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lundi 23 novembre 2020

Le Bal des Folles de Victoria Mas

 Le Bal des Folles

Victoria Mas

Le Bal des folles / Victoria Mas

A la fin du XIXe siècle, l'un des lieux les plus redoutés de Paris pour les femmes, pauvres comme riches, est l'hôpital de la Salpêtrière. Un mot de travers, une attitude jugée déplacée ou une autre entorse à la normalité peuvent leur valoir un aller simple entre les murs de cet asile. Cependant, ce lieu n'est plus rempli de cachots sordides où l'on enchaînait les prisonnières. C'est le haut lieu d'étude du professeur Charcot, un neurologue renommé dans toute la capitale. Geneviève, infirmière depuis des années à la Salpêtrière, est convaincue d’œuvrer pour le plus grand bien de la science et des femmes. Ses certitudes vont être bouleversées par l'arrivée d'Eugénie, une jeune bourgeoise qui prétend communiquer avec les Esprits.

J'attendais de lire ce roman avec une grande impatience, ayant entendu beaucoup de bons échos et d'avis enthousiastes. J'ai beaucoup apprécié l'aspect historique et informatif du Bal des Folles. L'autrice nous offre une véritable immersion dans cet univers clos et particulier, avec ses propres us et coutumes. Le point culminant du roman est véritablement la préparation du bal du Carême, autrement appelé le Bal des Folles, où des membres triés sur le volet de la haute société peuvent aller à la rencontre lors d'une soirée dansante de ces internées qui fascinent et répugnent à la fois.

Il est frappant de constater le manque d'empathie des médecins, qui ne les considèrent que comme des objets d'expériences scientifiques, et combien les motifs d'internement sont parfois arbitraires et injustes.

J'ai aussi aimé la rencontre entre les personnages d'Eugénie et Geneviève dont les convictions sont si différentes. Les voir évoluer tout au long du roman était très intéressant. Les relations nouées entre les patientes sont aussi très touchantes.

Cependant, ma lecture n'a pas été exempte de quelques bémols. Pour commencer, quasiment aucun des retournements de situation ne m'a surprise. Tous les évènements s'enchaînent de façon attendue. Certes, Le Bal des Folles n'a pas vocation à être un roman à suspense, mais j'aurais souhaité un peu plus de surprise pour pimenter ma lecture.

Ensuite, je trouve parfois que l'autrice fait preuve de peu de subtilité dans son propos et dans son écriture. Le but sous-jacent de Victoria Mas est de dénoncer les violences faites aux femmes aussi bien par le corps médical, que par la société dans laquelle elles vivent. Cette œuvre est profondément féministe, ce qui est très appréciable et que l'on doit encourager. Pourtant, j'ai eu parfois l'impression que l'autrice voulait le souligner et le clamer à grands traits, manquant parfois de finesse, et faisant perdre le fil de la narration avec des réflexions qui semblent parfois trop modernes pour les personnages de l'époque.

Cette façon d'appuyer sur le féminisme comme pour faire de ce roman un livre dans la tendance m'a un peu dérangée.

Malgré cela, Le Bal des Folles reste une bonne lecture que j'ai apprécié notamment pour l'aspect historique et documentaire qu'il propose. Je le conseille à ceux qui s'intéresse à la psychanalyse.

Le Bal des Folles de Victoria Mas publié aux éditions Albin Michel.

lundi 18 mai 2020

Mazzie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg

Mazzie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés


Jami Attenberg


Mazzie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg


Dans le Manhattan de l'année 1918, nous suivons le personnage de Mazzie, une femme solaire, charitable, intrépide et non-conventionnelle. Elle est très appréciée par les habitants du quartier où elle vit, qui la considèrent presque comme une mascotte. Elle tient la caisse du cinéma le Venice. Derrière le comptoir qu’elle surnomme « la cage », Mazzie fait des rencontres aussi étonnantes que belles. Elle rentre véritablement dans la légende New-yorkaise lorsque durant la Grande Dépression, elle met à profit son argent et son temps pour aider les sans-abris de Manhattan.

Mais ce roman, principalement sous la forme du journal intime de l’héroïne, se concentre beaucoup sur l’ « envers du décors » de ce personnage. En effet, la vie de Mazzie n’est pas rose. L’auteur dépeint une héroïne qui rêve de liberté, mais qui dans le même temps ne peut se résoudre à abandonner sa sœur, qu’elle aime profondément. Elle fait souvent passer le bonheur des autres avant le sien. Mazzie n’est pas une sainte immaculée, mais une femme aux prises avec plusieurs démons, notamment celui de l’alcool. Elle est également hantée par des blessures profondes et traumatisantes. Cependant, ce livre n’est pas plombant pour autant, la joie de vivre de l’héroïne, ainsi que sa volonté de fer, nous font dévorer ce roman !

Comme les habitués des bars clandestins, nous succombons rapidement au charme de Mazzie ! J’étais triste de la quitter. J’ai également ressenti de l’affection pour les autres personnages, notamment la sœur Ti, avec qui Mazzie se lie d’amitié, et qui est dévouée elle aussi à la cause des plus pauvres, et qui apporte beaucoup de joie à la jeune femme. J'ai également apprécié Jeanie, la jeune sœur de Mazzie, une danseuse audacieuse, un véritable électron libre. Contrairement à son aînée, elle parvient à s’émanciper du quartier où elle vit.

J’ai aussi aimé le système des voix narratives mis en place par l’auteur. Outre le journal de Mazzie, nous avons également des interviews de voisins, d’éditeurs, et des extraits d’une autobiographie posthume de la jeune femme. Cela nous permet d’avoir plusieurs points de vue sur son histoire, et de nous rendre compte de l'ampleur de sa célébrité.

Enfin, la grande force de ce roman est qu’à travers le regard de Mazzie, nous sommes totalement immergés dans ce New York de la Grande Dépression. Nous ressentons l’animation du quartier.
Mazzie Gordon telle qu’elle est dépeinte dans le roman est un personnage de fiction, même si un article à propos d’une femme éponyme est parue dans la presse dans les années 1930.

Je conseille ce roman à tous ceux qui aiment les héroïnes atypiques et touchantes et les romans historiques. Le charme de Mazzie est irrésistible !

Mazzie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés Jami Attenberg publié aux éditions Les Escales.

J'avais pour la première fois entendu parler de ce roman dans la vidéo de Lemon June:



lundi 5 août 2019

Les Brumes de Riverton de Kate Morton

Les brumes de Riverton


Kate Morton

 


Les brumes de Riverton / Kate Morton


A quatre-vingt-dix-neuf ans, Grace a eu le temps de vivre mille vies. Elle a été archéologue, professeure à l’université et a voyagé aux quatre coins du monde. Mais la période qui lui revient le plus clairement est l’époque où elle servait en tant que bonne au manoir de Riverton, en Angleterre, à l’aube du XXe siècle. Elle a notamment servi la jeune et fougeuse Hannah et sa jeune sœur Emeline. Mais être domestique permet aussi d’être au courant des secrets les mieux gardés. Grace sait par exemple la vérité au sujet du suicide d’un célèbre poète, Robbie, qui aurait été selon la rumeur le fiancé d’Emeline et l’amant d’Hannah. Hantée par les fantômes de son passé, la vieille femme est enfin prête à se confier…

Ce roman est une excellente lecture ! Une fois encore Kate Morton montre son talent à créer des intrigues bien ficelées et à dépeindre la haute société anglaise au début du XXe siècle. L’auteur parvient à rendre compte des vieilles traditions ancestrales, de l’ambiance qui pouvait régner depuis le salon jusqu’à l’office des domestiques. Elle nous fait également très bien percevoir les bouleversements qu’a subi ce monde bien ordonné, notamment avec les ravages de la Première Guerre mondiale, l’avènement des syndicats et l’explosion des conventions.

Les personnages de ce roman m’ont également beaucoup plu. J’ai adoré suivre Grace à la fois en vieille femme âgée qui relate son histoire et également en jeune domestique de quatorze ans. Ce double point de vue nous permet de savoir tous les détails de la vie des riches aristocrates qu’elle servait et d’avoir son point de vue critique et distancié des évènements. De plus, même si Kate Morton se concentre beaucoup sur le passé de Grace, elle ne néglige pas non plus son développement par la suite. Nous comprenons combien son service à Riverton a affecté toute sa vie future.

J’ai aussi beaucoup aimé suivre la relation qui s’établit entre Hannah et Grace. Même si elles ne sont absolument pas du même monde, elles parviennent à nouer une complicité. A travers les yeux de la jeune bonne, nous avons une image idéalisée d’Hannah, qui apparaît comme fougueuse et prête à briser les conventions. Mais il est intéressant de voir le développement qu’en fait l’auteure, en nous montrant comment elle est contrainte de se plier aux normes de son monde, en se mariant avec un homme qu’elle respecte mais n’aime pas. Ce choix de vie finalement rangée amènera son malheur. Kate Morton souligne à travers Hannah la sensation d’emprisonnement dont pouvaient souffrir les femmes de la haute société.

C’est finalement Emmeline qui se montre la plus libre des deux, en se lançant dans le cinéma, sans crainte de provoquer le scandale !

A la fin du roman, nous ressentons une tristesse vis à vis d’Hannah en pensant au destin dont elle rêvait et qu’elle n’a finalement pas eu.

Ce roman est un des plus célèbres de Kate Morton, que je recommande aux amateurs de la vie de la bonne société anglaise, des scandales et des enquêtes !

Les Brumes de Riverton de Kate Morton publié aux éditions Pocket.

Mon article sur un autre roman de Kate Morton, L'enfant du lac: ici

lundi 29 juillet 2019

Mille femmes blanches de Jim Fergus

Mille femmes blanches


Jim Fergus

 

Mille femmes blanches / Fergus

 


États-Unis, fin du XIXe siècle.

Afin de favoriser l’entente entre les Indiens et les hommes blancs, Little Wolf, le chef de la tribu cheyenne propose au président de lui échanger mille femmes blanches contre mille chevaux. Comme les enfants nés des unions entre les cheyennes et les femmes blanches seront élevés dans la famille de leur mère, le mélange pourra se faire entre les Indiens et les Blancs.

Alors qu’elle est internée à l’asile pour avoir vécu avec un homme de condition inférieur hors des liens du mariage, May Dodd a vent de ce projet fou. Désirant échapper à ce lieu terrible où elle est prisonnière, elle accepte avec une vingtaine de femmes, pionnières de l’aventure, de se lancer dans l’expédition. Elle va ainsi découvrir une culture, des coutumes et un mode de vie complètement différent du sien. Petit à petit, la jeune femme parvient à avoir une place importante dans la tribu, en se faisant même surnommer Mesoke, l’hirondelle.

Mais May va également assister à la fin de la civilisation indienne, minée par la boisson et l’avancée de l’homme blanc dans les terres, appâté par l’or et faisant fi des traités.

Ce roman est un coup de cœur ! Je n’ai absolument rien à redire à ma lecture, j’ai adoré cette expérience de bout en bout !
Le roman se présente sous la forme du journal intime de May, ce qui est déjà un bon point car nous pouvons percevoir toutes ses pensées, ses émotions, nous nous sentons au cœur de l’histoire. Le personnage de May Dodd est aussi extrêmement attachant. Elle est forte, déterminée, ouverte d’esprit et incroyablement moderne pour l’époque. Elle devient un modèle pour les autres femmes blanches et pour nous, nous donnant envie de nous battre pour notre place dans le monde.

May n’est pas le seul personnage attachant du roman. J’ai également apprécié découvrir les autres membres du groupe, notamment, Femi, une ancienne esclave bien déterminée à ne plus jamais se laisser asservir. Elle sera la première femme nommée guerrière dans la tribu. Femi est un personnage à part, du fait de sa couleur de peau, mais aussi de sa grande lucidité au sujet des réserves. Dès le début, contrairement à May et les autres, elle perçoit le côté emprisonnant de ce dispositif, et fait un parallèle avec l’esclavage. Les débats qu’elle a avec May Dodd sur le futur des indiens sont très intéressants, surtout lorsque nous connaissons la fin historique des évènements.

Hélène Flyt, une ornithologue, est aussi attachante que les deux autres. Sa passion pour les oiseaux lui permet à elle aussi d’avoir une place de choix dans la tribu cheyenne. Elle intègre véritablement les mœurs de son nouveau peuple. Gurthie, une jeune cochère déguisée en homme, m’a beaucoup plu, de par son fort caractère et sa franchise.

Le livre de Jim Fergus est principalement composé de personnages féminins. J’ai trouvé que l’auteur exploitait bien cet aspect du roman en évoquant plusieurs questionnements ou douleurs féminines. Tout d’abord, il évoque explicitement leur sexualité, notamment à travers May, qui est libérée et qui peut discuter de ces sujets avec des femmes moins expérimentées, notamment son amie Martha. Jim Fergus souligne aussi le fait que les femmes, quelques soient les tribus, sont la proie des hommes, de leur jugement, et de leur condamnation.

Ce roman comporte des scènes difficiles, notamment des scènes de viols. J’ai éprouvé un sentiment de colère, de révolte, d’impuissance et d’écœurement à la lecture de certains passages. L’auteur décrit avec une acuité terrible les ravages de la boisson sur les indiens. Ces scènes sont cependant ponctuelles et toujours justifiées.

J’ai aussi aimé voir la politique de la tribu cheyenne à travers un regard extérieur. Les femmes savent reconnaître les qualités de leur nouveau monde, comme la démocratie de la tribu, mais aussi ses défauts, tel que le manque d’unité entre les indiens.

La fin de ce livre m’a bouleversée et m’a laissée sans voix.

Je recommande ce roman à tous les amoureux de la civilisation indienne, de la conquête de l’Ouest et aussi des personnages féminins forts et attachants !

Mille femmes blanches de Jim Fergus publié aux éditions Pocket.

lundi 15 avril 2019

Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy

Les amours d’un fantôme en temps de guerre


Nicolas de Crécy

 


Les amours d’un fantôme en temps de guerre / Nicolas de Crécy


Alors qu’il s’amuse au-dehors, un bébé fantôme perd brusquement la trace de ses parents. Il est heureusement recueilli par son oncle Boris qui lui procure un nouveau logement en compagnie d’une autre jeune fantôme, Lili, orpheline également. Les deux enfants vivent pendant un temps dans une certaine insouciance, hantant une vieille ferme occupée par une famille d’humain. Mais ils réalisent bientôt qu’un terrible danger pèse sur leur monde : les Fantômes Acides, des êtres maléfiques, veulent imposer leur domination et détruire tous ceux qui ne sont pas comme eux. Notre petit fantôme va alors décider de tout faire pour les combattre.

J’avais entendu parler de ce roman sur la chaîne Youtube de la booktubeuse Lemon June. Le résumé m’avait particulièrement intriguée puisqu’il s’agit d’une réécriture de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale avec des fantômes. En effet le parallèle entre les Fantômes Acides et les nazis n’est pas difficile à établir, d’autant plus qu’il est explicité par l’auteur: l'Histoire des fantômes a toujours un temps d’avance sur la nôtre. Ainsi, alors que la résistance contre les êtres maléfiques est à son paroxysme, l’humanité entame l’année 1933 avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne.

L’originalité de ce roman tient d’abord du fait qu’il est magnifiquement illustré. L’auteur dessine son univers avec un trait qui peu paraître assez simple et enfantin au premier abord mais qui se révèle très efficace, puisqu’il parvient à alterner des paysages de campagnes idylliques et paisibles, symboles de l’innocence première des protagonistes, et des ambiances plus sombres et oppressantes qui évoquent la guerre et la violence. Cela donne un côté immersif et agréable à notre lecture, puisque l’objet livre est magnifique.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre   Nicolas de Crécy


L’histoire est aussi très bien menée. L’idée de mettre en scène des fantômes est assez originale et sert véritablement le récit. En effet, outre l’évocation des ravages de la guerre, le personnage principal s’interroge sur sa condition de fantôme, son origine. Il se demande pourquoi il existe alors que tous les humains ne se réincarnent pas en fantômes. Nicolas de Crécy nous dresse le portrait d’une quête identitaire d’un peuple de façon très réaliste. Tout au long du livre, plusieurs autres fantômes vont avancer des théories sur leur origine. Ce questionnement les rend au fond très humains. En parlant des spectres, l’auteur parle aussi de nous.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre   Nicolas de Crécy


L’écriture de Nicolas de Crécy est très poétique, fluide et touchante. Nous avons l'impression de filer au rythme des fantômes, nous ne pouvons nous arrêter de tourner les pages. Ce roman procure surtout beaucoup d’émotions et j’ai eu le cœur serré à de nombreuses reprises. J’ai aussi été ravie de la façon dont l’auteur parvient à lier le monde des fantômes à celui des hommes. A un moment du récit, il évoque même Anne Frank.

Les amours d’un fantôme en temps de guerre   Nicolas de Crécy


De plus, j’ai eu l’impression de sentir le personnage mûrir via le style d’écriture tout au long du récit. Le roman s’achève également sur une note plutôt sombre, mais malheureusement très réaliste, qui nous incite nous aussi à tenter de nous dresser à notre échelle, avec nos moyens, contre le mal.

Je vous recommande donc chaudement le livre de Nicolas de Crécy pour ses personnages attachants, son histoire originale, son style d’écriture poétique et ses magnifiques illustrations.


Les amours d’un fantôme en temps de guerre de Nicolas de Crécy publié aux éditions Albin Michel.

La vidéo de Lemon June:

lundi 28 mai 2018

Au revoir là-haut de Pierre Lemaître


Au revoir là-haut

 

Pierre Lemaître

 
Au revoir là-haut / Pierre Lemaître

La Première Guerre mondiale a fait des ravages dans toute l’Europe. Dans cette histoire, Pierre Lemaître nous invite à nous pencher sur le sort de deux soldats français, Albert Maillard et Edouard Péricourt. Alors qu’ils ont survécu à quatre ans de guerre, leur destin va basculer lorsque leur capitaine, Henri d’Aulnay Pradelle, décide de mener un dernier assaut pour se couvrir de gloire à quelques jours de l’armistice.

Afin de motiver des troupes réticentes, il s’arrange pour tuer deux soldats en faisant croire que ce sont les Allemands qui les ont abattus. Mais Albert comprend le stratagème. Pradelle décide donc de le tuer froidement. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’Edouard, l’homme le plus chanceux du régiment, est déterminé à le sauver. Alors qu’il parvient à déterrer son camarade du trou où le capitaine l’a poussé, il se prend un éclat d’obus en plein visage.

Cette blessure abominable, qui le laisse défiguré, va lier le destin des deux soldats. Se sentant coupable pour Edouard, Albert va rester près de lui et le suivre dans ses idées les plus folles, quitte à monter l’arnaque la plus scandaleuse pour récolter de l’argent, une société de faux monuments aux morts.

Ce roman n’est plus véritablement a présenter, il a remporté le prix Goncourt en 2013 et été adapté au cinéma. J’ai vu le film d'Albert Dupontel avant de me plonger dans le livre, le réalisateur a fait un travail magnifique et assez fidèle au roman. Je n’ai donc pas été déçue par ma lecture.

L’incipit de d’Au revoir là-haut est saisissant, nous assistons à une scène de combat décrite minute par minute. En quelques pages, l’auteur parvient à retranscrire la violence de la guerre, la puissance destructrice des armes à feu et la peur ressentie par les soldats avant de mener l’assaut. Cette scène est aussi bouleversante dans le film. Grâce à ce début très efficace, nous avons envie de connaître la suite.

Les personnages sont aussi très attachants. J’ai de l’affection pour Albert, cet antihéros maladroit et pourtant si attendrissant. Malgré sa faiblesse de caractère, on ne peut s’empêcher de l’apprécier, d’autant qu’il dégage tout de même une force, notamment par sa bonté qui le pousse à prendre soin de son camarade, à se démener pour lui. C’est au fond un protagoniste très humain.

J’ai également bien aimé Edouard, même si j’ai eu moins d’empathie pour lui que pour Albert. Cela peut paraître étonnant quand on sait qu’il a une terrible blessure, mais j’ai parfois trouvé le jeune homme trop égoïste, déconnecté de la réalité. Même si l’éclat d’obus qu’il a reçu l’a traumatisé, ce qui est très compréhensible, j’ai parfois trouvé qu’il se comportait comme si tout lui était due. Cependant, nous pouvons encore une fois noter qu’Edouard est un personnage très humain, avec ses qualités et ses défauts.

Le père d’Edouard, M. Péricourt, est également fascinant. Alors que du vivant de son fils il n’a cessé de le mépriser, ne pouvant se résoudre à aimer ce garçon artiste, trop différent de lui, il éprouve de terribles regrets en le croyant mort (le jeune homme refuse de revenir chez lui défiguré). Il fait donc tout pour racheter sa conduite passée et se réconcilie presque avec son enfant dans le deuil. Ce chemin est très intéressant, car cet homme si dure et froid reconnaît enfin ses erreurs et fait un long travail sur lui-même.

Enfin, j’ai adoré détester Henri d’Aulnay Pradelle. Ce personnage est tellement abjecte qu’on est presque content de le voir réapparaître pour espérer sa chute. Lorsque les choses se compliquent pour le capitaine, on exulte de joie. La fin de Pradelle dans le roman m’a un peu déçue cependant, j’ai préféré celle du film, j’ai trouvé que cela était plus ironique et cruel, ce que ce protagoniste mérite amplement.

Nous pouvons aussi ajouter que même les protagonistes de passage sont magnifiquement développés par l’auteur. En quelques lignes Pierre Lemaître parvient à décrire le caractère de chacun, leurs ambitions, leur passé, leurs rêves.

Le style de l’écrivain est aussi très agréable, plein d’ironie et d’humour noir, ce qui colle parfaitement avec l’atmosphère de l’œuvre. Ce livre est également intéressant d’un point de vue historique, puisqu’il nous rappelle que l’Armistice ne signifie pas que tout rentre immédiatement en ordre, pour certains soldats, la véritable guerre commence après la guerre.

Je vous recommande donc chaudement Au revoir là-haut, qui vous offrira une palette de personnages humains et attachants mais également des arrivistes à détester et une histoire de France comme vous n’en avez jamais lu !

Au revoir là-haut de Pierre Lemaître publié aux éditions Le Livre de Poche.

La bande annonce de l'adaptation cinématographique d'Albert Dupontel.



Cette année, Pierre Lemaître a également publié la suite de son roman, Couleurs de l'incendie, où nous nous focalisons davantage sur la soeur d'Edouard, Madeleine. Je ne l'ai pas encore lu, mais j'ai hâte d'en apprendre plus sur la jeune femme.

Couleurs de l'incendie / Pierre Lemaître

lundi 16 avril 2018

Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot


Un long dimanche de fiançailles

 

Sébastien Japrisot


Un long dimanche de fiançailles / Japrisot

Alors que la Première Guerre mondiale déchire la France, cinq soldats français sont traînés à travers les tranchées pour être exécutés. Leur crime ? Avoir tenté de déserter en se tirant une balle dans la main. Mais au lieu de les tuer, les personnes chargées de l’exécution les laissent libres au cœur des tirs ennemis. A l’arrière, Mathilde attend des nouvelles de son fiancé, qui fait partie des cinq condamnés. Lorsqu’elle apprend qu’il reste peut-être une chance pour que son amant soit encore en vie, elle décide de mener l’enquête, quitte à subir une cruelle désillusion.

Un long dimanche de fiançailles est l’un de ces classiques dont nous avons souvent entendu parler, mais que nous n’avons pas forcément lu. Pour ma part, je ne regrette absolument pas cette expérience, ce roman est un véritable coup de cœur !

L’incipit nous plonge immédiatement dans l’ambiance : nous suivons les cinq condamnés marchant à travers les fils barbelés des tranchées pour rejoindre le lieu de leur exécution. Chacun d’eux se remémore son passé tandis qu’il marche vers son destin. Ce procédé narratif nous permet de pénétrer directement le cœur des personnages et nous nous attachons fortement à eux. Si vous hésitez à vous lancer dans Un long dimanche de fiançailles, lisez simplement les premières pages, vous serez conquis !

L’héroïne, Mathilde, est le deuxième élément qui m’a fait adorer ce roman. A l’âge de 3 ans, la jeune fille perd l’usage de ses jambes suite à une mauvaise chute. Pourtant, son infirmité ne l’empêche pas d’être extrêmement autonome et déterminée, elle n’hésite pas à contacter toutes ses connaissances et à parcourir la France pour connaître la vérité. Sa volonté m’a impressionnée, sa capacité de déduction également. A mesure qu’elle rassemble les éléments de l’intrigue, nous reconstituons les faits avec elle. Nous éprouvons aussi ses craintes, ses doutes, sa tristesse, qu’elle tente de contenir mais qui affleure et surtout, la terrible attente.

Mais cette attente n’est pas seulement celle de Mathilde, c’est également celle de toutes les femmes de l’arrière, qui essayent de savoir ce que sont devenus leurs époux, ou qui pleurent leur disparition. Avec les portraits de protagonistes secondaires que nous ne suivons que sur quelques pages, Japrisot parvient à nous dresser le tableau du quotidien de ces épouses qui n’ont pas d’autre choix que d’espérer ou de vivre avec leur douleur. Ces portraits sont très touchants et réalistes.

La trame historique, très complète, fait toute la saveur du roman. Nous en apprenons beaucoup sur les conditions de vie des Poilus, le fonctionnement de l’Etat major, l’après-guerre… L’histoire mêle à la fois le romanesque et le réalisme, ce qui instaure un climat particulier, qui nous prend littéralement au piège et nous empêche de refermer Un long dimanche de fiançailles !

Le style d’écriture de l’auteur, assez poétique, très porté sur les descriptions, les sensations et parfois très cru en fonction des personnages, est magnifique et nous porte tout au long du récit.

Je recommande donc chaudement cette histoire à tous les amateurs de romans historiques.

Un long dimanche de fiançailles publié aux éditions Folio.

lundi 21 août 2017

Celle qui voulait conduire le tram de Catherine Cuenca


Celle qui voulait conduire le tram

 

Catherine Cuenca

 

Celle qui voulait conduire le tram / C. Cuenca

1914.

Comme les hommes sont partis au front, les femmes peuvent briguer des postes autrefois réservés exclusivement à la gente masculine. Agnès, une jeune ouvrière, décide de tenter sa chance et devient chauffeuse de tramway. Elle aime son métier qui lui permet de se sentir vivante et épanouie, sans compter qu’elle gagne le double de son salaire habituel.

1918

La Première Guerre mondiale s’achève enfin. Agnès attend avec impatience le retour de son mari Célestin. Mais à cause de l’horreur des combats, l’homme qu’elle a épousé n’est plus le même. Irascible et porté sur la boisson, il voit d’un mauvais œil le fait que la jeune femme gagne plus que lui.

Alors que les relations entre les deux époux deviennent tendues, la compagnie des transports annonce à Agnès qu’elle est renvoyée puisque les hommes sont revenus du front. Mais la jeune femme n’a pas envie de retourner travailler dans une usine et de gagner moins que ses collègues masculins. Elle choisit donc le chemin de la révolte à ses risques et périls.

Ce roman est une excellente découverte. J’ai adoré voir la résistance mûrir progressivement dans l’esprit d’Agnès. Nous observons également combien le combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes a été long et difficile. (Et n’est pas encore gagné aujourd’hui).

Les suffragettes qui militaient pour le droit de vote ou l’égalité des salaires étaient traitées de folles et d’inverties par leurs collègues masculins mais également par certaines femmes ! En effet, nombreuses étaient celles qui aspiraient à une vie de famille et se satisfaisaient de leur sort.

Cet aspect est très bien décrit dans le roman.
Ensuite, Agnès n’est pas un personnage lisse, elle-même a parfois quelques préjugés et c’est un plaisir de la voir évoluer et s’émanciper.

Le point de vue de Luce, la nièce de notre héroïne, est également très intéressant. Vingt-cinq ans plus tard, alors que les femmes ont enfin obtenu le droit de vote, elle se remémore le combat de sa tante.

Enfin la relation entre Célestin et Agnès est réaliste et nous offre un aperçu de ce qu’a dû être la vie de nombreux couples après les ravages de la Première Guerre mondiale.

Celle qui voulait conduire le tram m’a fait penser au livre Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet qui traite aussi du combat des femmes pour l’égalité après 1914-1918 et des violences conjugales. La fin de ces deux romans m’a bouleversée.

Une excellente découverte !

Celle qui voulait conduire le tram de Catherine Cuenca publié aux éditions Talents Hauts.

lundi 14 août 2017

Quand le monstre naîtra de Nicolas Michel


Quand le monstre naîtra

 

Nicolas Michel



Quand le monstre naîtra / Nicolas Michel

Les premières histoires qui nous ont fait rêver sont parfois les récits de la jeunesse de nos grands-parents. Nous aimons nous imaginer leur enfance, souvent très différente de la notre. A nos yeux, leurs souvenirs sont incroyables. Ceux de Lucille, une vieille dame de quatre-vingt-dix ans, ne font pas exception à la règle. Glissons-nous aux côtés de sa petite fille pour entendre son récit.

Nous sommes en 1939. La Seconde Guerre mondiale éclate, mais pour la jeune et pétillante Lucille, ces combats sont bien loin. Explorant la forêt et les sentiers de son petit village, elle emploie son temps à embêter les horribles jumeaux de la voisine d’à côté et à faire le plus de bêtises possible.

Les seules personnes capables d’amadouer notre petite sauvageonne sont un couple de Juifs logeant dans la ferme de son père. A leurs côtés, la fillette va découvrir les joies de la lecture. Mais tout bascule dans la vie de Lucille lorsque ses parents sont obligés de chasser le couple à cause des pressions antisémites de certains villageois. Sans compter que la mère de la petite fille attend un bébé…

Ce roman est une excellente trouvaille ! J’ai adoré découvrir la Seconde Guerre mondiale du point de vue d’une fillette, cela ouvre une  perspective nouvelle sur cet évènement historique. L’auteur parvient à adopter à la perfection les pensées d’une enfant très jeune, le personnage en devient extrêmement réaliste.

De plus, même si à cause de son âge, Lucille ne comprend pas tous les enjeux du conflit, nous apprenons les informations essentielles sur cette période. Nous vivons également de l’intérieur la collaboration du général Pétain et l’arrivée progressive des Allemands dans toute la France.

Outre les évènements historiques, Nicolas Michel décrit à merveille les paysages du village et les jeux auxquels se livre la fillette. Cela nous donne presque envie de courir à ses côtés sur les chemins et de déguster des framboises au soleil. La frustration et l’incompréhension de Lucille sont aussi bien dépeintes. Nous éprouvons de la peine pour cette petite fille qui ne comprend pas pourquoi ses parents doivent mettre à la porte les personnes qu’elle aime tant.

Bien entendu, la fillette n’a pas que des qualités, et on a parfois envie de lui mettre une bonne fessée devant son attitude boudeuse. Mais, malgré cela, nous nous attachons à son tempérament espiègle.

La voix de la Lucille plus âgée est aussi très agréable. La voir revenir avec humour et justesse sur sa jeunesse est plaisant et touchant. Cela nous permet d’avoir du recul sur certains évènements et de mieux les comprendre.

Enfin la jalousie de la petite fille face à l’arrivée du bébé est décrite avec un réalisme stupéfiant. Lucille ignore complètement l’enfant et le surnomme « le monstre ». Les autres personnages de l’intrigue, notamment Grenadine, une amie de l’héroïne dont le père est un fervent défenseur de Pétain, illustrent les différentes opinions de l’époque.

Le roman de Nicolas Michel est donc une excellente lecture !

Quand le monstre naîtra de Nicolas Michel publié aux éditions Talents Hauts.

lundi 17 juillet 2017

Fleur de Tonnerre de Jean Teulé


Fleur de Tonnerre


Jean Teulé





Son nom : Hélène Jégado 

Ses origines : issue d’une famille de paysans bretons

Sa profession : cuisinière

Sa spécialité : la soupe

Son passe-temps favori : empoissonner ceux qu’elle rencontre

Son surnom : Fleur de Tonnerre, une plante mortelle comme notre bretonne

Venez donc la rencontrer, peut-être échapperez-vous à ses mets empoisonnés…

Jean Teulé nous décrit ici le chemin de notre empoisonneuse à travers toute la Bretagne. De Plouhinec à Rennes elle tue aussi bien ses employeurs que ses amants. Si aux yeux de la population elle semble d’abord victime d’une tragédie, (elle perd mystérieusement sa mère et ses deux tantes dans des circonstances « inexpliquées »), on la soupçonne bientôt d’apporter le malheur partout où elle passe.

Durant tout le périple d’Hélène Jégado, l’auteur nous tient en haleine. Nous nous demandons jusqu’à quand Fleur de Tonnerre va pouvoir continuer ses empoisonnements sans être découverte ! Le cadre historique est très bien décrit, nous sentons que l’auteur connaît son sujet et s’est beaucoup documenté.

Son style d’écriture, un curieux mélange entre des phrases vulgaires et poétiques, portent à merveille le récit. Il reproduit également le patois breton que parle Hélène, ce qui rend le personnage réaliste. Jean Teulé fait aussi preuve d’un humour grinçant qui permet de dédramatiser le récit et de considérer l’histoire avec recul. On en vient presque à s’attacher à notre cuisinière, malgré ses horribles méfaits !

Si au départ Fleur de Tonnerre semble agir sans raison, par simple plaisir, Jean Teulé nous livre une explication qui nous permet de mieux comprendre le personnage, bien que la seule personne susceptible de cerner véritablement Hélène Jégado était la jeune fille elle-même.

Fleur de Tonnerre écrit par Jean Teulé aux éditions Julliard.

Un film est sorti sur notre empoisonneuse :



vendredi 7 avril 2017

Pour ce qu'il me plaist de Laure Buisson

Pour ce qu'il me plaist

Laure Buisson

Pour ce qu'il me plaist / Laure Buisson

 

Ce roman nous livre la vie mouvementée de la bretonne Jeanne de Belleville, épouse d'Olivier de Clisson et mère d'un fils du même nom. Ce dernier est peut-être plus connu puisqu'il est considéré comme le premier capitaliste de l'histoire et qu'il s'illustre à la Cour d'Angleterre.

Jeanne va  marquer les esprits par sa terrible vengeance. En effet, au cours de la guerre de succession de Bretagne qui oppose le Roi de France et le Roi d'Angleterre, son mari est accusé d'avoir collaboré avec les anglais et est décapité pour haute trahison. Folle de rage et de douleur, la jeune femme embarque sur la mer et attaque tous les bateaux français qui ont le malheur de croiser sa route. Ce tour de force lui vaudra d'entrer à la cour d'Angleterre et dans l'histoire.

Le roman Pour ce qu'il me plaist m'a immédiatement intriguée par la mention "Jeanne de Belleville la première femme pirate". Étant friande de romans de piraterie et notamment de ceux relatant la vie de flibustières, (je l'avais mentionné dans l'un de mes tops : Top 10 des lieux réels ou imaginaires que les livres m'ont donné envie de découvrir) j'avais hâte d'en savoir plus sur la vie de notre bretonne.

Malheureusement je suis restée quelque peu sur ma faim, puisque un détail me dérangeait : Jeanne embarque sur la mer assez tard dans le roman, et n'y passe que très peu de temps. Elle apparaît davantage comme une intrigante de Cour, qui, au côté de son mari, a su bâtir sa fortune et est prête à tout pour conserver ses terres et veiller sur les siens.

Après la lecture de ce livre, de mon point de vue, Jeanne de Belleville n'était pas véritablement une pirate puisque l'appât du gain ne la motivait pas. De plus, elle n'était pas libre, étant prisonnière de la tristesse qui la rongeait depuis la perte de son époux.

J'ai eu la chance de rencontrer Laure Buisson au cours de l'émission Au fil des mots diffusée sur Tf1 et LCI le 3 avril 2017, et j'ai donc pu l'interroger sur ce point. Pour elle, Jeanne de Belleville est bel et bien une pirate de par sa vengeance terrible. De plus, d'après les recherches historiques menées par l'auteur, Jeanne de Belleville est effectivement identifiée comme une flibustière.

Peut-être le roman aurait-il dû se focaliser davantage sur sa période en mer en excluant certains passages de sa vie à terre, pour nous le faire ressentir?

Malgré cela, cette œuvre reste une excellente lecture, le texte est riche, le cadre historique précis, travaillé et détaillé, l'auteure maîtrise son sujet et son univers. De plus, l'usage fréquent de la deuxième personne du singulier est original, cela nous donne l'impression que Jeanne est le jouet du destin, que tout est écrit d'avance, et qu'elle se débat pour s'en extirper.

Un livre à découvrir absolument pour les férus d'aventure et d'histoire !

Pour ce qu'il me plaist Laure Buisson publié aux éditions Grasset.

vendredi 11 novembre 2016

Aloys (1168) de Sarah Turoche Dromery

Aloys (1168)

Sarah Turoche Dromery

 

Aloys (1168) / Sarah Turoche Dromery

Comme de nombreuses filles au XIIème siècle, Aloys a été donnée en cadeau à Dieu dès sa naissance. Recluse dans un monastère depuis l'âge de sept ans, la jeune fille qui en a aujourd'hui douze, ne se sent pas à sa place parmi ses soeurs. 

A l'approche de la cérémonie de ses voeux, (le moment où les soeurs prononcent leur engagement auprès de Dieu), Aloys se sent de plus en plus prisonnière. Elle sait que bientôt, elle ne pourra plus sortir du monastère. Il ne lui reste qu'une solution, la fuite. L'arrivée de Catarina, une jeune fille qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, va tout bouleverser.




Ce roman, très court, est une bonne surprise. L'auteur nous dépeint un portrait précis et fidèle de la vie des religieuses au Moyen-Âge. Nous nous attachons facilement au personnage d'Aloys, nous souffrons avec elle de cette vie de recluse, réglée comme du papier à musique. Comme elle, nous désirons fuir hors de ces murs de pierre.

Le seul bémol de ma lecture est que le livre s'arrête au moment où la jeune fille parvient enfin à s'enfuir. Or, j'aurais souhaité savoir comment elle allait se débrouiller dans le monde réel après avoir été enfermée toute sa vie. Mis à part ce petit défaut, j'ai apprécié ma lecture.

Aloys 1168 de Sarah Turoche Dromery publié aux éditons Thierry Magnier.

lundi 29 août 2016

Outlander tome 2 : Le talisman par Diana Gabaldon

Outlander

Tome 2

Le talisman

Diana Gabaldon

 

Outlander tome 2: Le talisman / Diana Gabaldon.Nous replongeons au cœur d'une intrigue haletante où Claire et Jamie doivent tout faire pour empêcher le prince Charles-Edouard Stuart de partir à la conquête de l'Ecosse. De rebondissements en rebondissements, nous suivons nos héros de la Cour de Louis XV aux bas-fonds de Paris. Ils vont apprendre à leur grand malheur que le cours de l'histoire n'est pas si facile à inverser.

 La fin de ce second volume nous laisse sans voix !
Nous apprécions également la précision de l'auteur sur les évènements historiques, Diana Gabaldon maîtrise, comme pour le premier tome, son sujet.

Mais il y a plusieurs bémols qui m'ont dérangés pendant ma lecture : tout d'abord j'ai trouvé dommage qu'au début du roman nous ne soyons plus en Ecosse mais en France. Les premiers rebondissements tardent quelques peu à arriver, ce qui rend toute la première partie de l'oeuvre assez longue. Mais ce qui m'a véritablement déplu est que l'auteur verse une fois de plus dans le sordide. Une scène de viol est pénible à lire et je pense que Diana Gabaldon aurait pu trouver un autre moyen de faire avancer son intrigue.

Ce deuxième tome n'est donc pas un coup de cœur, mais il reste malgré tout une bonne lecture.

Ma chronique du tome 1 d'Outlander : cliquez ici.

Outlander tome 2 : Le talisman écrit par Diana Gabaldon et publié aux éditions J'ai lu.

dimanche 17 juillet 2016

Envol pour le paradis de Jean-Marie Defossez


Envol pour le paradis

Jean-Marie Defossez

 

Envol pour le paradis/ Jean-Marie Defossez1942.
Arthur, dix ans, vit paisiblement à la campagne avec ses parents. Il ignore tout du régime totalitaire qui gouverne l'Allemagne: le Parti National Socialiste, ou Parti Nazi. Son père et sa mère espèrent qu'en le maintenant dans l'ignorance, il n'adhèrera jamais à cette idéologie. Malheureusement, Arthur est contraint d'intégrer les Jeunesses Hitlériennes, une organisation chargée de former les enfants à devenir de parfait aryens, la "race" prétendument supérieure à toutes les autres. D'abord révolté par cette idée, le jeune garçon va peu à peu se laisser influencer par le discours de ses instructeurs. En effet ils lui promettent que les JH lui permettront de réaliser son plus grand rêve : devenir pilote.

Arthur va-t-il parvenir à résister au terrible pouvoir de persuasion du Parti Nazi ? Si oui, que deviendra-t-il ? Sera-t-il arrêté ? Et sinon, jusqu'où ira-t-il dans son désir de "servir sa patrie" ?

Le livre de Jean-Marie Defossez m'a bouleversé. J'ai été révoltée de voir comment les nazis se servaient des rêves des jeunes gens pour les endoctriner, afin de les transformer en véritables machines de guerre, ne rêvant que de servir leur pays en combattant. La propagande est très bien décrite, avec une retranscription des slogans trompeurs du Parti National Socialiste.

La fin est bouleversante et poignante, mais pourtant inévitable...

Merci à Nine, de la chaîne Les Lectures de Nine, de m'avoir fait découvrir ce livre.
Voici le lien de sa vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=Gw6JXQZPZkc

Envol pour le paradis de Jean-Marie Defossez publié aux éditions Bayard Jeunesse.

jeudi 14 juillet 2016

Le Journal d'Anne Frank (bande-dessinée) par Nadji (dessins et couleurs) et Ozanam (scénario)


Le Journal d’Anne Frank

Nadji (dessins et couleurs) et Ozanam (scénario)


Journal d'Anne Frank / Ozanam & Nadji
1942

Anne Frank, une jeune juive hollandaise, tente de profiter de la vie malgré l’entrée des Allemands aux Pays-Bas et l’avènement des lois anti-juives. Lorsque Margot, la sœur d’Anne, est convoquée pour aller dans un camp de travail, (autrement dit d’extermination), les Frank décident d’entrer dans la clandestinité. Aidés par les collègues d’Otto Frank, ils se cachent avec quatre autres personnes dans une partie des bureaux que l’on surnomme l’Annexe. Mais la menace nazie se rapproche de plus en plus…

Ce journal est un témoignage bouleversant sur la vie en clandestinité, l’horreur du fascisme, de la guerre, et tout simplement l’histoire d’une jeune fille ordinaire partie trop tôt. Les dessins de Nadji nous permettent de nous plonger dans l’ambiance de l’Annexe, notamment grâce aux couleurs sombres, (beaucoup de violet foncé) et froides. Le dessin est simple, mais les personnages sont représentés avec justesse. Quelques pages à la fin de la bande dessinée permettent également d’en savoir plus sur le contexte historique et le destin des clandestins.

J’ai beaucoup aimé cette adaptation, elle reprend de manière juste le Journal de la jeune fille, et le rend d’autant plus émouvant. Pour avoir visité la Maison d’Anne Frank d’Amsterdam, (n’hésitez pas à aller la découvrir), je pense que la bande-dessinée nous permet également de nous représenter ce à quoi ressemblait l’Annexe.

Le Journal d'Anne Frank par  Nadji (dessins et couleurs) et Ozanam (scénario) publié aux Editions Soleil.



Outlander de Diana Gabaldon


Outlander

Diana Gabaldon

Tome 1 : Le chardon et le tartan

 

Outlander 1 : le chardon et le tartan / Diana GabaldonAprès la Seconde Guerre mondiale, Claire, une jeune anglaise, part en vacances en Ecosse avec son mari Frank. Le couple espère combler le vide qui s’est installé entre eux, suite à leur éloignement pendant cette période troublée. Les projets de Claire vont cependant être compromis. Lors d'une promenade en forêt, elle s'aventure près d'un cercle de menhirs, réputé pour être magique. Lorsque la jeune femme pose la main sur l'un des rochers, elle se retrouve plongée dans le passé, en 1743 ! Entre les guerres qui opposent anglais et écossais, Claire va-t-elle réussir à retourner à son époque ?

J'ai adoré le livre de Diana Gabaldon. On sent que le fond historique est travaillé, nous visualisons parfaitement ce que devait être l'Ecosse au XVIIIème siècle. De plus, les personnages ont de la personnalité et marquent les esprits. L'héroïne, Claire, ne se laisse pas faire, est courageuse et pleine de ressources. Un personnage masculin est également très attachant, et pourrait bien retenir la jeune femme en 1743 !

Le seul petit bémol est qu'il y a beaucoup trop de scènes de viols dans ce livre. Certes, pour certaines elles permettent de faire avancer l'histoire, mais d'autres me semblent inutiles.

Outlander tome 1: Le chardon et le tartan de Diana Gabaldon publié aux éditions J'ai lu.

mardi 28 juin 2016

Cité 19 de Stephane Michaka


Cité 19

Stéphane. Michaka
Cité 19 Tome 1 : Ville noire/ Stephane Michaka

Tome 1 : Ville noire


Nous suivons les aventures de Faustine, une jeune fille passionnée par le XIXe siècle. Sa vie tout à fait banale va basculer le jour où son père, un féru d’histoire, disparaît mystérieusement. Refusant de croire à sa mort, Faustine se lance à sa recherche jusque dans le métro parisien. Elle se fait alors agresser et perd connaissance… pour se réveiller à Paris au XIXe siècle ! A la fois épouvantée et fascinée, la jeune fille commence à trouver sa place dans ce décors insolite, elle se lie d’amitié avec une couturière du nom de Manon, se déguise en homme pour devenir journaliste. Faustine est également persuadée que son père se trouve dans la ville Mais la cité n’est pas sûre, un assassin rôde. La jeune fille est déterminée à découvrir son identité.

Mais ce Paris du XIXe siècle est-il bien réel ou n’est-ce qu’un simple rêve ?

J’ai beaucoup aimé Cité 19, le personnage de Faustine est attachant, et sa détermination est exemplaire ! Les autres protagonistes sont également très bien construits, chacun avec son propre caractère et sa personnalité. L’intrigue, enfin, est extraordinairement bluffante ! La véritable nature de ce Paris du XIXe siècle est originale, innovante. S. Michaka a une imagination débordante et une plume très agréable à lire.

Cité 19 Tome 2 : Zone Blanche/ Stephane Michaka

Tome 2 : Zone blanche


/!\ Attention, cette critique comporte d’éventuels spoilers pour les personnes n’ayant pas lues le tome 1 de Cité 19. Je vous recommande donc de lire le premier tome avant de lire cette chronique, à bon entendeur…

Faustine, toujours prisonnière du XIXème siècle, commence à comprendre la véritable nature de ce lieu si mystérieux. La ville ne serait en fait qu’un simulacre crée par des scientifiques. Un simulacre très convainquant cependant. En effet, l’assassin de la cité rode toujours et semble insaisissable ! La police est dépassée et ne sait que faire. Durant son enquête, Faustine se découvre alors d’étranges pouvoirs : elle faire apparaître des anachronismes, des objets ne devant normalement pas exister au XIXème siècle.
Elle ignore qu’elle est une personne exceptionnelle…

XXIème siècle, l’étau se resserre autour de Faustine, elle serait en effet le cobaye idéal, le plus puissant d’entre tous, celui qui permettrait de réaliser le plus grand projet scientifique, et de bouleverser le passé, le présent, et le futur des nations occidentales.

J’ai, une fois encore, beaucoup aimé ce deuxième tome de Cité 19. Faustine y est tout aussi attachante que dans le tome 1, l’intrigue est bien menée et nous tient en haleine tout au long du récit. Nous découvrons également plus en détails le « côté XXIème siècle », le projet scientifique, la véritable nature de ce Paris du XIXème siècle. Certains personnages sont également plus étoffés. Il y a cependant deux bémols qu’il faut souligner : si certains protagonistes, comme dit plus haut, sont plus développés, d’autres, au contraire, sont mis de côté. Les amis du XXIème siècle de Faustine, qui font leur entrée dans le simulacre, ne sont traités que pendant quelques chapitres, puis oubliés avant de ressurgir vaguement à la fin du livre. Cela est regrettable car ils auraient pu apporter beaucoup à l’histoire. Cela donne l’impression que l’auteur ne savait que faire de ces personnages. Ensuite la fin de ce tome… me laisse un peu sur ma faim ! Elle est beaucoup trop ouverte à mon goût, et j’ai le sentiment que toutes les intrigues, toutes les pistes lancées par Michaka n’ont pas été suffisamment explorées en profondeur, (notamment la chose qui est au cinquième sous-sol, mais je n’en dis pas plus). Cette série mériterait un tome 3, or j’ai l’impression qu’elle est achevée, quel dommage !

Malgré ces deux bémols, ce tome 2 de Cité 19 restera une très bonne lecture, et je suis impatiente de découvrir les autres œuvres de Stéphane Michaka ! 


Cité 19 de Stephane Michaka, publié aux éditions Pocket Jeunesse.