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lundi 7 janvier 2019

Birthday Girl d'Haruki Murakami (illustré par Kat Menschik)

Birthday Girl

 

Haruki Murakami

 

Illustration de Kat Menschik 

 

Birthday Girl / Murakami

 


Le jour de ses vingt ans, une jeune serveuse se retrouve par un désagréable concours de circonstances obligée de travailler au lieu de célébrer l’évènement. Un autre hasard fait aussi qu’elle doit aller apporter son repas au vieux propriétaire du restaurant dans lequel elle travaille et qu’elle ne voit jamais. En apprenant sa mésaventure, l’homme va lui proposer de réaliser l’un de ses vœux. Des années plus tard, la jeune femme s’en souvient encore avec émotion.

Birthday Girl / Illustration de Kat Menschik


Les nouvelles d’Haruki Murakami savent généralement me transporter avec facilité dans un univers mystérieux et onirique, notamment avec L’étrange bibliothèque ou Sommeil que j’avais déjà évoqué sur ce blog. Le fait que l’on ne sache pas exactement quel était le contexte ne m’avait pas dérangé puisque l’auteur parvenait à nous faire adhérer à l’univers rapidement.

Mais ici je trouve que l’auteur a un peu trop entouré son récit de mystère. En effet, la fin du récit est assez brutale et très ambiguë. Pour ma part, je n’ai pas tellement su comment interpréter le message que Murakami désirait transmettre à travers cette nouvelle. L’idée de départ est excellente, mais je trouve que finalement elle est assez mal exploitée puisque l’auteur garde un flou autour du vœu de la jeune femme.

L’auteur alterne également entre la première et la troisième personne du singulier ce qui m’a perturbé puisque l’on a parfois du mal à comprendre si c’est la jeune serveuse qui s’exprime ou la personne à qui elle raconte son histoire.

Les dessins de Kat Menschik sont en revanche toujours magnifiques, très travaillés et détaillés, collants parfaitement à l’univers de l’écrivain. Mais si vous désirez vous lancer dans une nouvelle d’Haruki Murakami je vous conseillerai plutôt de vous pencher vers L’étrange bibliothèque ou Sommeil, car Birthday Girl vous laissera un sentiment de frustration.

Birthday Girl / Illustration de Kat Menschik


Birthday Girl d'Haruki Murakami (illustré par Kat  Menschik) publié aux éditions 10/18.

jeudi 27 décembre 2018

Le Renard et la Couronne de Yann Fastier

Le Renard et la Couronne


Yann Fastier

 

Le Renard et la Couronne / Fastier

 


Bonjour à tous et joyeuses fêtes ! Comme vous avez pu le remarquer, les chroniques ont été moins régulières en cette fin d’année 2018. La raison est très simple : je suis entrée en prépa littéraire au mois de septembre. Ainsi, si je lis toujours beaucoup j’ai cependant moins de temps (et parfois moins l’envie) d'écrire. Mais aujourd’hui je suis décidée à me rattraper en vous partageant une belle découverte et même un joli coup de cœur : Le Renard et la Couronne de Yann Fastier.

J’ai découvert ce roman sur la chaîne de la booktubeuse Mlle Cordélia. J’avoue qu’au début j’avais quelques réticences puisque ce roman est plutôt classé dans la catégorie adolescent voire jeunesse, et que je craignais de ne plus avoir l'âge adapté pour lire cette histoire.

Heureusement j’ai sauté le pas et je n’ai pas été déçue, bien au contraire, je crois que ce livre sera un coup de cœur de mon année 2018 !

Nous suivons le destin d’une jeune fille nommée Ana qui à l’âge de dix ans perd tragiquement sa grand-mère et se retrouve seule et sans ressources. Elle est alors recueillie par une bande d’enfants des rues contrôlés par la belle et mystérieuse Dunja. Avec eux Ana apprend la solidarité, l’entraide, la dure vie des sans-abris, le vol et le danger. Son destin va alors basculer lorsqu’elle est adoptée par un vieux savant nommé M. Rolland. Avec lui Ana va découvrir le pays de ses rêves, la France, ainsi que la douceur d’une vie de famille. Mais alors qu’elle s’apprête à se marier, son ancienne vie ressurgit en la personne de Dunja qui bouleverse son destin !

Ce qui m’a tout d’abord plu dans ce roman et qui frappe dès les premières pages, c’est le style de l’auteur : Yann Fastier parvient à adopter un vocabulaire riche tout en conservant une plume fluide et agréable. J’en ai été ravie d’autant que ce livre est écrit à la première personne et que je trouve qu’il y a parfois une tendance à avoir un style un peu trop relâché dans les ouvrages destinés à un public adolescent. Le début de l’histoire m’a véritablement fait penser à un conte, tandis que la suite s’oriente davantage vers un récit d’aventure. J’ai adoré ce mélange !

Les personnages m’ont également conquise. Ana est une héroïne que j’ai aimé suivre, voir évoluer. Elle est à la fois courageuse mais sans être téméraire, craintive mais sans être lâche. Ce n’est pas un cliché d’héroïne sage et gauche, je trouve que l’auteur parvient à développer différentes facettes de sa personnalité. Lorsqu’elle est en compagnie de la bande des enfants des rues, elle est capable de prendre des risques pour se faire accepter. Lorsqu’elle est au sein de sa famille adoptive, elle a un petit côté rat de bibliothèque qui n’est pas pour me déplaire.

J’ai aussi été conquise par le personnage de Dunja. C’est vrai que de prime abord on pourrait avoir l’impression de se retrouver face au cliché typique de la mystérieuse belle jeune femme aventurière. Une fois encore Yann Fastier parvient à créer une véritable aura autour d'elle et nous fait succomber au charme de Dunja. J’ai apprécié son esprit stratège, son intelligence.

L’intrigue est aussi bien menée, j’ai aimé la façon dont l’écrivain nous fait voyager à travers l’Europe. J’ai eu quelques craintes concernant la révélation sur le passé d’Ana, j’ai eu peur que Yann Fastier ne transforme son récit en un simple conte de fée, mais au contraire il profite de l’occasion pour nous dresser un portrait assez réaliste du monde de la politique.

Enfin, ce roman dépeint une histoire d’amour entre deux femmes, ce qui n’est pas pour me déplaire ! L’auteur parvient à mettre cela en place en douceur, sans tomber dans le cliché. Je ne vous en dis pas plus, le mieux est que vous le découvriez par vous-même en lisant ce roman !

J’espère vous avoir donné envie de lire ce roman ! Bonnes fêtes et à l’année prochaine !;-)

Le Renard et la Couronne de Yann Fastier publié aux éditions Talents Hauts.

La vidéo de Mlle Cordélia: (6:35)








mercredi 31 octobre 2018

Top 10 des livres à dévorer pour Halloween

Top 10 de livres à dévorer pour Halloween


Apostasie de Vincent Tassy.



J’ai lu ce roman au début de l’année, pourtant j’ai toujours le souvenir de son atmosphère sombre, mystérieuse et envoûtante. Dans Apostasie nous suivons l’histoire d’un jeune homme solitaire qui va se retirer dans forêt, à l’écart du monde. Mais cet endroit est plus mystérieux qu’il n’y paraît, et un soir il va croiser la route d’un étrange vampire. Ce-dernier va lui conter la légende de la princesse Apostasie et de sa famille. Notre héros se sent alors fasciné par cette histoire et est prêt à tout pour résoudre ce mystère.
Ce roman n’est pas forcément effrayant au sens premier du terme, pourtant ses personnages peuvent parfois nous donner des frissons, notamment par leur noirceur, leurs démons et leurs traits de caractères. L’ambiance nous rappelle l’atmosphère inquiétante de la fête d'Halloween. Enfin la couverture nous plonge véritablement dans l’ambiance du moment !
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter mon article ici !



 

 

Frankenstein de Mary Shelley


Ce classique n’est plus à présenter, nous connaissons tous l’histoire de la créature du Docteur Frankenstein, qui, après avoir été abandonnée par son maître, erre dans la société des hommes et se voit rejetée par tous ceux qui l’entourent. Pourtant nous connaissons moins la vie de l’auteure, Mary Shelley. A l’occasion de la sortie du film de Haifaa Al Mansour avec Elle Fanning dans le rôle de l’écrivaine, j’ai envie de me replonger dans ce classique que dont je n’ai lu qu’une version abrégée. Sous son aspect fantastique et horrifique, ce livre révèle aussi la profonde solitude et le sentiment d’abandon ressentis par Mary Shelley. De plus, comme il s’agit d’un classique qui a inspiré une série de réécritures et de films, je pense qu’il est toujours intéressant de connaître l’histoire d’origine !










Dracula de Bram Stocker


Un autre grand classique qui a inspiré tout une génération d’écrivains est bien entendu Dracula de Bram Stocker ! Idéal pour cette période avec son atmosphère mystérieuse et bien entendu le fameux Comte Dracula, symbole même du vampire. Cette histoire riche et passionnante m’avait transportée il y a quelques mois. Même si aucun passage ne m’a véritablement terrifiée, l’ambiance n’en reste pas moins inquiétante, surtout qu’ici le vampire n’est ni charmant, ni attirant, mais bien repoussant et sanguinaire ! Pour en savoir plus, n’hésitez pas à découvrir mon article ici !















L’étrange bibliothèque de Murakami


Pour les amoureux de la lecture, la bibliothèque représente généralement une endroit sûr et agréable. Mais chez Murakami, elle peut devenir un véritable traquenard où un lecteur non averti n’est pas certain de ressortir vivant ! Plus que l’histoire en elle-même, les illustrations qui accompagnent la nouvelle m’ont parfois fait frissonner. N’hésitez pas à consulter mon article ici.




Le songe d’une nuit d’octobre

Et si nos personnages préférés existaient bel et bien et qu’ils se livraient en secret à un Jeu au cours du mois d’octobre ? Jack l’Eventreur, Sherlock Holmes ou bien le Comte Dracula s’affrontent dans un compétition où le but est de recueillir le maximum d’ingrédients afin d’aider ou d’empêcher les Anciens, des créatures monstrueuses, de déferler sur notre monde ! A travers l'animal de compagnie de Jack, un chien extraordinairement intelligent, nous allons suivre le compte à rebours jusqu’au 31 octobre ! Et vous, saurez-vous choisir votre camp ?
Ce roman m’avait beaucoup intriguée, à la fois par les personnages qu’il mettait en scène que par son intrigue. Même si j’ai passé un assez bon moment de lectures, j’ai toutefois quelques réserves dont je me dois de faire part ici. Tout d’abord je pense que pour apprécier les références de ce livre aux autres univers littéraires, il faut les connaître avec précision. Or parfois je pense avoir manqué certains détails. Cependant, mon reproche principal à ce roman est que le déroulement de l’histoire m’a paru assez flou. L’auteur n’explique pas clairement les règles de son Jeu, nous le découvrons au fil du récit. Or, comme les personnages sont assez nombreux, je me sentais parfois perdue et je ne comprenais pas tout ce qui se déroulait. La fin m’a également semblée assez rapide, et n’était pas vraiment à la hauteur de tout le suspens mis en place par l’auteur. Malgré cela, ce roman pourra certainement plaire aux fans des jeux de rôles ou ceux qui apprécient Sherlock Holmes, Dracula ou Jack l’Eventreur.


Nuisible


Si les autres romans ne m’ont pas vraiment fait peur, Nuisible en revanche m’a fait frissonner. Nous y suivons une étrange jeune fille qui est capable de contrôler les abeilles. Elle se prépare à décimer la population en lâchant ses insectes sur nous. Si l’histoire dans ses grandes lignes m’est restée en mémoire comme étant bien pensée et bien construite, ce sont surtout les dessins qui m’ont marqués. Ils sont absolument répugnants et terrifiants ! Pour en savoir davantage, cliquez ici !




















Sorcières ! Julie Proust Tanguy


https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/51ti9y52-eL._SX258_BO1,204,203,200_.jpgA cette période d'Halloween, les sorcières sont plus présentes que jamais. Mais savons-nous vraiment d'où viennent ces légendes? A travers son livre illustré, Julie Proust-Tanguy retrace l'histoire de ces femmes de l'Antiquité jusqu'à nos jours. Le format du livre est très agréable à lire et très complet. Les photos et illustrations rendent la lecture d'autant plus agréable.










 

 

 

 

Espérer le soleil de Nelly Chadour


Ce roman va sans doute entrer dans mon Top 10 des romans que j'ai préféré en 2018! En effet, même si je l'ai lu en janvier, je m'en souviens encore. Cette histoire qui se déroule dans une sorte d'univers parallèle où durant la Seconde Guerre mondiale l'URSS a fait exploser une bombe nucléaire sur l'Europe, qui regorge de créatures fantastiques. L'un des personnages principaux, Vassilissa, est d'ailleurs un vampire, ce qui fait que je peux me permettre de classer ce roman dans cette liste. Pour en savoir plus, cliquez ici !














Trouble vérité d'E. Lockhart


Là encore, ce roman n'est pas horrifique, mais il y a malgré tout une atmosphère inquiétante. Jules, l'héroïne, passe ses journées dans un magnifique hôtel luxueux. Pourtant elle semble en cavale. Qu'a-t-elle donc fait pour être pourchassée par les forces de l'ordre? L'auteur va nous raconter son histoire mais de la fin jusqu'au début. Nous revoyons donc le déroulement des évènements à l'envers, ce qui donne froid dans le dos lorsque l'on en apprend plus sur la personnalité de Jules. Pour en savoir davantage cliquez ici.
















L’atelier des sorcières (manga)


Pour ceux qui ne se sentent pas le courage de se lancer dans Nuisibles, je vous propose une plongée dans un manga tout en douceur et humour. Coco, une jeune fille ordinaire, rêve de devenir sorcière. Mais dans son monde, la magie ne se transmet que de façon héréditaire. Alors qu'un sorcier débarque dans son village, elle va le voir pratiquer la magie et décider de l'imiter. Malheureusement son sortilège va pétrifier sa mère. Pour espérer réparer son erreur, elle va devenir l'apprentie de ce sorcier. Mais un mystère semble planer autour de Coco, en effet, comment peut-elle pratiquer la magie?

Ce manga est une bonne surprise. Même si l'histoire paraît simple de prime abord, elle est plutôt bien construite. Les dessins sont très beaux et détaillés, l'auteur trace avec soin les expressions des visages sur chaque plan.

Un manga à découvrir!

lundi 22 octobre 2018

Le Père Goriot de Honoré de Balzac

Le Père Goriot

Honoré de Balzac



Le Père Goriot / Balzac

Eugène de Rastignac, un étudiant en droit fraîchement débarqué à Paris est bien décidé à intégrer les hauts cercles de la bourgeoisie parisienne et à mener une vie mondaine. Mais sa famille est désargentée et par faute de moyens il s’établit à la pension Vauquier, une minable demeure. Là-bas il croise la route de plusieurs personnages dont un homme que l’on surnomme le Père Goriot. Cet ancien artisan désargenté n’a qu’un seul but dans la vie, contenter ses deux filles qui sont parvenues à se hisser dans les hautes sphères de la ville. Cette passion le conduit jusqu’à vivre dans un dénuement total et déraisonnable. Eugène rencontre aussi le cynique et mystérieux Vautrin qui le met face à l’impitoyable réalité de la bourgeoisie parisienne : il faut se corrompre pour réussir. Rastignac est donc à la croisée des chemins et lui seul peut déterminer si celui qu'il choisit est le bon.

Je n’avais encore jamais lu de romans de Balzac et je craignais d'être ennuyée par les longues descriptions, de me perdre dans les personnages et de ne pas accrocher au récit. Or ce classique m’a véritablement transportée. Les descriptions sont certes présentes mais la plume de l’auteur est fluide et rapide, l’histoire se déroule à une vitesse folle, nous ne voyons pas le temps passer.

Les protagonistes sont aussi passionnants, complexes, avec une personnalité travaillée, forte et définie. J’ai aimé observer le caractère déterminé et ambitieux d’Eugène, ses doutes, ses craintes. Je pensais que je n’apprécierai pas le personnage car Rastignac utilise les femmes pour se hisser dans l’échelle sociale. En réalité l’intrigue est plus complexe et les femmes ne sont pas les victimes du garçon, au contraire, elles savent parfaitement cerner la société dans laquelle elles vivent.

La cousine d’Eugène, Madame Beauséant, qui est une riche aristocrate, préfère par exemple se retirer de la société plutôt que de subir la honte de voir son amant épouser une jeune femme. C’est également elle qui va montrer à Rastignac l’hypocrisie du monde dans lequel elle vit. Elle va être une sorte de moteur pour lui.

Les filles du père Goriot vont aussi être courtisées par Eugène. Si la plus âgée, Anastasie, va rapidement se détourner de lui, Delphine s'attache au jeune homme et devient son amante. Elles se montrent sans pitié envers leur père qu’elles ignorent la plupart du temps car il est pauvre, mais elles n’hésitent pas à lui réclamer de l’argent pour entretenir leurs amants ou pour des vêtements. Elles nous apparaissent cruelles et sans cœur. J'ai rarement vu dans la littérature des filles aussi dénuée de compassion.

Vautrin est aussi un être détestable et fascinant. Il est à la fois joviale et cynique. Il semble être un démon perché sur l’épaule de Rastignac,  qui le pousse à commettre des actes abominables. Balzac parvient à faire planer une aura mystérieuse autour du personnage jusqu’à la fin du récit.

Mais ce qui m’a le plus marqué ce sont les différents discours des protagonistes. A travers les dialogues, ils font un terrible portrait de la société parisienne. Les monologues du père Goriot sur ses filles sont poignants, bouleversants et terribles. Nous sentons toute la folie et l’amour démesuré du vieil homme.

Ainsi je vous recommande chaudement la lecture du Père Goriot pour ceux qui désirent commencer à lire des œuvres de Balzac. Le roman est dense mais pas très long (chez GF Flammarion il fait 313 pages sans les notes) et le héros jeune et dynamique est bon moteur du récit.

Le Père Goriot de Honoré de Balzac publié aux éditions GF Flammarion.

lundi 17 septembre 2018

La Bienfaitrice d'Elizabeth von Arnim

La Bienfaitrice

 

Elizabeth von Arnim



La Bienfaitrice / Elizabeth von Arnim

Anna, une jeune femme de 25 ans davantage intéressée par la philosophie que par le fait de se trouver un mari, ne supporte plus de vivre aux crochets de Suzie, sa belle-sœur. La chance tourne miraculeusement en sa faveur lorsqu’un vieil oncle lui lègue une demeure en Allemagne. La jeune fille s'installe alors là-bas et décide d’aider à son tour les jeunes filles sans le sou. Elle va alors envoyer des annonces pour accueillir douze personnes sans ressources. Mais tout ne va pas se passer comme prévu…

Ce roman est une agréable lecture, même si j’ai eu quelques soucis avec la fin. Tout d’abord je tiens à préciser que je n’avais jamais entendu parler de cette auteure alors qu’elle a apparemment eu beaucoup de succès de son vivant.

Je trouve ce succès totalement justifié, notamment par l’atmosphère du récit. Le ton qu’emploi l’écrivaine n’est pas sans rappeler celui de Jane Austen dans Orgueil et Préjugés. Elle se moque de ses personnages, aussi bien des élues d’Anna que de son héroïne elle-même. Elle fait également preuve de beaucoup d’humour, j’ai ris à de nombreux passages !

Celle qui m’a tout d’abord beaucoup amusée est Suzie, la belle-sœur de notre héroïne. C’est une femme sans distinction, mais prétentieuse, qui se pense au-dessus des autres et qui ne fait rien par véritable charité mais simplement pour être remerciée et pour en tirer une gloire personnelle. Son mauvais caractère a donné lieu à des moments très drôles, notamment lorsqu’elle découvre avec horreur les mœurs allemandes qu’elle juge barbare !

Letty, la fille de Suzie, est également amusante et touchante par son innocence, sa naïveté qui peut parfois conférer à la bêtise. Elle entraîne de nombreux rebondissements dans l’histoire. Sa professeure, Miss Leech, est presque pire que son élève. L’auteure se moque gentiment d’elle en contant qu’elle rêve encore au prince charmant en la personne d’un homme qu’elle n’a jamais pu épouser.

Elizabeth von Arnim relate aussi magnifiquement bien les querelles, les ragots et la pingreries des gens du village où s’installe Anna. Elle explique combien une simple petite erreur d’étiquette peut offenser mortellement des individus et les faire devenir des ennemis impitoyables.

Mais ce que j’ai préféré dans le roman c’est la façon dont l’auteur réduit petit à petit à néant le rêve d’Anna. Les élues de la jeune femme sont en effet loin d’être sympathiques et la bienfaitrice elle-même a dû mal à rester toujours aussi dévouée à leur égard.

L’autre point que j’ai aussi bien aimé est qu’Anna, contrairement à d’autres héroïnes, n’est pas une personne qui tombe amoureuse du premier venu.

A ce stade de mon article je recommande à ceux qui n’ont pas lu le roman de ne pas lire ce passage pour éviter de leur gâcher leur lecture.

Or Axel Lohm, un voisin de la jeune femme, décide de l’aider dans la gestion de son domaine. Ils deviennent amis et nous nous doutons qu’Axel est amoureux d’Anna bien que celle-ci ne ressente que de l’amitié pour lui. Lorsque Axel lui fait sa déclaration, (qui d’après moi tombe un peu comme un cheveu sur la soupe), Anna le repousse en lui affirmant qu’elle n’est pas amoureuse de lui.

Cela m’a paru logique et changeait agréablement des retournements de situation habituels. Mais, à ma grande déception, l’auteure a mis en place un rebondissement faisant en sorte qu’Axel se retrouve en prison pour une faute qu’il n’a pas commise. Faisant tout pour le libérer, Anna se rend compte brusquement qu’elle est amoureuse de lui et décide de l’épouser.

J’ai trouvé ces passages très rapides et je n’ai pas compris pourquoi l’auteure a tenu à faire tomber son héroïne amoureuse. Je trouve que cela gâche un peu la fin du récit. J’ai aussi dû mal à savoir qu’elle morale l’auteur désire faire passer. Au départ j’avais l’impression qu’elle sous-entendait qu’une femme n’avait pas forcément besoin d’un mari dans sa vie, et même si elle mettait en garde contre les idéaux via le personnage d’Anna, je trouvais qu’elle avait un esprit très novateur. Au vue de la fin, j’ai l’impression qu’Elizabeth von Arnim s’est rangée dans la morale de son époque, ce qui peut se comprendre, le roman ayant été publié en 1901, mais je ne peux m’empêcher d’éprouver une pointe de déception.

Ceux qui n’ont pas lu le livre peuvent à présent reprendre leur lecture

Malgré ce petit point noir je recommande fortement La Bienfaitrice à tous les amateurs de Jane Austen, de Charlotte Brontë pour son humour et son originalité!

 La Bienfaitrice d'Elizabeth von Arnim publié aux éditions Archipoche.

lundi 10 septembre 2018

Le Faiseur de rêves de Laini Taylor

Le Faiseur de rêves


Laini Taylor

 

Le Faiseur de rêves de Laini Taylor

 

Lazlo Lestrange, un jeune homme orphelin, est fasciné par la mystérieuse citée nommée Désolation. Cette ville pourvue de mille richesses et savoirs s’est coupée du monde il y a deux siècles. Personne ne sait si les habitants sont morts ou s’ils se sont volontairement coupés du monde. Alors que Lazlo parvient à devenir bibliothécaire dans le plus grand institut de la ville, des guerriers originaires de la Cité Mystérieuse débarquent dans la ville. Ils sont à la recherche d’érudits susceptibles d’aider leur ville. Même s’il ignore le problème que rencontre Désolation, Lazlo est déterminé à participer à l’aventure. Il va alors changer son destin à tout jamais…

Ce roman est un véritable coup de cœur ! Je n’avais jamais entendu parler de cette histoire et je l’ai emprunté un peu par hasard à la bibliothèque sur les conseils d’une amie. J’ai été charmée par ma lecture.

Le personnage principal tout d’abord, est très attachant. Lazlo est un être calme, doux et désintéressé mais il fait aussi preuve d’une volonté hors du commun pour accomplir son rêve. Il va évoluer tout au long du roman et devenir plus fort et plus sûr de lui. J’ai adoré le suivre dans ses aventures.

Pour qu’un héros soit attachant, il faut aussi qu’il est un ennemi que l’on aime détester. C’est le cas ici avec Thyon Néro, un alchimiste que Lazlo s’est mis à dos. Alors qu’il l’a aidé à réaliser de l’or, l’arrogant personnage use de son pouvoir pour s’approprier les documents de Lazlo sur Désolation et ainsi de se faire bien voir par les guerriers de la citée. Cependant, il a un côté attachant de par sa fragilité, la pression qui pèse sur ses épaules, (son père et la reine le presse de faire des découvertes extraordinaires). Ses interactions avec Lazlo donnent aussi lieu à des dialogues comiques qui m’ont fait beaucoup rire.

Je ne peux m’étendre davantage sur les autres personnages pour ne pas vous gâcher la surprise, mais je les ai beaucoup apprécié également. Nous suivons notamment une jeune fille nommée Sarai qui a le pouvoir de s’introduire dans les rêves des gens. Son pouvoir est présenté de façon très originale. J’ai aussi été fascinée et écœurée par Minya, une fillette cruelle qui peut contrôler les fantômes. Je ne peux vous en dire plus sur ces protagonistes, mais je vous enjoins fortement à les découvrir.

J’ai aussi adoré la façon dont l’auteure a conçu son univers. Il est exactement tel qu’on l’attend d’un roman fantasy : riche, complexe, bien décrit et bien imaginé. Le style de Laini Taylor est aussi très bon. Elle a un ton qui rappelle à la fois celui des contes et des romans d’aventure. Il est assez soutenu sans être barbant ou difficile à lire.

Bref ce roman est une excellente surprise, je suis ravie de l’avoir découvert. Le seul défaut est que ce n’est qu’un tome 1 et j’ai vraiment hâte de connaître la suite ! La suite est déjà paru en anglais, The Muse of Nightmare, mais je ne sais pas quand elle sortira en français. Je suivrai cependant attentivement l’évolution de la série.

Le Faiseur de rêves de Laini Taylor publié aux éditions Lumen.

lundi 3 septembre 2018

Nous les filles de nulle part d'Amy Reed

Nous les filles de nulle part


Amy Reed

 

Nous les filles de nulle part / Amy Reed

 


Dans la chambre de sa nouvelle maison, Grace voit des mots laissés par une fille visiblement en grande souffrance. En se renseignant auprès de ses camarades, elle apprend que la précédente occupante de sa chambre, Lucy, a accusé un jeune homme de l’avoir violé et que l’on ne l’a pas cru. Elle a été harcelée et mise à l’écart avant d’être obligée de déménager. En apprenant cela, Grace se sent révoltée. Avec ses deux seules nouvelles amies, Rosita et Erin, elles décident de fonder le collectif des filles de nulles part afin de dénoncer les violences faites aux jeunes filles dans les lycées. Mais leurs actions vont les mener plus loin qu’elles ne le pensaient. Toutes les trois vont se découvrir une force qu’elles n’avaient pas soupçonné.

J’avais entendu beaucoup de bien sur ce roman notamment via la booktubeuseCordélia. Je n’ai pas été déçue de ma lecture !

J’ai tout d’abord adoré les trois personnages principaux : Erin, Grace et Rosita. Le point fort de ces protagonistes est qu’elles sortent des critères que l’on a l’habitude de voir.

Grace est grosse, mais le roman n’est pas focalisé sur son poids. C’est évoqué, l’héroïne se sent parfois mal à l’aise dans son corps mais elle n’est pas systématiquement moquée par rapport à cela. Elle est également présentée comme jolie et désirable. Grace fait aussi preuve d’une force de caractère et d’une volonté sans égale. C’est elle qui initie le projet et qui encourage les autres à se joindre à elle. Elle les encourage aussi lorsqu’elles flanchent ou doutent. Grace gagne peu à peu confiance en elle et prend parfois la direction des opérations. Amy Reed nous livre une belle évolution de personnage.

Erin quant à elle est atteinte du syndrome d’Asperger. Elle a dû mal à s’adapter au monde des adultes, du lycée. Elle doit se battre pour s’adapter. Erin parvient cependant à vaincre ses réticences pour prendre part au combat. A la fin du roman, elle aussi a beaucoup évoluée. Ce personnage atypique permet aussi d'en apprendre davantage sur le syndrome d'Asperger, bien que, tout comme Grace, elle ne soit pas uniquement définie par sa différence.

Enfin, j'ai aussi eu de l'affection pour Rosita. La jeune femme subit des pressions de la part de sa famille qui désire qu'elle s'investisse dans leur restaurant. Elle cache aussi le fait qu'elle aime les filles. Son ironie et son mauvais caractère la rendent assez drôle. Elle peut aussi montrer une certaine fragilité, notamment dans ses moments de doute. Cela la rend très humaine.

Je ne serais pas dire laquelle des trois j'ai préféré, mais elles m'ont fait passé un excellent moment.

L'autre gros point fort du livre est le féminisme qui s'en dégage. Nous avons des réflexions très intéressantes sur la place des femmes dans la société, la place du désir de la femme, de son rôle dans les relations sexuelles. L'auteure évoque aussi l'horreur du viol. Certains passages sont durs et dépeignent un portrait particulièrement noir du lycée. L'équipe scolaire semble être incapable de protéger les jeunes filles.

Outre les autres personnages principaux, les autres élèves du collectif Les Filles de Nulle Part sont également évoquées. Elles ont parfois des idées très différentes les unes des autres et il est intéressant de les écouter débattre.

Je vous recommande donc chaudement ce roman pour son discours féministe et novateur et ses personnages attachants !

Nous les filles de nulle part d'Amy Reed publié aux éditions Albin Michel.

La vidéo de Cordélia :