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mercredi 17 mai 2023

Ici et seulement icide Christelle Dabos

 



Comment avez-vous vécu votre collège ? Était-ce des années joyeuses ?

Ou au contraire des moments de souffrance, où vous vous réveilliez chaque matin avec la boule au ventre ?

Pour les personnages du nouveau roman de Christelle Dabos, Ici et seulement ici, publié aux éditions Gallimard Jeunesse, leur expérience entre clairement dans la seconde catégorie.

Dans un huis-clos oppressant, nous suivons le quotidien de plusieurs élèves :

Iris, qui vient de débuter son entrée en 6e et a pleinement conscience que l’insouciance de l’enfance est terminée. Au collège, il y a des règles à suivre et un pas de travers peut vite vous conduire au statut de paria. C’est ce qui est arrivé à l’ancien ami d’Iris, Émile, qui a eu le malheur de vouloir utiliser les cabinets des toilettes des filles. La jeune fille est plus prudente. Elle observe, elle imite, elle se fond dans la masse. Jusqu’à réaliser qu’elle est littéralement devenue invisible…

Pierre est depuis l’année dernière le souffre-douleur de sa classe. Constamment humilié, il ne s’imagine pas être quelqu’un d’autre que celui que l’on rejette. Au point de repousser par réflexe la moindre personne qui lui offre son amitié.

Madeleine quant à elle supporte de moins en moins d’être dans l’ombre de sa copine Lola, très bonne élève sans fournir le moindre effort et très populaire auprès des collégiens et même des lycéens. Alors, lorsque Ça la choisit et qu’elle commence à faire des Miracles, Madeleine espère que son quotidien va enfin changer.

Guy, de son côté, gravite dans une promotion découpée en véritables castes. Faisant parti des Hauts, il peut avoir à son service un Bas, un camarade choisi arbitrairement pour être en dessous de lui et qui est forcé d’obéir à ses ordres. Grâce aux Bas, plus besoin de faire ses devoirs si l’on n’en a pas envie. Tous obéissent au prince, élève mystérieux que l’on ne doit jamais regarder dans les yeux. Mais lorsque Sofie arrive au collège et refuse de se soumettre aux diktats de cette microsociété, Guy sent que son année va être bouleversée.

Autour de ces quatre adolescents gravitent encore d’autres protagonistes : une remplaçante, ancienne élève de l’établissement, qui voit avec horreur et consternation les mêmes schémas de violences et de domination se répéter de génération en génération et un club secret de collégiens qui enquête sur une possible fin du monde.

Amoureuse inconditionnelle de La Passe-Miroir, j’étais vraiment impatiente de découvrir le nouveau roman de Christelle Dabos. Je savais qu’il était très différent de sa précédente saga, j’ai donc décidé de l’aborder comme le livre d’une autrice inconnue. Et bien je n’ai pas été déçue !

L’atmosphère de ce livre est pesante. Tout comme les personnages, on ressent la pression du regard des autres, la crainte des bandes, des groupes, des oppresseurs. Dans Ici et seulement ici, le malaise est décuplé par la sensation d’être prisonnier du collège. Les règles qui ont cours à l’extérieur ne s’appliquent pas dans cet établissement. Intimidation et brimades s’y font en toute impunité, et les adultes, censés être des figures d’autorité, semblent totalement dépassés par les élèves qui imposent leur loi. Le prince des 3e en est un exemple marquant.

Mais plus encore que les élèves, c’est le lieu lui-même qui paraît régir la vie de chacun. Si Christelle Dabos décrit peu le physique de ses personnages, elle ne se prive pas en revanche de dépeindre ce sinistre collège. Les « toilettes de l’enfer », où les collégiens manquent de disparaître, les chaises et les tables délabrées de la bibliothèque, tout cela confer une atmosphère presque horrifique à cet établissement scolaire.

Malgré son côté très réaliste, l’écrivaine n’hésite pas à insérer de véritables touches de magie. Rien n’est laissé au hasard, et tous les pouvoirs développés par les adolescents sont finalement une réaction directe à l’ambiance qui règne au sein de l’établissement. Iris devient invisible par crainte de se faire harceler.

Christelle Dabos introduit aussi des éléments mystiques, avec une fin du monde programmée et cyclique qui n’intervient que là-bas. Elle ne porte pas seulement un regard sur le collège, elle analyse notre société, régie par des jeux de lutte et de dominations, mais aussi par le rejet de ce qui est différent et qui sort de la norme. Car que font ces adolescents, sinon reproduire ce qu’ils voient dans le monde des adultes ?

Un mot enfin, sur la plume de l’autrice. Quelle évolution depuis La Tempête des échos ! Christelle Dabos écrit ici de façon moins sage, plus crue, mais toujours aussi riche. Elle parvient à faire entendre à merveille les voix des différents protagonistes.

Le récit évoqué est sombre, mais l’écrivaine instille souvent des touches d’humour bien pensées qui nous permettent de respirer dans l’atmosphère empoisonnée d’Ici et seulement ici.

J’ai eu la chance d’assister à la soirée de lancement du roman à la Librairie de Paris, et je rejoins les mots du libraire qui disait fort justement que ce nouveau roman pouvait guérir l’élève harcelé que nous avions été. Alors je vous encourage à découvrir ce nouveau roman de Christelle Dabos.

Sombre, déroutant mais addictif, vous tremblerez, vibrerez, remettrez votre vieille peau d’adolescent pour une expérience fantastique, cauchemardesque et riche Ici et seulement ici !

 

Si vous êtes victime ou témoin de harcèlement scolaire :

Le 3020 est un numéro d’appel gratuit opéré par l’École des parents et des éducateurs d’Île-de-France subventionné par le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse. Il s’adresse aux élèves, aux familles et aux professionnels témoins ou victimes d’une situation de harcèlement entre élèves.

Le 3020 est joignable du lundi au vendredi, sauf jours fériés, de 9h à 20h du lundi au vendredi et de 9h à 18h le samedi.

 

#christelledabos #gallimardjeunesse #icietseulementici #librairiedeparis #lapassemiroir


jeudi 6 octobre 2022

Everything, everywhere all at once : vivre mille vies pour mieux comprendre la sienne

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Produit par le studio A24, le nouveau film de Daniel Scheinert et Daniel Kwan est un véritable
phénomène aux États-Unis. L’héroïne, Evelyn Wang (Michelle Yeoh), est une immigrée
chinoise propriétaire d’une laverie. Minée par la pression et les dettes, elle peine à dialoguer
avec son époux, Waymond, ou à comprendre Joy, sa fille et semble au bord du gouffre. Mais
alors qu’elle se rend chez une inspectrice des impôts, un phénomène inattendu se produit : un
alter ego de son conjoint lui apparaît et implore son aide, lui disant qu’elle a le pouvoir de
sauver l’univers entier. Dans une autre dimension, une force destructrice est en effet à l’œuvre,
et Evelyn semble être la seule à pouvoir rétablir l’équilibre du monde. Elle va alors découvrir
un multivers tortueux où tous ses rêves semblent être réalités. Mais Everything everywhere all
at once
n’est pas qu’une simple plongée au cœur d’univers parallèles. C’est également la quête
d’une femme qui cherche désespérément un sens à son existence.

Un personnage atypique

Evelyn Wang détonne dans le paysage des héroïnes de film d’action. Cette femme de cinquante
ans est bien plus âgée que la majorité des personnages du genre. On s’attendrait plus à ce que
ce soit sa fille, âgée de 20 ans, qui tienne le rôle phare. Pourtant, Evelyn occupe cette place à
merveille, et vit des aventures déjantées et drôles à un rythme effréné, qui ne laisse pas au
spectateur le temps de s’ennuyer.

Une véritable anti héroïne

 

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Evelyn Wang incarne véritablement la figure de l’anti héros. Elle ne possède aucun talent
particulier, et sa vie est au contraire parsemée d’échecs et de projets inachevés. Comme
l’affirme l’alter ego de son époux, de toutes les Evelyn, c’est la seule qui ne connaît aucun
succès. Au début du film, sa froideur envers son époux et sa honte face à l’homosexualité de sa
fille en font un personnage principal assez antipathique.


Ici, on assiste à un renversement de la figure de l’élu, du personnage au destin grandiose.
Lorsqu’un protagoniste est considéré comme le seul capable de sauver l’univers, c’est
généralement à cause d’un grand pouvoir ou d’un don caché. Or Evelyn Wang se révèle être
une femme ordinaire, sans talent particulier, à tel point que l’alter ego de son époux pense
presque s’être trompé en voyant en elle la solution aux malheurs de son monde. Tout au long
du film, l’acquisition de nouveaux dons et de nouvelles compétences se fait par un
apprentissage. Sa maîtrise des univers alternatifs s’effectue après plusieurs essais plus ou moins
concluants. Evelyn reste aussi un personnage très humain, avec ses failles et ses doutes, auquel
le spectateur peut s’identifier.

Ajoutons également que l’humour qui parsème le film rend plus légères certaines scènes qui
pourraient sans cela, avoir un ton grave et solennel. Ces passages véritablement comiques, où
Evelyn se retrouve dans des situations plus loufoques les unes que les autres et est obligée de
faire preuve d’intrépidité et d’ingéniosité pour survivre, nous la rendent vraiment attachante.

Se perdre pour mieux se retrouver

 

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Durant le film, Evelyn explore de multiples versions d’elle-même et des univers plus fous les
uns que les autres. Elle est actrice, chanteuse, cuisinière de talent et une simple pierre ou une
étrange créature avec de longs doigts visqueux. Le spectateur, tout comme elle, est souvent
perdu dans la multitude de ces possibilités. Pourtant, petit à petit, Evelyn finit par retrouver son
chemin dans ce dédale, et par apprécier la vie qu’elle mène, même si elle n’est pas aussi
flamboyante que certaines de ses alter ego. Confrontée à la destruction imminente du monde,
elle réalise soudain ce qui compte véritablement à ses yeux.

Tisser une véritable relation mère-fille

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Rapidement au cours du film, Evelyn découvre que la menace qui détruit le monde de l’alter
ego de Waymond est en réalité une autre version de sa fille Joy. Poussée par sa mère à devenir
une experte du passage entre les dimensions, la jeune femme, qui ici se nomme Jobu Tupaki, a
poussé trop loin les limites de son esprit, et expérimente désormais tous les univers à la fois.
Omnipotente et puissante, elle souffre pourtant, comme Evelyn, de ne pas trouver un sens à son
existence. Quand on peut tout avoir, rien n’a finalement d’importance. Au fond d’elle, Jobu
Tupaki, comme Joy, souhaite simplement être écoutée et soutenue. Evelyn, en parvenant à
dialoguer avec l’alter ego maléfique de sa fille, va finalement pouvoir enfin avoir une véritable
conversation à cœur ouvert avec elle dans son propre univers.

Renouer avec son mari

 

 Everything Everywhere All at Once 2022 Evelyn Wang Vest


Au cours de son périple, Evelyn va être grandement épaulée par Alpha Waymond, l’alter ego
de son mari. Il sera présent à la fois pour l’aider à maîtriser le difficile exercice du passage entre
les univers, mais également pour la mettre en garde contre les pièges et les tentations tendues
par Jobu Tupaki. En effet, la jeune femme essaye d’inciter Evelyn à devenir comme elle, à
accéder elle aussi à toutes les possibilités d’existence à la fois. Evelyn est tout d’abord tentée
par cette proposition : vivre toutes ces vies en une lui permettrait en effet d’éviter la frustration
d’être passée à côté d’une destinée plaisante. Cela lui assurerait aussi d’échapper aux
contraintes du présent, aux factures qu’elle doit payer, aux échecs qu’elle tente d’oublier. Mais
céder à la tentation serait finalement se perdre elle-même dans une ronde infernale vide de sens
et d’intérêt. Waymond, est ici déterminant dans le destin d’Evelyn. C’est en effet lui qui la
convainc de garder espoir, et qui pousse les personnages à être bons les uns envers les autres, à
se parler plutôt qu’à se combattre. Grâce à son appui, Evelyn parvient tant bien que mal à garder le cap dans un monde parfois vide de sens. Waymond est un personnage atypique, qui joue un
rôle clé dans la quête d’identité de sa femme. Par sa présence constante à ses côtés, il lui montre
aussi la valeur de ce qu’elle possède, et que malgré les revers qu’elle peut subir, tout n’est pas
perdu.

Everything everywhere all at once est donc un mélange unique, spectaculaire et bien pensé, qui
alterne entre la comédie, le film d’action et la quête de soi. Derrière tout l’univers fantastique
mis en place par Daniel Scheinert et Daniel Kwan, ce film a également une dimension plus
philosophique, et relate la quête de sens d’une femme ordinaire mais attachante, courageuse et
persévérante, qui se hisse au rang des héroïnes les plus mémorables de cette année 2022.

samedi 7 novembre 2020

Celle qui marche la nuit de Delphine Bertholon

 Celle qui marche la nuit

Delphine Bertholon

 

Celle qui marche la nuit / Delphine Bertholon


Malo 15 ans déménage à la campagne avec sa famille. Outre le déplaisir de laisser ses amis derrière lui, le jeune homme ressent de l'angoisse dans sa nouvelle demeure. La vieille bâtisse dégage des ondes néfastes, comme si des secrets étaient enfouis sous ses fondations...

Lorsque sa petite sœur Jeanne adopte un comportement de plus en plus alarmant, Malo décide de mener l'enquête et de percer le secret de sa nouvelle maison.

Ce roman jeunesse est parfait pour les jeunes lecteurs qui veulent prolonger l'atmosphère d'Halloween !

L'autrice parvient à créer une atmosphère angoissante dès l'instant où la famille arrive dans la bâtisse. Que ce soit dans la forêt qui borde la maison ou dans les couloirs du bâtiment, nous ressentons comme Malo un frisson le long de l'échine !

Delphine Bertholon s'inspire clairement des romans d'horreur traditionnels et surtout de Stephen King, qu'elle remercie d'ailleurs à la fin de son œuvre !

Nous pouvons dénombrer les éléments classiques d'un bon romans horrifique : la petite fille qui semble possédée par des forces extérieures, les parents aveugles aux phénomènes surnaturels et le jeune protagoniste qui doit bien malgré lui jouer au chasseur de fantôme !

Le dénouement de l'intrigue n'a pas été une surprise pour moi, les éléments qui se déroulent dans ce récit sont assez attendus et conventionnels. Cependant l'histoire se lit très bien et l'on passe un agréable moment frissonnant avec Malo !

Je conseille ce roman aux jeunes adolescents qui n'osent pas encore attaquer franchement le genre de l'horreur.

 

Celle qui marche la nuit de Delphine Bertholon publié aux éditions Albin Michel.

lundi 9 mars 2020

Le matin de Neverworld de Marisha Pessl

Le matin de Neverworld

Marisha Pessl


Le matin de Neverworld/ Marisha Pessl


Après la mort de son petit-ami Jim dans des circonstances inexpliquées, Béatrice s’éloigne de son groupe d’amis, et mène une morne existence auprès de ses parents. Ne pouvant cependant trouver la paix, elle décide d’aller confronter ses amis un soir de tempête, pour en apprendre davantage sur leur rôle dans cet évènement tragique. En effet, ils semblent cacher un secret. Mais, alors qu’ils sont tous en voiture, ils sont percutés par un chauffard ivre et se retrouvent piégés dans le Neverworld, une faille dans l’espace temps, où ils revivent indéfiniment la même journée. Coincés entre la vie et la mort, le seul moyen de sortir de cette boucle temporelle est de voter pour qu’une des personnes revienne à la vie, tandis que les autres mourront pour de bon.

J’ai entendu parler de ce roman sur la chaîne d’Audrey-Le Souffle desMots. Ce livre est pour elle une assez bonne lecture, bien que son avis soit plutôt mitigé, et qu’elle ait moins apprécié sa lecture que ce qu’elle avait prévu. Le résumé du roman m’intriguait cependant, et lorsque je l’ai vu en bibliothèque, j’ai sauté sur l’occasion !

Je suis plutôt satisfaite de cette découverte. Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé découvrir le fonctionnement du Neverworld. L’autrice parvient à mettre en place différentes étapes très pertinentes. Dans un premier temps, les personnages nient la réalité, en ne voulant pas croire qu’ils puissent véritablement être coincés dans une même journée. Ensuite, certains d’entre eux profitent du fait qu’ils puissent agir en toute impunité pour commettre les délits les plus atroces, en ayant l’assurance que leurs victimes oublieront tout le lendemain. Enfin, ils vont peu à peu percer les secrets de ce monde et les mettre à profit pour tirer au clair les circonstances de la mort de Jim.

/!\ spoiler ! Le Neverworld est bien plus qu’une simple boucle temporelle, c’est également un univers basé sur un roman, que l’un des autres personnages, Martha, ne cesse de relire. Cet ouvrage, constitué d’univers parallèles et de voyages dans le temps, donne plus d’épaisseur au monde décrit, et permet ainsi aux protagonistes de voyager dans le temps, toujours sur une seule journée, pour progresser dans leur enquête. Ce procédé m’a semblé très ingénieux, car non seulement on en apprenait davantage sur les circonstances de la mort de Jim et le passé des personnages, mais en plus le Neverworld et son aspect fantastique n’étaient pas mis de côté. L’autrice parvient donc à gérer ses deux tableaux : l’enquête policière et la dimension surnaturelle de son roman.

L’histoire est aussi bien menée. Il n’y a pas de moments de flottements, les actions s’enchaînent, et les retournements de situation arrivent presque toujours à nous surprendre. La fin a certes un côté prévisible, mais dans le même temps l’autrice parvient à instaurer un retournement de situation inattendu.

L’intrigue, la charpente et le déroulement de l’histoire sont donc pour moi les gros points forts de ce livre. Cependant, un bémol m’a dérangée tout au long de ma lecture : les personnages. Ce point a déjà été abordé par Audrey dans sa vidéo, et je la rejoins sur l’idée qu’aucun des protagonistes n’est véritablement appréciable. En effet, les amis de Béatrice apparaissent pour la plupart comme des adolescents insouciants et écervelés, qui bénéficient d’une vie facile grâce à la richesse de leur famille. Jim, la victime de l’histoire, semble dès le début n’être pas du tout le prince charmant et le garçon merveilleux décrit par la jeune fille et son entourage. Quant à l’héroïne, elle laisse transparaître parfois une naïveté qui frise la bêtise, bien que la fin du roman donne plus de profondeur à son personnage.

Cela place donc la lecture dans un angle particulier. En effet, cette idée de vote pourrait instaurer un enjeu émotionnel, si nous craignions pour la vie d’un de nos personnages préférés. Or, ici, puisque aucun ne suscite vraiment notre sympathie, notre attente du résultat du vote tient plus de la volonté de voir réaliser notre prévision.

De plus, les protagonistes sont parfois stéréotypés. Béatrice représente la gentille fille, Whitney la belle adolescente colérique, Carton le génie de l’informatique, Martha, le rat de bibliothèque à l’intelligence surdimensionnée, Jim, le faux prince charmant et Kipling le meilleur ami de l’héroïne. Cependant, l’autrice parvient à la fin à jouer avec cette image clichée des personnages lors d’un des retournements de situation de la fin, en mettant en perspective nos propres a priori sur eux. Mais cette remise en question intervient vraiment tard dans le roman, et n’annule pas véritablement l’impression qu’ils nous font ressentir tout au long de notre lecture.

Cela ne me dérange pas de n’avoir aucune affection pour les protagonistes, il y a certains héros de roman que l’on aime suivre même s’ils sont détestables, et parfois parce qu’ils le sont, mais ici je trouvais qu’ils manquaient parfois de profondeur, que nous restions trop en surface.

Ils effectuent certes un cheminement dans le Neverworld, mais nous nous sentons toujours à distance d’eux, sans doute également à cause du fait que l’héroïne, qui est aussi la narratrice, n’a plus rien en commun avec ses anciens amis.

Ainsi, je recommande la lecture du Matin de Neverworld pour la richesse de son univers, la capacité de l’autrice à mettre en place à la fois une enquête policière qui tienne la route mais également un monde parallèle où les règles sont totalement différentes de notre réalité. Le peu d’attachement que nous éprouvons pour les protagonistes n’empêche pas de savourer le suspense établi pas l’autrice.

Le matin de Neverworld de Marisha Pessl publié aux éditions Gallimard Jeunesse.

La vidéo d'Audrey:


dimanche 3 novembre 2019

Nouvelles extraordinaires d'Edgar Allan Poe

 Nouvelles extraordinaires 

Edgar Allan Poe



Nouvelles extraordinaires Edgar Allan Poe

Avec un peu de retard je vous propose de vous plonger dans cet ensemble de textes pour continuer de fêter Halloween et la saison automnale tout au long de ce mois de novembre !

Dans ce recueil, Edgar Allan Poe nous emmène dans les profondeurs sombres de la société. Que ce soit dans le Cœur révélateur ou dans La chute de la Maison Usher, nous sommes face à des personnages torturés, persuadés d'être poursuivis par les des démons, des fantômes ou d'anciennes épouses ! L'auteur parvient à instaurer une ambiance sombre, angoissante, voire franchement déplaisante et horrifique ! Outre les nouvelles purement fantastiques, j'ai aussi apprécié les premières histoires plutôt policières. L'inspecteur m'a notamment fait penser à Sherlock Holmes grâce à son don de déduction incroyable ! Je recommande ces nouvelles à ceux qui désirent une lecture rapide et efficace pour frisonner, et qui ne désirent pas se lancer dans un gros roman.

Nouvelles extraordinaires d'Edgar Allan Poe publié aux éditions GF.

lundi 22 juillet 2019

Le Roi Magicien de Lev Grossman

Le Roi magicien


(Les Magiciens tome 2)

Lev Grossman





Pour lire mon article sur le tome 1, cliquez ici !

/!\ Cette article contient des révélations dérangeantes pour toute personne n’ayant pas lu le tome 1 et souhaitant commencer la lecture de la saga !

Quentin, Eliott et Jane sont à présents rois de Fillory. Mais comme toujours dans ce monde, rien ne se passe comme prévu, et Quentin ne voit pas venir la quête espérée, qui lui permettra de devenir un véritable héros. Une mission va finalement se présenter lorsque les jeunes gens se voient chargés de rassembler sept clés d’or susceptibles de sauver Fillory et le monde de la magie ! Alors que Quentin espère être au centre des évènements, il se retrouve projeté sur Terre et doit trouver son chemin pour regagner son royaume ! La quête du jeune homme ne semble pas seulement être celle de sauver Fillory mais également de découvrir quelle est pour lui la définition véritable du héros et son but dans l’existence. Aidé de son amie Julia, une « sorcière pourrie », il va parcourir le monde, en passant aussi bien par Brakebills que par Venise ou le pays du Ni !

Ce tome 2 m’a grandement satisfaite. Tout d’abord, nous retrouvons l’ambiance assez humoristique qu’instaure Lev Grossman en faisant prendre à son intrigue le contre-pied total des romans de fantasy habituels. En effet, Quentin semble toujours être empêché de se trouver au cœur de l’action. L’auteur nous surprend en permanence !

J’ai aussi apprécié retrouver certains personnages du tome 1 comme Eliott ou Josh. Mais ce que j’ai surtout adoré, c’est en apprendre plus sur Julia, la meilleure amie de Quentin avant son entrée à Brakebills, et délaissée dans le tome 1. Nous disposons d’informations sur ce qu’elle a accompli depuis son échec à l’examen d’entrée dans l’école de magie. C’est un personnage qui m’a grandement impressionné par sa détermination, sa persévérance, son refus de s’avouer vaincue devant l’échec, sa force. C’est une jeune femme blessée par la vie, mais qui parvient à se battre malgré tout. J’ai également beaucoup aimé que l’auteur nous renseigne plus sur l’origine de la magie.

Ce sont des romans que je recommande chaudement aux lassés de fantastiques et de fantasy, ils pourraient bien renouer avec le genre.

Le Roi Magicien de Lev Grossman publié aux éditions de l'Atalante.


J’ai également commencé à regarder la série télévisée diffusée sur Syfy. Celle-ci m’a également beaucoup plu, même si les réalisateurs ont effectués de nombreux changements par rapport aux livres. Je trouve cependant que ceux-ci sont réfléchis et indiquent qu’ils ont pensé à la structure de l’histoire et l’ont étudiée avec soin.

Quentin et Alice


En effet, dès la saison 1, nous suivons l’histoire de Julia et Quentin en parallèle, nous voyons leur évolution, le jeune homme chez les magiciens « officiels » de Brakebills, son amie dans les bas-fonds du monde fantastique, chez les sorcières. Cela me paraît logique et intelligent.


Julia dans la série



De plus, je trouve que les réalisateurs ont fait preuve d’audace et n’ont pas hésité à retranscrire les scènes « osées » des romans, où les adolescents boivent, fument, font l’amour. Ils n’ont pas lissés les personnages, ils les ont rendu avec leur failles, et n’hésitent pas à accentuer le côté parfois parodique de l’univers.

Je trouve qu’ils ont également rendu certains personnages plus intéressant, notamment Penny, qui est davantage développé que dans les romans. Nous en savons également plus sur certains évènements qui sont simplement effleurés, par exemple la tentative d’assassinat du Grand Roi de Fillory.

Penny


J’ai aussi apprécié le fait que Jane, qui s’appelle Margot dans la série, soit montrée comme régentant le royaume. Son côté autoritaire, et le fait qu’elle soit prête à tout pour aider Eliott m’a beaucoup plu.

Margot et Eliott


J’ai aussi aimé que l’homosexualité, le polyamour soient évoqués explicitement.

Je pense donc que ceux qui ont lu les romans pourront apprécier la série, malgré les modifications qu’elle apporte ! Je recommande cependant d’essayer de lire et de regarder les deux versions séparément pour ne pas se perdre dans l’histoire !

lundi 13 mai 2019

Les magiciens de Lev Grossman

Les magiciens


Lev Grossman


Les magiciens / Lev Grossman


Quentin Coldwater est un jeune homme ordinaire vivant dans une petite banlieue triste des États-Unis. Sa passion ? Une série fantasy, Les Chroniques de Fillory, qu’il a dévoré étant enfant, et qu’il continue toujours de relire avec beaucoup de plaisir. Mais lorsque par hasard il passe un examen pour entrer dans une école de sorcellerie et y est admis, il pense vivre un rêve. Cependant, la réalité se révèle moins palpitante que ce qu’il avait imaginé, et le jeune homme ne parvient pas à guérir du mal être qui le ronge. Car les jeunes étudiants ne sont pas dans un roman, et il n’y a pas de créatures magiques à tuer sur Terre, pas de vieux sorciers leur distribuant une quête ou leur contant une prophétie. Mais peut-être n’existe-t-il pas qu'un seul monde ? Peut-être que Quentin et ses amis ont encore beaucoup de choses à découvrir…

J’ai adoré ce roman. Je l’avais acheté suite à une vidéo de Lemon June, puis laissé reposer dans ma bibliothèque durant de longs mois. C’est finalement récemment que je l’ai ressorti, et j’ai vraiment été charmée par cette histoire. La plus grande force de ce livre est qu’il joue avec les codes du récit fantasy classique.

Tout d’abord le personnage principal, Quentin, est à mes yeux un antihéros. Il est fondamentalement malheureux, rongé par le mal être, il semble toujours attendre une autre vie, un autre destin, même quand il est dans son école de magie. Il peut être aussi parfois égoïste et autodestructeur. Cependant, d’une certaine façon, nous nous attachons à lui car c’est à travers ses yeux que nous découvrons le monde de la magie. De plus, ses imperfections le rendent plus accessible, moins parfait que d’autres protagonistes de roman, plus humain et donc plus proche de nous.

J’ai aussi beaucoup aimé le petit groupe qui gravite autour de Quentin, notamment Alice, une jeune femme d’une intelligence prodigieuse et d’un courage hors du commun. Elle est plus proche du l’héroïne typique des romans fantasy, avec son côté timide et son talent, mais Lev Grossman dresse un portrait réaliste de la jeune femme, et n’en fait pas un personnage cliché. J’ai beaucoup aimé assister à ses performances magiques grandioses.

Eliott, un autre camarade de Quentin, est aussi attachant. C’est le premier élève que le jeune homme rencontre et comme lui, il souffre d’un profond mal être, qu’il tente de soigner via l’alcool et les fêtes. Plus le roman avance, plus il semble s’approcher du gouffre. Cependant la fin de cette histoire nous montre un Eliott plus épanoui et nous donne bon espoir pour l’avenir de ce protagoniste. Je l’ai trouvé très touchant.

Ce qui m’a étonnement beaucoup surprise et plu, c’est la non-idéalisation de la magie. Les cours n’ont pas véritablement un côté idyllique. Certes l’auteur nous offre parfois des descriptions grandiose, mais l’apprentissage de la magie apparaît surtout comme difficile et fastidieux. Les étudiants doivent retenir des quantités astronomiques de formules en un temps record et mémoriser des centaines de mouvements. L’auteur aime planter un décor classique, une école de magie, mais nous surprend avec ce qu’il se passe entre les murs.

J’ai aussi adoré le fait que les personnages n’aient pas forcément d’ennemis à abattre, de prophétie à suivre ou de quête à réaliser une fois leurs études achevées. Cela donne un aspect plus réalise à cette magie et à la vie d’adulte des héros. Cela ménage aussi plus de suspens pour la suite de l’histoire.

Ce tome 1 est donc une excellente surprise, j’ai apprécié le côté plus mature de l’histoire, sa forme de réalisme et les personnages ! Je recommande donc chaudement cette série à ceux qui apprécient les romans fantasy et fantastiques en général mais qui se sentent peut-être trop vieux pour succomber de nouveau à la magie de chroniques telles que Narnia.

Une série (que je n’ai pas vue) est également produite par Syfy et comporte actuellement 4 saisons. Une cinquième saison semble prévue pour 2020.



Les magiciens de Lev Grossman publié aux éditions l'Atalante.

La vidéo de Lemon June:


lundi 15 avril 2019

Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy

Les amours d’un fantôme en temps de guerre


Nicolas de Crécy

 


Les amours d’un fantôme en temps de guerre / Nicolas de Crécy


Alors qu’il s’amuse au-dehors, un bébé fantôme perd brusquement la trace de ses parents. Il est heureusement recueilli par son oncle Boris qui lui procure un nouveau logement en compagnie d’une autre jeune fantôme, Lili, orpheline également. Les deux enfants vivent pendant un temps dans une certaine insouciance, hantant une vieille ferme occupée par une famille d’humain. Mais ils réalisent bientôt qu’un terrible danger pèse sur leur monde : les Fantômes Acides, des êtres maléfiques, veulent imposer leur domination et détruire tous ceux qui ne sont pas comme eux. Notre petit fantôme va alors décider de tout faire pour les combattre.

J’avais entendu parler de ce roman sur la chaîne Youtube de la booktubeuse Lemon June. Le résumé m’avait particulièrement intriguée puisqu’il s’agit d’une réécriture de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale avec des fantômes. En effet le parallèle entre les Fantômes Acides et les nazis n’est pas difficile à établir, d’autant plus qu’il est explicité par l’auteur: l'Histoire des fantômes a toujours un temps d’avance sur la nôtre. Ainsi, alors que la résistance contre les êtres maléfiques est à son paroxysme, l’humanité entame l’année 1933 avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne.

L’originalité de ce roman tient d’abord du fait qu’il est magnifiquement illustré. L’auteur dessine son univers avec un trait qui peu paraître assez simple et enfantin au premier abord mais qui se révèle très efficace, puisqu’il parvient à alterner des paysages de campagnes idylliques et paisibles, symboles de l’innocence première des protagonistes, et des ambiances plus sombres et oppressantes qui évoquent la guerre et la violence. Cela donne un côté immersif et agréable à notre lecture, puisque l’objet livre est magnifique.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre   Nicolas de Crécy


L’histoire est aussi très bien menée. L’idée de mettre en scène des fantômes est assez originale et sert véritablement le récit. En effet, outre l’évocation des ravages de la guerre, le personnage principal s’interroge sur sa condition de fantôme, son origine. Il se demande pourquoi il existe alors que tous les humains ne se réincarnent pas en fantômes. Nicolas de Crécy nous dresse le portrait d’une quête identitaire d’un peuple de façon très réaliste. Tout au long du livre, plusieurs autres fantômes vont avancer des théories sur leur origine. Ce questionnement les rend au fond très humains. En parlant des spectres, l’auteur parle aussi de nous.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre   Nicolas de Crécy


L’écriture de Nicolas de Crécy est très poétique, fluide et touchante. Nous avons l'impression de filer au rythme des fantômes, nous ne pouvons nous arrêter de tourner les pages. Ce roman procure surtout beaucoup d’émotions et j’ai eu le cœur serré à de nombreuses reprises. J’ai aussi été ravie de la façon dont l’auteur parvient à lier le monde des fantômes à celui des hommes. A un moment du récit, il évoque même Anne Frank.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre   Nicolas de Crécy


De plus, j’ai eu l’impression de sentir le personnage mûrir via le style d’écriture tout au long du récit. Le roman s’achève également sur une note plutôt sombre, mais malheureusement très réaliste, qui nous incite nous aussi à tenter de nous dresser à notre échelle, avec nos moyens, contre le mal.

Je vous recommande donc chaudement le livre de Nicolas de Crécy pour ses personnages attachants, son histoire originale, son style d’écriture poétique et ses magnifiques illustrations.


Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy publié aux éditions Albin Michel.

La vidéo de Lemon June: