’histoire et l’ont étudiée avec soin.

Quentin et Alice


En effet, dès la saison 1, nous suivons l’histoire de Julia et Quentin en parallèle, nous voyons leur évolution, le jeune homme chez les magiciens « officiels » de Brakebills, son amie dans les bas-fonds du monde fantastique, chez les sorcières. Cela me paraît logique et intelligent.


Julia dans la série



De plus, je trouve que les réalisateurs ont fait preuve d’audace et n’ont pas hésité à retranscrire les scènes « osées » des romans, où les adolescents boivent, fument, font l’amour. Ils n’ont pas lissés les personnages, ils les ont rendu avec leur failles, et n’hésitent pas à accentuer le côté parfois parodique de l’univers.

Je trouve qu’ils ont également rendu certains personnages plus intéressant, notamment Penny, qui est davantage développé que dans les romans. Nous en savons également plus sur certains évènements qui sont simplement effleurés, par exemple la tentative d’assassinat du Grand Roi de Fillory.

Penny


J’ai aussi apprécié le fait que Jane, qui s’appelle Margot dans la série, soit montrée comme régentant le royaume. Son côté autoritaire, et le fait qu’elle soit prête à tout pour aider Eliott m’a beaucoup plu.

Margot et Eliott


J’ai aussi aimé que l’homosexualité, le polyamour soient évoqués explicitement.

Je pense donc que ceux qui ont lu les romans pourront apprécier la série, malgré les modifications qu’elle apporte ! Je recommande cependant d’essayer de lire et de regarder les deux versions séparément pour ne pas se perdre dans l’histoire !

lundi 8 juillet 2019

Tropismes de Nathalie Sarraute

Tropismes

Nathalie Sarraute

 
Tropismes / Nathalie Sarraute

Avec ces vingt-quatre nouvelles, Nathalie Sarraute brise tous les codes du genre. Plus de personnages, de lieux définis. Plus de vraie action principale. Nous suivons différents êtres, jeunes, vieux, anonymes, parfois peut-être non humains à travers leur perception, leurs sensations. Ils semblent parfois tristes, malheureux, inquiets ou étouffés sous le poids du regard des autres, de la société.

Avec une acuité extrême, l'auteure souligne combien les normes et les codes peuvent emprisonner les individus, ce qui justifie sans doute aussi ses choix romanesques. En effet, Nathalie Sarraute appartient au courant littéraire du Nouveau Roman, qui rejette les codes préétablis de la littérature, notamment ceux des réalistes comme Balzac, qui bâtissent une histoire dotée de lieux précis, de personnages nommés, fouillés, étudiés, parfois à différents moments de leur vie.

Si ces nouvelles sont troublantes, elles ne sont pas désagréables pour autant. Le style de Sarraute est fluide, très beau, presque poétique parfois. Elle parvient avec un grand talent à décrire les plus petits détails d'une pièce, d'une atmosphère, à rendre par les mots nos moindres sensations.

Les nouvelles étant elles-mêmes courtes, à peine plus de deux pages, nous n'avons pas le temps de nous sentir perdus, agacés par le manque de structure des textes.

Le meilleur conseil que je pourrais fournir aux lecteurs curieux est de se lancer, d'essayer. Les textes de Tropismes sont impossibles à résumer, mais ils laisseront une impression durable en vous. Je finirai donc sur une définition de Nathalie Sarraute : "Les tropismes, ce sont des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu'il est impossible de définir."

Tropismes de Nathalie Sarraute publié aux éditions de Minuit.

lundi 24 juin 2019

La rigole du diable de Sylvie Granotier

La rigole du diable

 

Sylvie Granotier


La rigole du diable /  Sylvie Granotier

Catherine, une jeune avocate prometteuse, est ravie. Elle vient enfin de décrocher un procès en assise, qui lui permettra sûrement de prendre du galon en temps que membre du barreau. Sa cliente, Miriam, une jeune gabonaise récemment arrivée en France suite à des circonstances tragiques, est accusée d’avoir assassiné son époux Gaston, afin de toucher son héritage. Pour Catherine, sa cliente est victime du racisme ordinaire et de la cupidité de la famille de Gaston, qui ne peut supporter que la jeune femme soit l’héritière de la fortune du défunt. Alors que l’avocate se rend dans la Creuse pour couvrir le procès, elle réalise que son propre passé, douloureux et tragique, pourrait bien la rattraper. En effet vingt-ans plus tôt sa mère est morte assassinée sauvagement. Et si Catherine se rapprochait sans le savoir de l’assassin ?

J’ai emprunté ce roman complètement par hasard, en voulant simplement savourer une enquête policière couplée d’un suspense haletant, pourtant je dois admettre que je suis plutôt déçue par ma lecture.

Le personnage de Catherine m’a tout d’abord posée problème. En effet je trouve qu’elle est l’archétype de l’héroïne de roman policier, c’est-à-dire belle, pourvue d’un passé tragique et douloureux, d’une carrière exigeante et d’une vie amoureuse et sexuelle débridée, bien que souffrant parfois d’un manque de vrai amour… J’ai trouvé que Catherine rentrait un peu trop dans les codes habituels. Malgré tout, je suis quand même parvenue à m’attacher à elle et à la suivre dans son aventure jusqu’au bout. C’est pourquoi je peux évoquer mon deuxième problème, l’intrigue, ou plutôt, son dénouement.

Durant tout le roman, l’auteure parvient à développer de façon équilibrée deux axes majeurs : le procès de Miriam et le passé de Catherine. Nous découvrons à tâtons avec le personnage divers éléments pouvant l’aider à reconstituer des traces de sa mère. Sylvie Granotier parvient à faire progressivement monter une tension à mesure que nous progressons vers le dénouement ! Elle nous donne même le point de vue de potentiels meurtriers ou personnages dangereux pour Catherine, ce qui nous plonge dans une angoisse semblable à celle qu’éprouve parfois l’héroïne. L’écrivaine parvient aussi à dresser le portrait de nombreux personnages secondaires.

Mais la fin de La rigole du diable m’a fait l’effet d’un pétard mouillé, d’un feu d’artifice trop vite éteint… Le point culminant tant attendu du récit est relaté beaucoup trop rapidement à mon goût. Pour commencer, avant d’en avoir une confirmation explicite, j’avais déjà deviné qui était le meurtrier. De plus, lorsque Catherine est confrontée à celui-ci, je trouve que la scène passe trop rapidement. Le sort du coupable est expédié en quelques lignes et nous n’avons pas vraiment de détails sur le cheminement parcouru par l'avocate pour en arriver à cette conclusion.

Le procès de Miriam n’a également pas le grandiose que nous pouvions espérer. Là encore, au lieu d’être théâtrale, détaillée, l’affaire est expédiée en à peine un chapitre. Il y a certes un petit retournement de situation mais cela ne change pas vraiment le cours des évènements, Catherine continue toujours de défendre sa cliente.
[Spoiler alert] Le lecteur peut aussi avoir l’impression de rester sur sa faim lorsque le roman se termine, puisque nous n’en savons pas plus sur les motivations de Miriam qui l’ont poussées à dissimuler des éléments importants à son avocate ou qui a mis le cyanure dans la nourriture de Gaston. Tout est beaucoup trop rapide !

Ce point négatif est vraiment très problématique pour moi puisque la fin dans un roman est déterminante. Ainsi, je ne peux même pas vraiment qualifier ce roman de bonne lecture, mais de lecture passable, qui m’a laissée insatisfaite.

La Rigole du diable de Sylvie Granoiter publié aux éditions Albin Michel.

lundi 10 juin 2019

Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus d'Eric-Emmanuel Schmitt

Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus.


Eric-Emmanuel Schmitt

 

Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus / Eric-Emmanuel Schmitt

 


Lors d’un voyage en Chine, un industriel européen, spécialiste en affaires, se lie d’amitié avec Mme Ming, une femme d’âge mûr officiant en tant que « dame pipi » dans un hôtel luxueux. Au fil des conversations, il apprend avec stupeur que Mme Ming a dix enfants. Or l’industriel connaît parfaitement la restriction de natalité qui sévit en Chine. Il refuse d’abord de croire aux dires de la femme… Mais le temps passant, il se met à douter… Et si Mme Ming avait bel et bien une famille nombreuse et extraordinaire ?

Le roman d’Eric-Emmanuel Schmitt est une bonne lecture. Je trouve que l’auteur a un style direct et efficace, qui parvient finement à critiquer certains aspects de notre société. Nous sentons notamment combien il est opposé à notre société de consommation qui exploite les employés chinois en les faisant travailler des heures dans des conditions détestables pour produire nos jouets, nos produits. Il parvient aussi à décrire les souffrances qu’à pu causer la loi de l’enfant unique en Chine, et la douleur ressentie par certaines personnes à l’idée de ne pas avoir d’enfants.

L’auteur parvient aussi à dépeindre des personnages attachants. Tout comme le héros du récit, nous éprouvons de l’affection pour Mme Ming, pour son don pour raconter les histoires, ses maximes intelligentes, sa gentillesse. C’est une femme particulièrement émouvante qui a probablement vécue des épreuves terribles. Le narrateur est aussi un protagoniste que nous aimons suivre. Son regard ironique et piquant sur notre société nous offre des moments d’humour mémorables. Nous sentons aussi toutes ses faiblesses et son propre désir d’avoir une famille, sans pour autant oser franchir le pas.

Le défaut que je reprocherai à ce roman est le fait qu’il reste trop en surface. Les thèmes abordés, les personnages sont tous très intéressants, mais j’aurais aimé qu’Eric-Emmanuel Schmitt approfondisse encore un peu plus son propos, que l’on en sache davantage sur le passé de Mme Ming, qu’il traite plus en détail des défauts de la mondialisation, des problèmes causés par la loi de l’enfant unique. Toutes les idées du récit sont bonnes, intrigantes, captivantes, mais la fin de l’histoire est beaucoup trop rapide !

C’est pourquoi Les dix enfants que Madame Ming n’a jamais eus restera simplement une bonne lecture, un bon divertissement, une intéressante piste de réflexion, mais pas un coup de cœur ou une lecture marquante car l’auteur ne va pas assez au fond de ses thèmes. C’est sûrement une histoire dont les détails m’auront échappés d’ici quelques semaines… Cependant, il me laissera une bonne impression. C’est pourquoi je recommande ce roman à ceux qui désirent une lecture rapide et agréable et à ceux qui aiment les contes et les histoires courtes.


Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus d'Eric-Emmanuel Schmitt publié aux éditions Albin Michel.

lundi 20 mai 2019

Dans un rayon de soleil de Tillie Walden

Dans un rayon de soleil


Tillie Walden

 

Dans un rayon de soleil / Tillie Walden

 


Dans un monde parallèle presque exclusivement féminin, les êtres humains peuvent voyager entre les planètes. Mia, une jeune femme d’une vingtaine d’années, rejoint l’équipage d’Alma et de Char, deux femmes spécialisées dans la réparation des bâtiments anciens. Au sein du groupe, Mia forge des amitiés puissantes et solides notamment avec Julie, une ex-patineuse vive, pétillante et courageuse et Eliott un.e mécanicien.nne hors paire, d’une remarquable intelligence et d’une loyauté sans égal. Mais Mia n’a pas pour seul objectif de restaurer des objets anciens. Au cœur du cosmos, elle est hantée par le souvenir de son amour de jeunesse, Grace, qu’elle a rencontrée alors qu’elle était en pensionnat. La jeune fille a mystérieusement disparue de sa vie, et Mia tient absolument à la retrouver pour pouvoir enfin cesser d’être hantée par son ombre…

Dans un rayon de soleil / Tillie Walden


Cette bande-dessinée est un coup de cœur ! J’ai eu envie de la lire grâce à la merveilleuse chronique de Mlle Cordélia et je n’ai vraiment pas été déçue de ma lecture !

C’est une bande-dessinée originale, entre la science-fiction et le récit d’aventure. Je trouve que l’auteure parvient à planter un univers riche, sans pour autant nous perdre dans des détails ou des explications complexes. C’est un monde à la fois très mécanique, avec de nombreux vaisseaux, outils de navigations, mais aussi assez féerique et poétique, (l’engin dans lequel se déplacent Mia et ses amis ressemblent à un poisson géant).

Dans un rayon de soleil / Tillie Walden

Tillie Walden dépeint des personnages attachants, que l’on aime suivre tout au long de cette aventures. Chacun a ses qualités et ses défauts. Mia, notre héroïne, peut-être parfois insolente, têtue et irréfléchie, pourtant elle est aussi très sociable, généreuse, elle accepte les autres, malgré leurs différences. J’ai également apprécié le personnage d’Alma, qui sous ses airs bourrus et autoritaire cache une profonde affection sincère pour ses coéquipiers. J’ai aussi été charmée par le/a mystérieux.se Eliott. Iel est non-binaire, c’est-à-dire qu’iel ne se définit ni comme une fille, ni comme un garçon. Ce personnage n’est cependant pas défini uniquement par cette identité de genre, c’est aussi un protagoniste au passé mystérieux et douloureux que l’on apprend à découvrir au fil du récit.

Dans un rayon de soleil / Tillie Walden


C’est encore un autre point qui me fait adorer cette bande-dessiné, Tillie Walden parvient à intégrer à son odyssée spatiale déjà riche le passé des personnages principaux, sans que cela nuise au rythme du récit. Cela nous permet donc d’avoir une histoire palpitante, sans pour autant avoir des protagonistes au caractère superficiel.

Dans un rayon de soleil / Tillie Walden

L’histoire d’amour entre Mia et Grace m’a également beaucoup touchée, j’ai trouvé cette petite romance très douce, avec en même temps un côté assez dramatique puisque les deux jeunes filles se retrouvent séparées. Je trouve également que l’auteure traite cette relation avec réalisme, sans en faire quelque chose de trop omniprésent ou de trop niais. En effet, la fin de cette histoire n’est pas malheureuse mais ce n’est pas non plus le happy end classique des comédies romantiques qui peuvent parfois paraître trop parfaites et irréalistes à mon cœur dur de lectrice aigrie.

Dans un rayon de soleil / Tillie Walden


Mais le gros point fort de cette BD est les dessins. Nous en avons pour notre argent, l’œuvre de Tillie Walden est énorme, et toutes les planches sont en couleur, ce qui nous offre des cases magnifiques sur chaque page ! L’auteure sait magnifiquement bien jouer avec les couleurs. En effet, lorsque Mia se remémore ses souvenirs de pensionnat, les couleurs sont dans des tons plutôt froids, bleus, noirs et violets foncés, alors que lorsque nous suivons le déroulement actuel des évènements, les couleurs sont plutôt chaudes, dans les tons rouges orangés. Tillie Walden met également beaucoup de détails et soigne les expressions de ses protagonistes.

Dans un rayon de soleil / Tillie Walden


C’est donc une bande-dessiné que je recommande à cent pour cent pour tous les amoureux de science-fiction, d’histoires d’amour, de quête et d’aventures !

Dans un rayon de soleil de Tillie Walden publié chez Gallimard.

La vidéo de Mlle Cordélia:


lundi 13 mai 2019

Les magiciens de Lev Grossman

Les magiciens


Lev Grossman


Les magiciens / Lev Grossman


Quentin Coldwater est un jeune homme ordinaire vivant dans une petite banlieue triste des États-Unis. Sa passion ? Une série fantasy, Les Chroniques de Fillory, qu’il a dévoré étant enfant, et qu’il continue toujours de relire avec beaucoup de plaisir. Mais lorsque par hasard il passe un examen pour entrer dans une école de sorcellerie et y est admis, il pense vivre un rêve. Cependant, la réalité se révèle moins palpitante que ce qu’il avait imaginé, et le jeune homme ne parvient pas à guérir du mal être qui le ronge. Car les jeunes étudiants ne sont pas dans un roman, et il n’y a pas de créatures magiques à tuer sur Terre, pas de vieux sorciers leur distribuant une quête ou leur contant une prophétie. Mais peut-être n’existe-t-il pas qu'un seul monde ? Peut-être que Quentin et ses amis ont encore beaucoup de choses à découvrir…

J’ai adoré ce roman. Je l’avais acheté suite à une vidéo de Lemon June, puis laissé reposer dans ma bibliothèque durant de longs mois. C’est finalement récemment que je l’ai ressorti, et j’ai vraiment été charmée par cette histoire. La plus grande force de ce livre est qu’il joue avec les codes du récit fantasy classique.

Tout d’abord le personnage principal, Quentin, est à mes yeux un antihéros. Il est fondamentalement malheureux, rongé par le mal être, il semble toujours attendre une autre vie, un autre destin, même quand il est dans son école de magie. Il peut être aussi parfois égoïste et autodestructeur. Cependant, d’une certaine façon, nous nous attachons à lui car c’est à travers ses yeux que nous découvrons le monde de la magie. De plus, ses imperfections le rendent plus accessible, moins parfait que d’autres protagonistes de roman, plus humain et donc plus proche de nous.

J’ai aussi beaucoup aimé le petit groupe qui gravite autour de Quentin, notamment Alice, une jeune femme d’une intelligence prodigieuse et d’un courage hors du commun. Elle est plus proche du l’héroïne typique des romans fantasy, avec son côté timide et son talent, mais Lev Grossman dresse un portrait réaliste de la jeune femme, et n’en fait pas un personnage cliché. J’ai beaucoup aimé assister à ses performances magiques grandioses.

Eliott, un autre camarade de Quentin, est aussi attachant. C’est le premier élève que le jeune homme rencontre et comme lui, il souffre d’un profond mal être, qu’il tente de soigner via l’alcool et les fêtes. Plus le roman avance, plus il semble s’approcher du gouffre. Cependant la fin de cette histoire nous montre un Eliott plus épanoui et nous donne bon espoir pour l’avenir de ce protagoniste. Je l’ai trouvé très touchant.

Ce qui m’a étonnement beaucoup surprise et plu, c’est la non-idéalisation de la magie. Les cours n’ont pas véritablement un côté idyllique. Certes l’auteur nous offre parfois des descriptions grandiose, mais l’apprentissage de la magie apparaît surtout comme difficile et fastidieux. Les étudiants doivent retenir des quantités astronomiques de formules en un temps record et mémoriser des centaines de mouvements. L’auteur aime planter un décor classique, une école de magie, mais nous surprend avec ce qu’il se passe entre les murs.

J’ai aussi adoré le fait que les personnages n’aient pas forcément d’ennemis à abattre, de prophétie à suivre ou de quête à réaliser une fois leurs études achevées. Cela donne un aspect plus réalise à cette magie et à la vie d’adulte des héros. Cela ménage aussi plus de suspens pour la suite de l’histoire.

Ce tome 1 est donc une excellente surprise, j’ai apprécié le côté plus mature de l’histoire, sa forme de réalisme et les personnages ! Je recommande donc chaudement cette série à ceux qui apprécient les romans fantasy et fantastiques en général mais qui se sentent peut-être trop vieux pour succomber de nouveau à la magie de chroniques telles que Narnia.

Une série (que je n’ai pas vue) est également produite par Syfy et comporte actuellement 4 saisons. Une cinquième saison semble prévue pour 2020.



Les magiciens de Lev Grossman publié aux éditions l'Atalante.

La vidéo de Lemon June: